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Artillerie Lourde sur Voie Ferrée

(ALVF)






La première guerre mondiale est le premier conflit ou l'Artillerie Lourde sur Voie Ferrée (ALVF) a été utilisée à grande échelle et a pu donner toute sa mesure. Les calibres utilisés par l'Armée française allaient alors jusqu'au 420 mm (1).

L’ALVF est une composante de la Réserve Générale d’Artillerie placée sous le commandement du général Joseph MAURIN, puis du Gal ANDRE. En 1940, les piéces d'ALVF seront placées sous l'autorité des armées auquelles elles sont rattachées et non pas des Secteurs Fortifiés ou elles se trouvent.


Historique succint de l'ALVF en France entre les deux conflits mondiaux


La france dispose à la fin du premier conflit de 548 piéces d'artillerie lourde sur voie ferrée réparties entre les six Régiments d'Artillerie Lourde à Grande Puissance (RALGP) existants numerotés de 70 à 78. En 1919, les RALGP sont dissous et nombre de piéces existantes seront reformées. Celles reconnues 'bonnes pour le service' sont alors regroupées au sein du 152° RAP (aussi apellé RALVF par la suite) installé au camp de Mailly. Ce régiment en assurera la conservation jusqu'en 1923, date à laquelle sont créés deux régiments d'active, les 371° et 372° Régiments d'Artillerie Lourde sur Voie Ferrée (RALVF).

Le 371° RALVF sera à son tour dissous en 1929 et seul un régiment d'active de temps de paix, le 372° RALVF, sera installé à Mailly et à Saint-Eulien et subsistera jusqu'en 1938. L'Etat-Major de l'Armée ne se désintéresse cependant pas de la question, et de nombreuses études et reconnaissances seront faites entre 1929 et 1935, dans une logique d'adaptation de cette arme spécifique qu'est l'ALVF. Deux questions nouvelles majeures émergent à ce moment, liées au contexte de la ligne Maginot et de la défense des frontières, auxquelles la direction de l'artillerie doit trouver des réponses :

- comment utiliser l'ALVF pour assurer une couverture correcte de la position fortifiée en cas d'attaque brusquée de l'ennemi pendant mobilisation, en complément de l'artillerie de position.
- comment préparer correctement dés le temps de paix les actions défensives et offensives qui sont dans les missions de l'ALVF.

Mobilisation et rôle de l'ALVF


Dans les schémas d'après-guerre 1914-1918, et compte tenu des caractéristiques techniques de l'artillerie lourde sur voie-ferrée, il n'est pas question de pouvoir mobiliser les régiments ALVF avant le 25° jour de mobilisation. Les trains de ce type sont lents et de manœuvre complexe, et ne peuvent circuler en même temps que les trains de troupe ou d'unités de campagne. Par ailleurs les personnels mobilisés dans l'ALVF proviennent de toute la France et donc nécessitent une concentration préalable sur les centres de mobilisation. Il est donc parfaitement illusoire dans ces conditions de pouvoir compter rapidement sur la puissance de l'ALVF.

Cette situation est considérée comme problématique par les commandants de régions militaires, qui alertent l'EMA sur la besoin de pouvoir compter sur des pièces à grande puissance et longue portée pour pouvoir :

  • Ralentir et perturber les concentrations de troupes ennemies derrière la frontière en détruisant ponts, carrefours importants, et infrastructures ferroviaires.

  • Contrebattre l'artillerie ennemie prenant pour cible les avant-postes français.

  • Contribuer à stopper une offensive brusquée et immédiate pendant la mobilisation. A ce titre, certains objectifs côté français de la frontière seront calculés et assignés aux batteries ALVF.


  • Ce rôle de couverture - nouveau pour l'ALVF mais somme toute logique - entraine un certain nombre de décisions structurantes au début des années 30 qui vont viser à faciliter ce rôle.

  • Une partie plus importante du personnel mobilisable des RALVF (Régiments d'Artillerie Lourde sur Voie-Ferrée) sera issu des zones frontalières pour minimiser le temps de mise en oeuvre

  • Des études techniques et des améliorations de matériels vont permettre d'accélérer les trains ALVF au point de les rendre compatibles avec le flux général des trains de mobilisation

  • Un petit nombre de groupes de batteries seront prépositionnés dans des dépôts le long de la frontière au lieu d'être stockés à l'arrière.


  • Ces quelques mesures permettront ainsi d'assurer une couverture minimale mais adéquate en permettant au 1ers groupes des 372° et 373° RALVF d'être en position dés le 2ème jour de mobilisation.


    Préparation dés le temps de paix


    Entre 1931 et 1935, sur proposition de la Direction de l'Artillerie et des régions militaires concernées, un certain nombre de positions de tir dans les régions fortifiées du Nord-Est ainsi qu'en Haute-Alsace et dans les Alpes vont être reconnues. La RFM (Région Fortifiée de Metz) ouvre le ban dés 1931-33, suivie par la Région Fortifiée de la Lauter (RFL) en 1934. Ceci aboutit à la constitution d'un plan de construction en trois urgences permettant l'établissement d'un nombre important d'épis de tir dés le temps de paix. La position, la mission, le type et le degré d'urgence de chacune de ces positions fait l'objet de nombreux échanges entre les Régions Militaires, la Direction de l'Artillerie et l'EMA. Dans le même temps, le général MAURIN établit les règles et spécifications à respecter pour la construction de ces positions.

    L'essentiel des positions nouvelles considérées en première urgence (VOLMERANGE, SAINT-HUBERT, NEUSCHMELZ, KUTZENHAUSEN, KASTENWALD,...) est construit par la Main d'Oeuvre Militaire (bataillon d'instruction du 372° RALVF) entre 1932 et 1935. Cette première vague est suivie d'un complément dans la Sarre (études en 1935, construction 1936-37), demandé par le Maréchal PETAIN dés fin 1934, comme suite au plébiscite prévisible de rattachement de la Sarre à l'Allemagne.

    La limitation des crédits accordés ne permet cependant pas de réaliser toutes les positions prévues en 1ère Urgence. Les positions manquantes seront construites dans la période de l'immédiat avant-guerre, en parallèle avec l'amélioration des positions déjà établies, en mettant à profit la présence de bataillons mobilisés lors de différentes crises politiques précédent la guerre.


    A la mi-septembre 38, l'affaire des Sudètes entraine la mobilisation partielle de l'ALVF avec la mise sur pied du noyau d'active du 370° RALVF, du I / 372° RALVF et du I / 373° RALVF. Ces deux groupes étant composés chacun de deux batteries de deux canons 340mm modèle 1912 seront démobilisés à la suite à la suite des l'accords de Munich intervenus à la fin du même mois. Durant cette période, la batterie mobilisée du 370° RALF (Régiment de service et de logistique de l'ALVF) réalisera la construction de la position de NIEDERROEDERN en Alsace du Nord.

    En mars 1939, suite à l’occupation de la Tchécoslovaquie, une nouvelle mobilisation des unités de couverture entraîne la réactivation des I/372° et I/373° RALVF.

    En septembre 1939, la mobilisation générale verra la naissance de cinq régiments, les 370° RALVF , 371° RALVF , 372° RALVF , 373° RALVF et 374° RALVF . Ces régiments sont mis sur pied par les centres mobilisateurs d’artillerie CMA 26 (Châlons sur Marne) et CMA 209 (Châteauroux) à partir des éléments d'active des I/372° et I/373° RALVF.

    Ces quatre (2) régiments mobiliseront alors un total de 116 piéces pour une grande partie issues du premier conflit mondial, les autres piéces restant en dépot à Mailly et à Saint-Eulien

    En soutien aux régiments créés, deux parcs d'artillerie sont mis sur pied, le parc ALVF avec la 400° Compagnie d’Ouvriers de Parc mobilisé par le dépôt du 8° BOA (Bataillon d’Ouvriers d’Artillerie) au camp de Mailly et le parc annexe ALVF avec la 410° Compagnie d’Ouvriers de Parc mobilisé par le dépôt du 6° BOA à Saint-Eulien.

    Durant la "drôle de guerre" un nombre important de nouveaux épis seront construits en complément de ceux qui avaient été réalisés en temps de paix, soit pour servir de position alternative à ceux-ci, soit pour en élargir le champ d'action. L'essentiel des positions confirmées dans les plans en 2e et 3e urgence seront construites entre Septembre 1939 et Mai 1940 par la régiments mobilisés.

    En juin 1940, 59 pièces sur les 116 mobilisées échapperont à la capture lors du repli; les autres seront prises par les allemands. Par contre de nombreuses pièces en stock et non mobilisées seront capturées aussi, notamment à Neuvy-Pailloux. Par ailleurs, en vertu des conditions d'armistice, toutes les pièces non capturées par les allemands ou les italiens leurs furent livrées début Juillet 1940, ainsi que celles en cours de construction à Bourges ou au Creusot. Les allemands reutiliseront une partie des piéces prises comme piéces d'ALVF ou sur le mur de l'atlantique.




    (1) Deux piéces sur voie ferrée de 520 mm étaient en cours de fabrication lorsque l'armistice mit fin au conflit.

    (2) Le 370° RALVF n'a aucune piéce en dotation, ce régiment est un régiment de service dévolu à la création des infrastructures ferroviaires nécessaires aux quatre autres régiments

    (3) 1 pièce du 372° R.A.L.V.F, 13 du 373° R.A.L.V.F. et 6 du 374° R.A.L.V.F, soit 1 canon de 340 G Mle 1893, 1 canon de 340 G Mle 1912, 8 canons de 320 Mle 70-30, 4 canons de 320 Mle 1917 et 6 canons de 194 Mle 70-93.


    Sources : SHD - carton 7N3775, basart, ATF40



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    Le rôle de l'ALVF en 1940
    8 messages, le dernier est de Daniel-1952 le 28/03/2017