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Lance Bombe de 135...



Tourelle de 135 mm modèle 1932

(135)






Genèse

Le tube lance-bombes de 135 mm est prévu d'emblée pour être installé en casemate de flanquement et en tourelle cuirassée à éclipse. Dans cette version il est prévu en paire. Dés avril 1927, la DPST précise le cahier des charges de la future tourelle : angle de tir de +10 gr à + 50 gr (9° à 45°) permettant l'enfoncement de la tourelle dans le sol pour le tir balistique, masses oscillantes solidaires, cadence de tir de 6 à 8 cps/min, diamètre intérieur maximum de 2,50 m (1). Le Gal CHALLEAT précise en outre que la position de chargement sera fixe à 30 gr, la pièce devant revenir automatiquement en position de chargement après tir. Pour des questions d'interchangeabilité des tubes de tourelle, il demande aux Ateliers et Chantiers de la Loire - en charge du développement de la pièce - que la culasse soit à mouvement vertical et non latéral, demande qui sera finalement pas prise en compte.

Le développement de la tourelle - sous responsabilité du Génie - est lancé par un marché le 4 Mai 1929. Début 1929 une nouvelle mission apparait dans la panoplie du lance-bombes de 135mm : l'entretien de destructions et abatis dans les régions boisées couvertes principalement par ce type de moyens de retardement (Vosges du Nord en l'espèce). Dans sa 22e réunion, la CORF préconise ainsi pour les trois petits ouvrages à construire dans ce secteur la mise en place de tourelles tournantes pour 135mm "à tir vertical", en réalité de 45 à 65 degrés mais avec des angles de chute très raides s'affranchissant des pentes et de la végétation, permettant de faire du tir d'entretien d'abatis et de retardement dans les vallées encaissées en avant de la LPR . Ce développement particulier et parallèle à la tourelle à éclipse n'aura pas de suite du fait du report en 2e Cycle de ces trois petits ouvrages (2).

Les pièces de la 1e masse oscillante double sont réceptionnées provisoirement à Bourges le 10 Juillet 1931, la tourelle elle-même, sans ses lance-bombes, est réceptionnée provisoirement en usine le 9 Septembre suivant. Les essais de tir en usine de cette 1e tourelle (n° 101) ont lieu à Montluçon (Usines st Jacques) le 18 Février 1932. Cette réception entraine des modifications ultérieures sur le système de frein et récupérateur, avec passage à l'huile au lieu de la glycérine. Ces modifications sont finalisées à l'automne et décision est prise d'installer cette première tourelle à ANZELING (B5). Compte tenu des délais très court, cela sera la seule tourelle à être réceptionnée "in situ" dans son bloc, les suivantes passant leur réception finale au polygone de Bourges avant expédition et montage. La livraison de la tourelle intervient fin Décembre 1932, et son montage est achevé en Janvier suivant.

La session de réception est organisée le 8 Février 1933 après négociation d'un champ de tir de circonstance de 6000 m de profondeur avec les autorités locales. Comme c'est une première, la CORF organise un survol par l'armée de l'air durant ces tirs pour juger de la discrétion de la tourelle à l'observation aérienne. Le feu de la tourelle s'avère très visible, avec une paire de flammes de 1,5 mètres de long suivie d'un nuage de fumée grise et d'un second à l'ouverture des culasses. L'éclatement des projectiles est lui aussi très visible. (3)

Les utilisations ultérieures en tirs d'exercice annuels montrent rapidement des faiblesses préoccupantes. Un nouvel essai réalisé sur la tourelle d'ANZELING en Avril 1934 se solde par ailleurs par de nombreux ratés de tir. Mais les ennuis le plus préoccupants sont constatés dés mi-1933 suite à des tirs à portée maximale sur les quatre premières tourelles installées, avec des détériorations sérieuses de la bouche (gonflement du tube et arrachement de métal à la bouche) et de grandes difficultés de démontage et d'entretien de la culasse du fait de l'encombrement de la chambre de tir. L'analyse faite des gonflements de tube exclue les causes liées à la qualité du métal (cela affecte indifféremment les tubes provenant de 4 fonderies différentes…), mais les arrachements sont initialement attribués à cette qualité. Les tubes concernés sont retirés pour autopsie et le gonflement est finalement attribué à la surpression générée par les épreuves avec munition permettant le tir à 5600 mètres (4). Le problème d'arrachement et de détérioration de bouche ne trouvera pas d'explications… en 1933, mais reviendra au gout du jour à partir de 1936 sur la tourelle du SCHIESSECK, et surtout 1939 (voir le document écrit par J-J. Moulins sur ces difficultés).

(1) : note DPST du 21/04/1927
(2) Wineckerthal, Grafenweiher, Glasbronn. A noter que ce développement est resté longtemps dans la pile des études en cours "en 1e Urgence" puisque des documents du SMF de fin 1930 l'évoquent encore.
(3) l'observation quelques jours plus tôt dans des conditions identique de tirs au mortier de 81mm au METRICH montrent une discrétion très supérieure de cette arme…
(4) Note 2298 S/E du Gal BALLI, Inspecteur des Etudes et Expériences de l'Artillerie, du 6 Mai 1933

Sources : SHD - 7N3788 et 2V269


Description générale

Comme la plupart des tourelles installées sur la ligne Maginot, la tourelle pour deux lance-bombe de 135 mm modèle 1932 est dotée d'un mécanisme dérivé de celui de la tourelle de 75 modèle 1905 qui avait donné entière satisfaction lors du conflit précédent.

Cette tourelle dotée d'armes à tir courbe était installée dans un renfoncement de la dalle du bloc et était destinée à la défense rapprochée de l'ouvrage et des organes voisins. La forte charge explosive des munitions utilisées conférait à cette tourelle une forte capacité de destruction.
Ce matériel présentant toutefois un ratio cout/performance peu intéressant sera abandonné dés 1934, son remplacement par un autre armement étant alors envisagé.

Ouvrage du Hackenberg

Ouvrage du Hackenberg
Tourelle de 135 mle 32 en batterie



La tourelle de 135 est un ensemble plus sophistiqué sur un plan mécanique que les autres tourelles de la ligne Maginot. Le poids de la munition interdisant sa prise en main a impliqué la mise en place d'un système de chargement semi-automatisé composé d'un basculeur qui prend le projectile au poste haut de noria d'approvisionnement et assure ensuite son introduction dans la pièce amenée à sa position de chargement à angle constant. L'ensemble est ensuite remis en position de tir, la totalité des mouvements nécessaires au chargement étant assurée de manière électrique.
Ce recours à la motorisation électrique supplémentaire au niveau des pièces et de leur chargement contribue grandement à la cadence de tir de l'ensemble et explique en partie son prix
.


Caractéristiques de la tourelle

- Diamètre de la calotte supérieure : 290 cm
- Epaisseur de la toiture : 30 cm
- Epaisseur de la muraille : 30 cm
- Diamètre intérieur : 2,10 m
- Hauteur émergeant en batterie : 105 cm
- Course verticale : 54 cm

- Poids total : 163,5 t
- Poids des parties fixes : 66,25 t
- Poids de la partie mobile : 97,25 t

- Les 5 voussoirs de l'avant-cuirasse pèsent 17,5 t chacun, soit un total de 86,5 tonnes.

- Puissance électrique requise (bloc complet) : 40 à 50 KW

- Pointage lateral : 360°
- Pointage vertical : 9° à 45 °



Armement et équipements

La tourelle est dotée de deux lance-bombes de 135 mm modèle 32 . Les caractéristiques de ces tubes et les munitions employées sont données sur le page du Dico les concernant.

Quelques différences sont toutefois à noter pour l'utilisation sous tourelle de cette arme. Les deux pièces sont montées en jumelage et sont pointées de manière identique. Elles disposent d'une commande unique de mise à feu, ce qui explique la cadence de tir portée de 6 à 12 coups par minute du fait de l'utilisation simultanée des deux tubes de la tourelle.
Libéré des considérations relatives au dimensions des embrasures, le pointage en hauteur est augmenté par rapport à celui de la pièce sous casemate.

L'évacuation des douilles se fait par une goulotte jusqu'à l'étage intermédiaire puis par un toboggan jusqu'au local de récupération au pied du bloc. Lorsque cela était rendu nécessaire par une utilisation intensive de l'armement, le refroidissement des tubes était prévu par aspersion d'eau.

L'ensemble de ses mouvements de la tourelle et les norias assurant l'approvisionnement des pièces en munitions étaient électriques. La motorisation de l'ensemble était assurée avec du matériel fourni par la société Sautter-Harlé et le fonctionnement pouvait être repris manuellement en cas de dysfonctionnement de système électrique.

La transmission des ordres entre le tireur et le bloc était assurée par un transmetteur de marque Téléflex. Les ordres en provenance du PC du bloc étaient quant à eux transmis par un transmetteur d'ordres Carpentier modèle 1937 C entre le PC du bloc et le bloc lui même (Ces transmetteurs seront remplacés après guerre par des matériels Saint Chamond Granat).



Service de la tourelle

La tourelle est placée sous le commandement direct du PC du bloc qui agit sur ordre du PC artillerie de l'ouvrage.

Son service nécessitait en principe une équipe composée de 21 personnes (1) :
- 1 officier "commandant de tourelle", secondé par 1 sous-officier "chef de tourelle" localisé à l'étage intermédiaire.

  • Une équipe de Pièces dans la chambre de tir - 2 hommes :

  • - 1 chef de pièces (brigadier en principe), en charge par ailleurs de la pièce de droite.
    - 1 chargeur affecté à la pièce de gauche.

  • Une équipe à l'étage intermédiaire (pointage et approvisionnement) - 11 hommes :

  • - 1 maitre-pointeur et son aide pointeur
    - 2 auxiliaires
    - 4 pourvoyeurs
    - 1 gradé artificier (brigadier en principe)
    - 2 artificiers

  • Une équipe à l'étage inférieur (équipe de manœuvre) - 5 hommes :

  • - 1 brigadier chef d'équipe
    - 3 auxiliaires
    - 1 maitre ouvrier ou ouvrier en fer (petite maintenance)

    Elle pouvait cependant être servie en cas d'urgence par un peloton réduit minimum de deux sous officiers et 12 à 14 hommes.


    Fabrication - Couts

    Au total, ce seront 17 tourelles de 135 mle 32 qui seront installées sur la ligne Maginot. Deux marchés seront passés, le premier le 24 juillet 1929 avec Châtillon-Commentry et Neuves-Maisons de Montluçon pour la fourniture de 10 tourelles et le second le 1er février 1932 avec Fives-Lille pour la fourniture des 7 tourelles restantes. Un document laisse apparaitre q'une partie de la fabrication a probablement été sous-traitées par un site établi sur le Gier (Marrel ou St-Chamond).
    La première tourelle livrée sera celle du bloc 5 de l'ouvrage d'Anzeling à la fin de l'année 1932. Les seize autres seront livrées et installées entre Janvier 1933 et Mai 1934.

    Le prix de revient d'une tourelle installée était de 2 220 000 Francs, montant auquel il convenait de rajouter 150 000 Francs au titre du transport. Correspondance 2013 : 1,35 Mio d'euros

    Le prix de revient d'une pièce de 135 mm mle 32 montée en tourelle était de 215 730 Frs. Correspondance 2013 : 123 000 euros



    Déploiement

    La tourelle de 135 mm mle 32 est un système d'arme peu déployé sur la ligne Maginot, il en a été installé 17 exemplaires numérotés de 101 à 117


    - N° 101 - Ouvrage d'artillerie d'Anzeling, bloc 5
    - N° 102 - Ouvrage d'artillerie de Molvange, bloc 4
    - N° 103 - Ouvrage d'artillerie de Métrich, bloc 11
    - N° 104 - Ouvrage d'artillerie de Rochonvillers , bloc 7
    - N° 105 - Ouvrage d'artillerie du Simserhof, bloc 7
    - N° 106 - Ouvrage d'artillerie du Michelsberg, bloc 6
    - N° 107 - Ouvrage d'artillerie du Hackenberg, bloc 6
    - N° 108 - Ouvrage d'artillerie de Rochonvillers , bloc 6
    - N° 109 - Ouvrage d'artillerie du Hackenberg, bloc 9
    - N° 110 - Ouvrage d'artillerie du Monte-Grosso , bloc 6
    - N° 111 - Ouvrage d'artillerie du Hochwald, bloc 1
    - N° 112 - Ouvrage d'artillerie du Galgenberg, bloc 6
    - N° 113 - Ouvrage d'artillerie du Hochwald , bloc 14
    - N° 114 - Ouvrage d'artillerie de Soetrich , bloc 4
    - N° 115 - Ouvrage d'artillerie de Bréhain, bloc 5
    - N° 116 - Ouvrage d'artillerie du Schiesseck, bloc 8
    - N° 117 - Ouvrage d'artillerie du Four à Chaux, bloc 1


    Les premiers essais de la tourelle montrent que le système de chargement semi-automatique est problématique. Un essai réalisé le 31 Janvier 1935 sur la tourelle de BREHAIN (B5) confirme ce constat et pousse la CEPARF (Commission d'Etudes Pratiques de l'Artillerie des Régions Fortifiées) à demander la ré-étude de ce mécanisme, ce qui sera réalisé par Chatillon, Commentry et Neuves-Maisons à l'automne 1937.

    Ces tourelles feront in-fine l'objet d'un marché de modifications et d'améliorations en 1937, passé à Fives-Lille, permettant d'intégrer les enseignements d'années de tests en situation. De son côté, la CEPARF écrira une nouvelle "Instruction concernant la réalisation de l’aménagement d’une tourelle armée de matériels de 135 Mle 1932", éditée le 19 Mars 1937 et permettant de figer l'ensemble des bonnes pratiques.

    Tous les problèmes ne sont pas résolus pour autant et font l'objet d'études et de modifications supplémentaires jusque dans les années 50. Voir à ce titre l'intéressant document écrit par J-J. Moulins ci-joint.

    Après guerre, les reste de la tourelle n° 117, rendue inutilisable par les expériences allemandes, seront employés à la restauration de la tourelle n° 103 de METRICH et n° 108 de ROCHONVILLERS.




    Sources :

    SHD
    diverses archives SMF et Régions militaires,
    lignemaginot.com,
    wikipedia,
    Truttmann Michel,
    Burtscher Jean-Louis,
    J-J. Moulins
    Lt Col Collin, Web



    Notes :
    (1) CEPARF - Titre VII de service des tourelles de 135mm - Mars 1933




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