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Principe de la ventilation dans les ouvrages CORF






Généralités, principe de la ventilation dans les ouvrages CORF


Il en va de la fortification comme de tous les bâtiments, assurer une bonne ventilation est primordial tant pour les occupants que pour les matériels contenus dans les locaux.
Là ou évidement la chose se corse, c'est qu'en plus d'aspects sanitaires particulièrement complexes découlant de locaux en milieu souterrain se rajoutent des contingences spécifiques à la fortification que sont l'extraction des gaz et fumées résultant de l'utilisation des armes et la protection contre les gaz de combats pouvant être utilisés par l'ennemi.




Extraction de l'air vicié


Sur un plan purement sanitaire, il était nécessaire d'extraire l'air vicié résultant de l'occupation humaine et de ses activités. Les locaux concernés sont principalement les latrines, le casernement et la cuisine ainsi que le monoxyde de carbone produit par les équipements à combustion comme l’éclairage, la cuisson et les groupes électrogènes.

A cette problématique applicable à toute construction se rajoutait la nécessité d'extraire en grande quantité les gaz résultant de l'emploi des armes.



Air neuf


Il est impératif de garantir un apport d'air neuf nécessaire au maintien de conditions d'habitabilité acceptables et pour assurer le bon fonctionnement des équipements dont la fortification est dotée dont les gros consommateurs que sont les groupes électrogènes (1) et les appareils de chauffage ou de cuisson à charbon dans les petits ouvrages et abris



Surpression


Là encore, la problématique de l'air neuf se complique par le choix de recourir à la mise en surpression de l'ouvrage pendant les périodes de crise afin d’empêcher la pénétration des gaz dans les locaux d'une part et de favoriser le rejet des fumées plutôt que d'imposer comme dans la fortification du Vallo Alpino l'utilisation de masques reliés sur un système de distribution d'air ou le port d'équipements individuels.

La mise en surpression reposait sur l'insufflation mécanique d'une grande quantité d'air à l'intérieur de d'un groupe de locaux et la limitation des pertes au niveau des ouvertures donnant sur l'extérieur. Celles étaient rendues les plus étanches possible grâce à l'utilisation de créneaux à rotule et de portes blindées étanches. Les blocs sont eux séparés des locaux souterrains de l'ouvrage par des sas étanches. Cela permettait de rejeter vers l'extérieur directement les fumées résultant des tirs et d’empêcher l'entrée d'air potentiellement gazé dans les blocs.

La surpression était mesurée grâce à des manomètres à colonne d'eau.
Elle devait être au minimum de:


- 3 mm CE dans les casemates d'infanterie,
- 7 mm CE dans les blocs d'artillerie,
- 10 mm dans les blocs tourelle de 81 mm



Filtration de l'air


Pour débarrasser l'air l'air en régime Gazé des agents et particules contaminants, il est fait usage de filtres modèle S.PS 36 à trois étages de filtration d'un débit nominal unitaire de 1000m3/h. La durée d'utilisation de ces filtres était conditionnée par leur perte en charge.

Les ouvrages situés à une altitude supérieure à 2 000m ne sont équipés de système de filtre, une attaque par gaz ou aérosols à ces altitudes et avec le relief étant inefficace et présentant de nombreux risques pour l’assaillant lui même.

Voir la fiche des filtres modèle SP 36 sur le site



Traitement de l'air - Humidité


L'humidité omniprésente dans les locaux souterrains est l'une des causes majeures de la dégradation du bâti et des équipements qui y sont installés ou entreposés, elle obère les conditions de vie de l'équipage ainsi que la préservation des matériels et munitions. Elle résulte en grande partie de la condensation de l'air admis sur les parois froides et d'infiltrations d'eau au niveau des parements ainsi que des activités humaines dans un ouvrage occupé.
Bien que des essais aient été faits avant guerre dans quelques ouvrages pour traiter les vapeurs de cuisine responsables d'un gros apport d'humidité dans les locaux semis-enterrés (2), les ouvrages Maginot n'ont pas été dotés de systèmes permettant d’assécher l'air admis ou de déshumidifier les locaux souterrains.

Pour pallier à cette problématique sans commune mesure avec celle rencontrée dans un bâtiment en superstructure, on procède à une gestion raisonnée du système de ventilation dans les périodes chaudes pendant lesquelles la ventilation était réduite de jour au strict nécessaire pour éviter la condensation et augmentée de nuit lorsque le point de rosée de l'air neuf admis était au minimum et pouvait permettre l’assèchement des locaux. Il va sans dire que cette méthode facilement applicable dans un ouvrage inoccupé devenait un tantinet plus délicate à appliquer dans un ouvrage en plein effectif.

Le chauffage a lui aussi été un allié précieux dans la lutte contre l'humidité et on chauffe plus les locaux en été qu'en hiver (3) de manière à créer une barrière thermique au niveau des murs destinée à repousser l'humidité et à limiter ou supprimer la condensation au niveau de ces derniers.




Constitution du système de ventilation d'un gros ouvrage


Le système de ventilation d'un gros ouvrage est en fait constitué de deux réseaux totalement distincts; le premier assurant l'extraction des gaz viciés, le second l'apport d'air neuf dans les locaux de l'ouvrage et les blocs de combat



Réseau d'extraction de l'air vicié et des gaz de combustion


Réseau sanitaire


Ce réseau est facilement reconnaissable à ses brides peintes de couleur jaune.
Chaque groupe de locaux (blocs, casernement, usine, PC..) dispose de son propre réseau d'extraction de l'air vicié. L'air est prélevé dans les locaux par un réseau dédié et rejeté directement vers l'extérieur par un groupe moto-ventilateur électrique fonctionnant en permanence.
Des registres placés au droit de chaque bouche d'aspiration permettent de limiter ou de couper l'aspiration suivant le besoin.


Gaz de combustion


Les gaz d'échappement des groupes électrogènes sont quant à eux directement évacués vers l'extérieur par des conduits spécifiques après passage par un pot de détente. Pour les gros ouvrages, ils souvent mélangés à l'air rejeté vers l'extérieur pour limiter le panache de fumée.
Dans les abris pour réserves locales dotés de chaudières et cuisinières à charbon, un groupe moto-ventilateur est chargé de l'extraction forcée de fumées lors du démarrage des foyers lorsque les locaux ne sont pas en surpression. Ils sont coupés ensuite et le bypass d'extraction mis en mode 'tirage naturel'.


Armement


Pour les armes d'infanterie en façade, les douilles non récupérables (4) sont évacuées par une goulotte traversant le mur placés sous le créneau. L'arme y est reliée par un flexible permettant l'évacuation des douilles et des fumées résultant du tir qui y sont aspirées du fait de la surpression.
Les cloches cuirassées dotées d'armement d'infanterie ne pouvant évacuer les douilles directement dans les fossés, elles sont dotées en partie inférieure d'un caisson étanche permettant la récupération des douilles. Ce caisson est mis en dépression par un ventilateur manuel et les fumées évacuées directement à l’extérieur du bloc. Les tourelles d'infanterie sont dotées elles aussi d'un système similaire mais l'extraction des gaz est dans ce cas assurée par un groupe moto-ventilateur électrique pouvant être actionné à la main en cas de panne.
Pour ce qui est des tourelles d'artillerie, les douilles sont acheminées par un système de toboggan jusqu'à un réceptacle situé au pied du bloc en attendant d’être renvoyées pour être reconditionnées. Ce réceptacle est raccordé au réseau d'extraction du bloc et est maintenu en dépression.



Réseau air neuf


Le réseau d'air neuf de l'ouvrage est composé d'une prise d'air principale et chaque bloc est équipé de son propre système de ventilation air neuf.
De manière à différencier rapidement et sans risque d'erreur les différents éléments le composant, la couleur verte est utilisée pour les éléments concourant au fonctionnement Normal et la couleur rouge pour ceux relevant du régime Gazé. Les équipements utilisé dans tous les cas de figure sont laissés sans coloration. L'ensemble du réseau était équilibré, des trous visibles dans les tuyauteries permettaient la mesure des débits par sondes de Pitot ou anémomètre à fil chaud.


Prise d'air principale


Les ouvrages disposent d'une prise d'air principale défilée aux yeux de l'ennemi, généralement située sur l'une des entrées située sur l’arrière (5) et d'une salle de neutralisation comportant les groupes moto-ventilateurs Normal et Gazé ainsi que les batteries de filtres associées.
En période d'alerte, l'ouvrage est mis en surpression. L'air prélevé à l'extérieur par le moto-ventilateur Normal est rejeté directement dans la galerie, et en cas d'attaque par gaz, il est rejeté dans la galerie par le moto-ventilateur Gazé après être passé au travers d'une batterie de filtres chargée de retenir les particules contenues dans l'air. Un système de vannes permet de sélectionner l'une ou l'autre des branches Normal ou Gazé.
Du fait de l'importante perte de charge liée à l'utilisation de ces filtres et à la nécessité de garantir un débit d'air neuf dans l'ouvrage supérieur à ses besoins pour assurer le maintien de la surpression, le groupe MV Gazé est beaucoup plus puissant que le groupe MV Normal.


Blocs de l'ouvrage


Chaque bloc (y compris les entrées) est doté de son propre système de ventilation.
Celui ci est composé d'une part d'un groupe moto-ventilateur Normal en partie basse du bloc et d'autre part d'un groupe moto-ventilateur Normal-Gazé dans les étages supérieurs du bloc.

Le groupe situé au pied du bloc prélève de l'air dans la galerie en avant du sas étanche isolant le bloc de la galerie pour le rejeter dans les locaux au pied du bloc.
Le groupe moto-ventilateur Normal-Gazé en partie haute du bloc prélève de l'air à l'extérieur eu travers d'une prise d'air en façade ou de champignons blindés de prise d'air pour le blocs cuirassé. Cet air, filtré en mode Gazé est rejeté directement dans les locaux du bloc.


Casernement et locaux souterrains


Le casernement et les groupes de locaux souterrains de l'ouvrage sont isolés par des sas étanches. Ils prélèvent de l'air dans la galerie pour le rejeter plus loin en aval, ce qui permet d'assurer un brassage de l'air dans ces locaux et d'assurer un renouvèlement minimum de ce dernier.
L'usine électrique située à proximité de la salle de neutralisation n'est pas dotée de sas étanches et les moteurs prélèvent directement l'air nécessaire à leur fonctionnement dans la galerie.
Une particularité est à noter dans le casernement des ouvrages 'anciens fronts' dont les douches qui devaient initialement être utilisé pour la décontamination des personnels gazés sont dotées d'un groupe moto-ventilateur gazé. Ce groupe moto-ventilateur prélève de l'air dans les douches et les locaux annexes pour le rejeter dans la galerie après l'avoir filtré et permet la mise en dépression cet ensemble de locaux pour éviter toute contamination du casernement (6)



Fonctionnement


En période d'alerte, la ventilation d'un ouvrage fonctionne selon deux régimes distincts, le régime Air Pur et le régime Air Gazé.
Ce dernier est d'application en cas d'attaque de l'ouvrage par des gaz de combat, l'alerte étant donnée par les personnels du service 'Z' spécialement formés à la détection des agents chimiques et à la manœuvre des équipements de ventilation. Ils sont appuyés dans leur mission par les électromécaniciens de l'ouvrage.


Régime air pur


Ce régime est d'application lorsque qu'aucune alerte n'a été donnée concernant des gaz de combat au niveau des entrées. Les portes blindées et les sas de ces derniers sont ouverts, l'air pénètre librement dans les galeries.

Les blocs et les groupes de locaux ont leurs sas étanches fermés, les blocs sont maintenus en surpression grâce à l'air prélevé dans la galerie par le ventilateur normal situé à leur pied, le brassage de l'air dans les groupes de locaux (casernement, PC, M1...) est assuré par les groupes moto-ventilateurs de ces derniers.

L'air vicié est extrait des blocs et locaux de l'ouvrage (latrines, cuisines, chambrées, usine électrique...) par les groupes moto-ventilateurs 'Vicié' et rejeté directement à l'extérieur.


Régime air gazé


Ce régime est d'application lorsque une alerte concernant des gaz de combat au niveau des entrées est donnée.
L'alerte est alors diffusée dans tout l'ouvrage grâce au dispositif spécial d'alerte aux gaz .
Les portes blindées des blocs d'entrée et les sas étanches les isolant des galeries sont fermés et la salle de neutralisation est mise en service (7).

L'air prélevé en grande quantité à l'extérieur par la prise d'air principale de l'ouvrage est rejeté dans la galerie après être passé au travers des batteries de filtres destiné à le débarrasser des gaz de combat utilisés (7).
Les locaux et l'usine électrique continuent à prélever dans la galerie l'air qui leur est nécessaire et à rejeter à l'extérieur l'air vicié.
Les blocs restent en surpression et dans chacun d'entre eux, le ventilateur normal qui prélevait de l'air dans la galerie est coupé et le groupe moto-ventilateur gazé situé en haut du bloc est mis en service.
Celui ci prélève de l'air à l'extérieur et le rejette dans le bloc après l'avoir fait passer par un filtre ou une batterie de filtres (7) destiné à le débarrasser des gaz de combat







(1) Il sera par exemple procédé avant guerre au remplacement des groupes électrogènes à moteur diésel 2 temps initialement installés dans les ouvrages de Molvange, du Kobenbusch et du Galgenberg trop gourmands en air neuf par des moteurs diésel 4 temps de marque SGCM


(2) Déshumidification par un laveur rotatif pour l'ouvrage du Bois Karre (cet équipement est toujours en place) et par système frigorifique à compresseur pour les abris du Stressling et du Bois Karre


(3) Exemple de l'ouvrage du Galgenberg avec une puissance été de 183 KW et une puissance hiver de l'ordre de 40-80 KW)


(4) Seules les douilles d'artillerie sont récupérées pour être rechargées, les douilles des armes d'infanterie ne sont pas rechargeables mais le cuivre est recyclé.


(5) La création de blocs de prise d'air séparés était envisagées dans certains ouvrage comme le Galgenberg, ce projet est resté lettre morte.


(6) Du fait du danger présenté par l'acheminement des personnels contaminés par des agents chimiques depuis l’extérieur jusqu'aux douches du casernement, il sera procédé ultérieurement à la mise en place de locaux de décontamination au niveau des entrées des ouvrages.

(7)Une attaque par gaz sur un ouvrage situé en altitude étant innefficace et présentant des risques pour les assaillants même, nombre d'ouvrage des Alpes sont dépourvus de tout systéme de filtration.



Redaction : Pascal LAMBERT

Sources : La muraille de France, maginot.org




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