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Détachement d'Armée des Ardennes

(DAA)






Généralités


Le Détachement d'Armée des Ardennes (DAA) couvrait à la mobilisation de fin Aout 1939 la totalité du gap existant entre les SF de Maubeuge (à gauche) et le SF de Montmédy à droite. Il s'étendait donc de Trélon au nord-Ouest à Pont à Bar au Sud-Est. La création ultérieure du SD des Ardennes autour de Mézières changera un peu la donne en restreignant les limites du DAA de Trélon à Givet en passant par Révin.

Le DAA possède une géographie similaire au SF de Maubeuge à l'Ouest, avec une alternance de forêts denses et de grandes trouées créant des passages aisés. Du côté Est, on trouve le massif des Ardennes, avec son plateau vallonné entrecoupé de profondes vallées fluviales (Meuse et Semois en particulier).

Cette zone des Ardennes, dépendant en temps de paix de la 2° Région Militaire, est réputée infranchissable par l'Etat-Major français. A ce titre, les allemands se chargeront de prouver le contraire avec le succès qu'on connaît.

L'absence de pression politique locale ainsi que son éloignement des frontières dangereuses font qu'aucune fortification ne sera construite là jusqu'en 1935-36. La totalité des fortifications sont donc de type MOM et établies entre 1936 et 1940, et pour certaines inachevées. Le DAA possède cependant certaines spécificités comme, au delà des nombreux "Barbeyrac" ou 1° RM, un nombre assez important de blockhaus STG allégés et des gros blocs de type 9° Armée. Ceci aboutit finalement à une ligne, certes continue, mais de nature et de valeur très hétérogène:


- A l'extrême ouest : une double ligne (LPR et LA) de blockhaus de type 1° RM jusqu'à Anor - limite entre les 1° et 2° Régions Militaires - permettant de barrer les passes de Trélon et d'Anor. Quatre grands blockhaus STG et FCR-GA1 viennent renforcer en 1940 ces défenses.
- Les forêts de Hirson et Saint Michel: une double ligne continue de blockhaus STG allégés type "Forêt" et de blockhaus type 9° Armée protègent les voies et passages vers Hirson.
- Forêt de Signy : une ligne très légère et unique de 14 blocs Barbeyrac le long du cours du Gland.
- Trouée de Rocroi : retour à une double ligne faite de Barbeyrac (1936-38) et de 22 gros blockhaus STG simples ou doubles et FCR-GA1 (1939-40)
- Vallée de Misère : une ligne unique et peu fournie, d'une dizaine de blocs Barbeyrac ou MOM avec quelques tourelles démontables jusqu'à Revin.


Ces fortifications décrites ci-dessus font globalement face au Nord le long de la frontière. A partir de Revin, la nature et l'orientation des défenses change, avec cette fois ci un axe Nord-Sud de la ligne et une orientation défensive plein Est le long du cours de la Meuse entre Revin et Givet. Les défenses se composent de 65 blocs légers (Barbeyrac ou MOM) et 14 tourelles démontables construits entre 1936 et 1939, auxquels il faut rajouter les deux casemates pour un canon de 75 mm Mle 1897 sous tôle métro construites dans le fort de Charlemont à Givet. Notons quelques particularités spécifiques de cette section:


- les tourelles démontables sont la plupart du temps placées par deux, en couple.
- Les méandres trop importants de la Meuse (Revin, Fumay et Chooz) sont simplement barrés à leur col et non tout le long du cours de la rivière. Cette disposition, logique dans une optique de minimisation des distances à défendre, coutera cher aux défenseurs lors des combats du 13 au 15 Mai 1940.




Organisation


Le DAA n'a pas de troupes organiques de forteresse mais dépend uniquement des troupes de renforcement dont l'essentiel doit dés l'entrée en conflit avec l'Allemagne, se porter en avant sur le cours de la Meuse (manœuvre Dyle-Bréda). Le commandement du DAA est le suivant à la mobilisation:

- Commandant : Gal HACA François (commande en même temps la 2° Région Militaire), remplacé dés le 3 Septembre par le Gal André CORAP, qui devient commandant de la 9° Armée le 10 Octobre.

Initialement, la partie gauche du DAA (Trélon-Rocroi) est tenue par le 2° Corps d'Armée (7° DI) et la région de Mézières par la 52° DI, incluant le 148° RIF. A la création du SD Ardennes en fin Novembre 1939, le 11° Corps d'Armée remplace le 2° et couvre le secteur Trélon-Douaires (Est de Signy). Après création du 41° Corps d'Armée de Forteresse (janvier 1940), et jusqu'au 10 Mai 1940, on trouve de gauche à droite:

- entre Trélon et Douaires la 4° DINA (Gal Charles SANCELME),
- 41° Corps d'Armée de Forteresse (Gal de CA Emmanuel LIBAUD)

- entre Douaires et la Meuse la 61° DI (Gal de Brigade Arsène VAUTHIER jusqu'au 25 Mai 1940 puis Gal de Brigade Jacques L'HERITIER les 25 et 26 Mai 1940).
- Secteur Défensif des Ardennes (Gal François-Arthur PORTZERT) - traité par ailleurs.
- Quelques unités organiques de corps d'armée: 141° Cie d'ouvriers d'artillerie, parc d'artillerie, 141° compagnies du Génie, etc


- Des éléments de la 61° DI et de la 22° DI (détachement de Givet) tiennent partiellement les fortifications de la rive gauche de la Meuse entre Révin et Givet.


DAA-10 Mai 1940






Histoire


Le secteur compris entre Anor et Pont-à-Bar (sud-est de Mézières) est géré par la 2° Région Militaire alors que la trouée de Trélon-Anor dépend encore de la 1° RM. Il est dépourvu de toutes fortifications récentes jusqu'en 1935. En effet, la CDF avait considéré dans son rapport de 1926 que la zone pouvait être simplement défendue par un ensemble de destructions pour tirer parti du terrain, soit une protection encore plus légère que le Nord de la France qui pouvait bénéficier de fortifications de campagne. En cohérence avec ces directives, la CORF ignorera en pratique cette zone alors que le Nord bénéficiera d'une attention accrue du fait de la pression politique. Fin 1935, à la dissolution de la CORF, rien de structurel n'est donc fait.

Cependant, début 1935 le ministère de la Guerre prend la décision de donner la responsabilité des travaux de construction à la main d'oeuvre militaire sous la responsabilité des Regions Militaires. La 2°, qui couvre les Ardennes et est commandée par le Gal Marie-François-Armand BARBEYRAC de SAINT-MAURICE entre 1933 et fin 1936, se charge de réexaminer la question de la protection des Ardennes. Au même moment, la situation politique avec l'Allemagne et l'Italie se tend et en Octobre la Belgique déclare sa neutralité. L'ensemble de ces éléments géopolitiques entrainent une accélération des constructions MOM: dés fin 1935, la 1° RM reçoit 3 MF pour équiper la trouée de Trélon-Ohain et 4 MF sont débloqués par la 2° RM pour débuter les travaux sur les Ardennes.

Après un débat sur le tracé entre Révin et Anor entre les généraux Georges, Dufieux et Barbeyrac, c'est finalement ce dernier qui propose le tracé définitif en Juin 1936. Les travaux ont cependant commencé dés 1935 le long de la Meuse en particulier. Fin 1936, c'est 124 blockhaus de type 2° RM (Barbeyrac) et 12 emplacements de tourelles démontables qui ont été construits sur les 50 kilomètres entre Anor-La Lobiette et Révin, et 138 blocs et 28 TM le long de la Meuse. En 1937, 5 MF sont alloués au DAA (Anor-Givet) et 3 MF pour le SDA (Révin-Pont à Bar). Cette année reste cependant peu active, malgré une visite du Gal Gamelin. Ce n'est qu'en fin d'année que quelques fonds sont donnés pour construire des casemates de 75 et les maisons fortes du futur Secteur Défensif des Ardennes (voir fiche correspondante) .

Les travaux reprennent en 1938 comme conséquence de la crise de Munich. Le renforcement du front des Ardennes entre Montmédy et Maubeuge devient enfin prioritaire. Une ligne d'arrêt à base de blockhaus STG est entamée début 1939 suite à la libération de fonds spécifiques (43 MF pour le DAA), en particulier dans la trouée de Trélon-Anor, dans la trouée de Rocroi entre les forêts de Signy et des Ardennes, et enfin en avant de Mézières (SDA) sur le tracé de l'avancée préconisé en 1936. Sont ainsi prévus 5 blockhaus STG allégés à Trélon-Anor et 11 à Rocroi en plus des obstacles enfin à construire. Quelques fonds alloués au compte goutte pendant le premier semestre de cette même année permet de donner un peu de profondeur au dispositif.

A la mobilisation de fin Aout 1939, Le Détachement d'Armée des Ardennes, à valeur de corps-d'armée renforcé, est complété pour combler le vide laissé entre la 1° Armée au Nord et la 2° Armée à l'Est. Le Groupe d'Armée n°1, dont dépend le DAA, ajoute sa pierre à l'édifice au travers d'une nouvelle accélération des constructions.

Le 10 Octobre 1939, le DAA disparaît pour être requalifié en 9° Armée et gagne quelques unités supplémentaires. Le 20 Novembre 1939, le SD des Ardennes est créé sous contrôle du 4° Corps d'Armée. Quelques jours plus tard, le 28 Novembre, cette réorganisation est mise en suspend car une réorganisation plus globale du front (arrivée dans le Nord du BEF et de la 7° Armée) entraine d'autres changements. Il est ainsi annoncé que le SD des Ardennes juste créé deviendra "plus tard" la 102° Division d'Infanterie de Forteresse (DIF).

Ces allées-venues organisationnelles ne ralentissent pas les travaux: sur les 100 km de front de la 9° Armée, 196 nouveaux blocs sont construit et 39 en construction entre Septembre 1939 et Mai 1940. On trouve ainsi:


- Forêt de Saint-Michel : 9 blocs 9° Armée doubles suivis de 13 blockhaus STG type "Forêt" sur la LPR, et une ligne d'arrêt en arrière composée de 20 blocs type 9° Armée et 1 bloc STG (6 autres en projet ou construction).
- Trouée de Rocroi : 22 blocs STG dont 15 en cours de coulée en LPR (12) et LA (10).
- Charlemont : 2 casemates pour 1 canon de 75mm construites dans les remparts du fort.
- Des installations STG dans le SDA, traitées par ailleurs.

Début 1940, la CEZF complète cela par l'amorce d'une ligne arrière à base de blockhaus STG, à 15-20 km de la LPR et dépendant du SDA.


Le 11 Janvier 1940 est créé le 41° Corps d'Armée de Forteresse (CAF), qui regrouper les unités à vocation statique et défensive de la 9° Armée, à savoir la 61° DI (Signy-Revin) et le SD des Ardennes - qui est justement en train de se convertir en 102° DIF -.

Combats de Mai 1940


- 10 Mai 1940 : au matin, les forces allemandes entrent en Belgique et au Luxembourg. Conformément aux ordres et à la stratégie "Dyle-Breda", les troupes sur la gauche de la 9° Armée entament leurs mouvement en avant pour aller se positionner sur le cours de la Meuse, entre Revin et Namur. La 61° DI pivote autour de Revin pour prendre place entre cette ville et Montigny sur Meuse.

- 11 Mai 1940 : La 7° Bie du 160° RAP arrive à Givet. Les 22° et 18° DI qui étaient en attente derrière la 61° DI traversent la frontière et se déplacent respectivement vers le tronçon Montigny-Hastières en Belgique et face à Dinant pour la seconde, avec la 1° et la 4° DLC. La 4° DINA, moins mobile, reste en position sur la ligne Maginot entre Trélon et Signy. Elle ne commencera sont mouvement effectif qu'à partir du 12 Mai. Dés le 11, les bombardements allemands retardent et perturbent les mouvements en addition au flots de réfugiés belges qui commencent à descendre vers le sud-ouest.

- 12 Mai 1940 : L'essentiel des troupes des 18° et 22° DI, ainsi que la totalité de la 61° DI sont en position face à la Meuse. La 4° DINA quittant enfin sa zone d'attente, le soir du 12 Mai plus aucune troupe de renforcement n'occupe les fortifications, de Trélon jusqu'à Revin. Les ponts sur la Meuse sont dynamités en prévision de l'arrivée des allemands, dont les premiers éléments de la 7° Pz.Division (Rommel) et la 5° Pz.D arrivent déjà à Dinant face à la 18° DI. Dans la nuit du 12 au 13 Mai, la Meuse est franchie au Nord de Dinant.

- 13 Mai 1940 : la Meuse est franchie à Monthermé, au sud de la position, par la 6° Pz.Division. Les allemands sont néanmoins contenus dans le méandre. Au même moment, la tête de pont allemande de Dinant s'élargit et les éléments de pointe de la 32° ID allemande arrivent face à Givet et Chooz.

- 14 Mai 1940 - jour décisif : Sur le DAA, le gros de l'action va se situer face à Givet, où les défenseurs repoussent un premier franchissement de la 32° ID et infligent des pertes à l'adversaire. Cependant, les canons positionnés sur le fort de Charlemont finissent par être neutralisés par les bombardements, et deux régiments allemands finissent par franchir la Meuse au nord de la ville face à Heer et au sud dans la boucle de Chooz. Dans le soirée, la 22° DI commence son repli dans la précipitation, alors que quelques éléments continueront à défendre le fort Charlemont et les blockhaus autour.

Au même moment ailleurs : percée des corps blindés allemands (2°, 1° et 10° PzD), juste à la droite de la 9° Armée, dans le secteur Sedan-Donchéry. Rapidement, les blindés arrivent à Flize puis Mézières. Au même moment, la tête de pont de Monthermé est élargie par les allemands qui repoussent les défenseurs après avoir établi un pont permettant le franchissement des blindés. Au nord du DAA, les divisions du Panzer Korps Hoth, ayant percé à Dinant en Belgique, déferlent vers le sud-ouest. La 9° Armée est prise au centre d'une immense tenaille et ses éléments commencent leur repli de la Meuse, de façon plus ou moins organisée.

- 15 Mai 1940 : la situation s'aggrave: le front est percé dans la presqu'ile de Monthermé, et face à Sedan la 102° DIF recule pour se positionner entre Rocroi et Signy l'Abbaye. Dans la soirée, cette unité est virtuellement détruite, encerclée et capturée, laissant le passage libre pour un contournement du DAA par le Sud. La 61° DI entame son repli vers Hirson et au-delà, suivie par la 22° DI et la 4° DINA. Les premiers éléments en repli de ces divisions sont envoyés ré-occuper les blocs de la forêt de Saint Michel alors que la 1° DINA (réserve du GQG) se positionne à Trélon-Anor. Les blocs de l'avancée de Rocroi ne seront donc pas occupés et ne retarderont pas l'adversaire.

Ce même jour, au vu de la situation, l'EM décide le remplacement du Gal CORAP par le Gal GIRAUD (7° Armée) à la tête d'une 9° Armée en pleine désagrégation et repli.

- 16 Mai 1940 : les allemands (7° Pz.D) percent la ligne Maginot à Solre le Chateau au Nord de la forêt de Trélon. Les troupes qui se positionnent en forêt de Hirson-Saint Michel devront donc se battre autant vers le Nord que vers le Sud. Dans les passes de Trélon et Anor, les 1° et 4° DINA prennent position poursuivies pas la 32° ID qui descend de Givet. Celle-ci amorce son attaque vers les blocs d'Ohain au sud de Trélon dés l'après-midi. Dans la soirée, certains blocs de la LPR sont tombés.

- 17 Mai 1940 : la forêt de Hirson-Saint Michel est attaquée de part et d'autre et nettoyée d'Est en Ouest. Quelques blocs combattent. Le 17, la LPR dans le secteur d'Ohain est percée en début d'après-midi et la 32° ID avance vers Trélon. Un peu plus au sud, Anor tombe dans l'après-midi. En fin de journée, la 7° Pz.D au nord et les Pz.D du groupe Guderian au sud étant déjà loin à l'ouest, l'ordre de décrochage général du môle défensif d'Anor-Trélon est donné. Les restes des unités présentes tentent de rejoindre les lignes françaises au travers des unités ennemies.

Le DAA a dés lors terminé sa courte carrière.


Sources : SHD, sites atf40.fr et wikipedia,et éléments listés en bibliographie.


Secteur(s) concérné(s) :DAA




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