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154° Régiment d'Infanterie de Forteresse

(154° RIF)






Généralités


Le 154° RIF (Régiment d'Infanterie de Forteresse - Réserve A) est formé le 25 Août 1939 à Bitche par le CMI 203 de Sarrebourg et Gérardmer à partir du noyau d'active du II/37° RIF (Régiment des Vosges) de temps de paix.

Ce régiment est issu des traditions du 154° RI de Ligne, originaire de 1794, puis re-créé en 1813 et dissous ensuite. Il est à nouveau constitué en 1887 et s'illustre amplement lors du 1er conflit mondial lors des batailles de l'Argonne et la Champagne (1915 - St Hilaire de Grand), Verdun (1916 au Mort-Homme et Cumières), l'Aisne (1917 - Berry au Bac) et la Somme et l'Oise (1918). Il est dissous en 1923 et ses traditions transférées au 94° RI qui les rend au 154° RIF à la mobilisation.

Le régiment prend en charge le sous-secteur de PHILIPPSBOURG (aussi appelé de WINTERSBERG un temps), partie du secteur fortifié de VOSGES qui s'étend du sommet du Grand-Hohekirkel à gauche jusqu'au Buchwald (Wineckerthal) à droite. Ce sous-secteur comprend :

- Un ouvrage d'artillerie : le GRAND HOHEKIRKEL
- une casemate MOM d'artillerie pour deux canons de 75 mm au Biesenberg
- 13 casemates CORF
- 7 blockhaus CORF au Biesenberg
- 2 abris caverne CORF ( DEPOT et WOLFSCHACHEN )
- une cinquantaine de blockhaus MOM de résistance variable, pour l'essentiel construits lors de la "drôle de guerre".

En avant de la LPR, on trouve :
- deux postes frontières fortifiés tenus par la GRM (Bremendelle et Lutzelhardt)
- des points d'appuis avancés, avec parfois des dispositifs de mines permanents, à Plateau d'Exil, Haut Warsberg, Erlenmoos, Sturzelbronn/Hardt et Neudoerfel.

Une deuxième ligne de défense, limitée à quelques bouchons routiers, existe en arrière de la LPR, avec blockhaus sur les routes menant à Braementhal et Philippsbourg.

La partie gauche de la LPR de son sous-secteur comprend essentiellement la partie Est du plateau du camp de Bitche et le sommet important du Biesenberg. La partie droite suit le cours du Schwarzbach, protégé par une suite de barrages d'inondations défensives couverts par la ligne de casemates.


La devise du 154° RIF est "Je ne recule pas d'une semelle"


Insigne du 154° RIF



Insigne du 154° RIF



Organisation


Le 154° RIF comporte 3 bataillons, incluant sept CM, deux CEFV, une unité d'équipage d'ouvrage et trois unités d'équipage de casemates. L'effectif total est d'environ 3600 hommes et 120 officiers dont seulement 15 d'active. Son PC se situe entre PHILIPPSBOURG et LIESCHBACH. Le camp de sûreté est localisé à NEUNHOFFEN .

Son commandement est tenu par le Lt-Col Paul LAMBERT à sa création le 25 Aout 1939, puis par le Lt-Col Jean BOURGEOIS à partir de Novembre 1939.
Adjoint : Cne/CB André VOISIN puis Cne Jules PONCE au 5/12/1939. Le CB André VOISIN est à nouveau adjoint au 10 Février 1940.
Une compagnie de commandement (Cne Jean-Stéphane ARMILHON) en assure le soutien.

Le médecin chef du régiment est le Cne-Médecin Charles-Pierre RIVET.


1° bataillon - quartier du Biesenberg


Chef de corps : CB Gaston SAINT-HILLIER, avec PC au KANTELBERG .
- Adjoint-Major : Cne Maurice CHARLES puis Cne Philippe LLORET au 27 Novembre 1939, puis Cne Léon PRADAL au 23 Avril 1940.
- CHR n°1: Cne Georges DEMONET

- UEO n°1: CB Pierre FABRE - ouvrage du GRAND HOHEKIRKEL
- UEC n°2: Lt Pierre SAINT RAYMOND puis Lt Camille FOLL - de la casemate de MAIN du PRINCE Ouest au blockhaus BIESENBERG 7 puis la casemate de GLASBRONN.

- CM n°1 : Lt Jean LASSUS puis Lt Bernard Le GOUZ DE SAINT SEINE, avec 7 PA à la Main du Prince.
- CM n°2 : Lt Jean-Jacques PATROUILLEAU au Biesenberg, avec 7 PA.
- CM n°3 : Cne Maurice MARCHAL, en position à l'arrière aux PA de Dachseck, Waldeck et Hanau avec 3 sections de mitrailleuses et 1 section FV.

(nota : au 18/02/1940, il y a une CEFV n°1 dans l'organigramme, commandée par le Lt Jean LEMAIRE. LA date de création de cette CEFV n'est pas connue)


2° bataillon - quartier de Rothenbourg


Chef de corps : Cne puis CB J.-Lucien NOGUES, puis Cne CHARLES provisoirement à partir du 15 Mars 1940, puis de nouveau le CB NOGUES à partir du 20 Avril, avec PC au FALKENBERG .
- Adjoint : Cne Paul DUPRAT jusqu'au 30 Janvier 1940. Le Lt Maurice MARCHAL lui succède jusqu'au 26 Février, puis le Cne Léon PRADAL à partir du 20 Mars 1940, et enfin le Cne CHARLES au 21 Avril 1940 puis au 2 Juin 1940.
- CHR n°2 : Cne Frédéric COUTANT. La CHR n'arrive qu'à partir du 10 Septembre 1939 et est installée 1km au sud de Baerenthal. Le Cne Paul DUPRAT prend la suite du Cne COUTANT, muté, au 30 Janvier 1940 puis le Lt/Cne ARMILHON au 15 Mai 1940.

- UEC n°3: Lt puis Cne TT (au 18/01/1940) Pierre HUBERT - 6 casemates, de la casemate de GLASBRONN puis ALTZINSEL à celle de GRAFENWEIHER Centre

- CM n°5 : Cne Théodore GRAT autour d'Erbsenthal, jusqu'au 4 Mars 1940 (évacué, malade), puis Lt Jean HUSCHARD, temporairement puis définitivement au 04 Mai 1940. Trois sections occupant 7 PA et une section FV.
- CM n°6 : Cne Arthur SELLIER, remplacé à son départ pour l'UEC n°4 par le Cne Maurice CHARLES le 27 Novembre 1939 jusqu'en Février 1940, puis Lt LHERBIER. La CM, composée de 3 sections, tient 5 PA autour de Nonnenkopf.
- CEFV n°2: Cne Philippe LLORET, remplacé le 27 Novembre 1939 par le Lt GAUBERT, puis le Lt Jean HELLER puis le Lt Maurice MARCHAL à partir du 26 Février. Composition : 3 sections antichar et 2 sections de FV.

Effectif de 24 officiers et 742 sous-officiers et hommes.


3° bataillon - quartier de Neunhoffen


Chef de corps : Cne Roland FRANCOIS puis CB Louis LAYA à partir du 12 Octobre 1939, puis CB Lucien NOGUES à partir du 25 Mars 1940, avec PC au HOHENFELS .
- Adjoint : Cne Robert BAVEREY, puis Cne Roland FRANCOIS au 12 Octobre 1939 jusqu'en Juillet 1940.
- CHR n°3: Cne Denis FRANCOIS

- UEC n°4: Cpt René VUILLEMIN - 4 casemates, de GRAFENWEIHER Est à celle de WINECKERTHAL Ouest.

- CM n°9 : Lt Léon PRADAL autour de Neunhoffen jusqu'au 20 Mars 1940, composée de 3 sections couvrant 6 PA.
- CM n°10: Cne VIAL puis Cne Robert BAVEREY, composée de 3 sections autour de Dambach, avec 5 PA
- CEFV n°3 : Lt ADAM puis Cne Ernest ROUARD, 5 sections antichar et une de mortiers.


Le 154° RIF inclut aussi un bataillon d'instruction (XXI/154° RIF), en réalité l'ex XXI/37° RIF. Mis sur pied dés la mobilisation à Eguelshardt, il accueille initialement les excédents d'effectifs de mobilisation des CM et CEFV. Il est commandé par le CB GOUYGOU à compter du 16 Mars 1940.

Le 154° RIF étant un régiment de position, son équipement de transport est sous-dimensionné et basé, pour ce qui est de la partie automobile, sur des réquisitions locales, donc dans un état préoccupant ("lamentable" dira même le Lt-Col BOURGEOIS...). Ceci jouera un rôle important dans le repli du régiment en Juin 1940.



Historique


Le 2 Septembre 1939, le 154° RIF, appuyé du I/168° RAP, prend position dans le sous-secteur de PHILIPPSBOURG (SF VOSGES). La Cie de Garde Frontières 543 et le peloton GRM 226 occupent les avancées et postes frontières.

Plusieurs incidents d'avant-postes entrainent par sécurité le 8 Octobre 1939 l'actionnement de l'ensemble des DMP situés le plus en avant sur la rocade Bitche-Wissembourg (DMP codés xxQM), comme la veille devant le 165° RIF.

Lors du passage de tutelle du SF du 8° CA de la 5° Armée à la RFL, le 10 Octobre 1939, l'artillerie est réorganisée et le 60° RAMF prend la place du 168° RAP et la 28° DI Alpine (56° Régiment Alpin) vient en support du 154° RIF. Le 56° RIA est relevée par la 55° RIA courant décembre. Le front est relativement calme pendant toute cette période, hormis le courant du mois de septembre dufait de l'offensive de la Sarre, pour laquelle les troupes en place dans le SF VOSGES constituent l'aile droite.

La fin de 1939 est calme, et surtout occupée à l'instruction et à la construction de l'ensemble des PA des intervalles, qui n'étaient d'ébauchés à la mobilisation. La pénurie de ciment et de matériel pour un secteur non prioritaire entraine la construction principalement d'abris et blocs légers en rondins. Des destructions passives (abattis, inondations, barrages de route) complètent l'ensemble.

Les activités de patrouilles de corps-francs le long de la frontière se succèdent, en lien avec les unités de renforcement. Le retrait anticipé des avant-postes le 8 Octobre 1939 permet à une forte patrouille ennemie de s'avancer jusqu'à la LPR entre Grafenweiher et Dambach. Un incident sérieux intervient le 18 Décembre 1939 sur le Haut-Reissen au nord de Sturzelbronn, lorsqu'un groupe de patrouille tombe dans un embuscade allemande. Le combat se traduit par la capture de plusieurs prisonniers allemands et le décès du Ss-Lt GUILHERMET et du Cal BLANCHOT du II/154° RIF. Un second incident significatif intervient le 26 Mars 1940 sur le Grand-Eichenberg, au dessus de la MF d'Erlenmoos, entrainant la perte de 4 hommes - sur un effectif de patrouille de 10 hommes - face à un ennemi 5 fois supérieur.

Le 15 Mars 1940, le 154° RIF est rattaché directement au 43° CAF (Corps d'Armée de Forteresse), à la dissolution du SFV. A partir du 22 Mars, la 28° DI Alp est relevée par la 30° DI Alp en renforcement du 154° RIF. Fin avril 1940, c'est le 55° RI Alpine de la 30° DIA qui renforce le secteur du 154° RIF. Le 55° RIA protège la partie gauche du sous-secteur, et le 154° RIF la partie droite.


Combats de Mai-Juin 1940


- 10 au 15 Mai 1940 : forte activité aérienne au-dessus du front. Quelques infiltrations ennemies le long de la frontière, sans conséquences, sont relevées.

- 18 Mai 1940 : test par l'ennemi des avancées du Biesenberg, avec prise de l'avancée du plateau d'Exil en avant de la MAIN du PRINCE.

- 21 au 28 Mai 1940 : reprise du PA du plateau d'Exil par le 55° RIA. Le lendemain, le PA du Horn dans le même secteur est pris par les allemands. Ordre est donné de tenir sans esprit de recul tous les PA avancés et positions frontières. Le 28 Mais, le 55° RIA reprend le poste de Horn sur le Haut-Warsberg au-dessus d'Erlenmoos-Sturzelbronn-Neuweiher-Langthal. Dans le même temps, les PA7 et PA12 du II/154° RIF sont bombardés à l'artillerie, sans dégâts.

- 31 Mai 1940 : les postes frontière sont finalement repliés et la ligne de défense établie sur une ligne incluant les avancées d'Erlenmoos,

- 2 Juin 1940 : devant la situation dégradée dans le Nord (1° Groupe d'Armée), le 8° CA commence son déplacement vers l'ouest. Le 43° CAF reste seul en contrôle, et la 30° DIA prend la supervision du SF des VOSGES.

- 12 Juin 1940 : ordre est donné, dans la nuit du 12 au 13, de préparer le repli de l'ensemble des troupes d'intervalle restant dans le secteur pour le 13 au soir. Le 154° RIF en fait partie et sera intégré à la nouvelle Division de Marche (DM SENSELME) ainsi créée. Le plan initial semble avoir été de se rendre à pied à Reding, où des rames de chemin de fer auraient emmené la Division de Marche vers une autre partie du front. Ce plan ne sera jamais réalisé.

Au même moment ailleurs : la Seine à l'ouest de Paris et la Marne à l'ouest ont été franchies par les troupes ennemies. Paris est à portée. De durs combats ont lieu en Champagne vers Châlons.

- 13 Juin 1940 au soir : retrait des troupes d'intervalle. Le 154° RIF se replie comme élément de la Division de Marche SENSELME, tout en laissant sur la LPR des sections FV de retardement (2 par bataillon), une partie du 55° RIA et les CEO/CEC aux ordres du Lt-Col RENARD, commandant du 165° RIF (Groupement RENARD).

Le sous-secteur du 154° RIF change légèrement de frontière et se réorganise, avec cinq CEO/UEC :
- CEO n°1 : Ouvrage du GRAND HOHEKIRKEL
- UEC n°2 : 11 casemates et blockhaus occupés, tous CORF, jusqu'à GLASBRONN incluse (Lt FOLL)
- UEC n°3 : 3 casemates CORF et quelques blockhaus occupés de Glasbronn à Graffenweiher exclus (Cpt HUBERT)
- UEC n°4 : 9 blockhaus et casemates occupés, dont 6 CORF, de Graffenweiher au Seelberg, au dessus de WINECKERTHAL Ouest (Cpt VUILLEMIN)
- UEC n°5 : 11 casemates et blockhaus occupés, dont 6 CORF, de WINECKERTHAL Est à GUNSTHAL COL Est (Lt DELAGE).

Après une nuit de marche avec armes et bagages, le 154° RIF arrive à son bivouac un kilomètre au S-Ouest de Reipertswiller.

- 14 Juin 1940 :
DM SENSELME : Le repli en bon ordre du 154° RIF reprend le 14 à 22h et amène le régiment par Wimmenau et la Petite-Pierre jusqu'au au nord de Phalsbourg à Pfalzweyer.
Sur la LPR : les UEC s'organisent et vident autant que possible les dépôts arrières pour parer à toute éventualité. Les villages de Dambach (Section BOURGOIN) et Neunhoffen (Section MAUJEAN) sont organisés en réduits. Les avant-postes encore occupés sont repliés. Dans la soirée, la croute laissée par la 55° RIA se replie a son tour vers l'arrière.

Ailleurs au même moment : Paris est pris et les fronts de la Marne et en Champagne ont été percés la veille permettant le déferlement des troupes blindées vers la Suisse. La 1° Armee allemande attaque dans la Sarre.

- 15 Juin 1940 :
DM SENSELME : le 154° RIF reçoit l'ordre de se positionner défensivement vers le Nord dans le bois de Woustholz à l'Est de Sarrebourg. La marche reprend donc en soirée. Les positions de Woustholz commencent à être installées à partir de minuit.
Sur la LPR : les éléments mobiles du 154° RIF du groupement RENARD se replient à leur tour dans la nuit du 15 au 16. Le Lt-Col RENARD transfère le commandement du SFV et des éléments restants du 154° RIF et 165° RIF au CB FABRE du GRAND-HOHEKIRKEL. Une des sections FV du 154° n'ayant pu être avertie du repli, reste sur place au Biesenberg. Une partie des autres sections, sans ordres précis et sans arriver à reprendre contact avec l'EM du régiment, erre pendant plusieurs jours en arrière des lignes, allant jusqu'à St Dié, puis Raon l'Etape, avant de rejoindre le Donon le 20 ou le 21 Juin et se mettre aux ordres de la DM SENSELME.

- 16 Juin 1940 :
DM SENSELME : Vers midi, contrordre : il faut laisser le Woustholz et se positionner derrière le canal de la Marne au Rhin. Le 154° RIF se déplace donc à nouveau dans l'après-midi et prend place quelques centaines de mètres plus au Sud dans la soirée sur le canal de la Marne au Rhin entre Hesse et le moulin de Niderwiller. La DM CHASTANET (166° RIF) est à sa gauche et le 165° RIF à sa droite. Le PC du régiment est à Brouderdorff, et les 3 bataillons se positionnent dans l'ordre II, I et III/154° RIF de gauche à droite.
Sur la LPR : L'instruction de destruction des casemates et ouvrages n'est finalement pas mise en oeuvre car l'ennemi interdit maintenant tout repli. Des reconnaissances sont faites vers l'arrière.

- 17 Juin 1940 :
DM SENSELME : A 5h, contact est pris avec l'ennemi sur la partie droite du segment de canal tenu par le 154° RIF (3ème bataillon). Les avant-postes se replient au sud du canal et les ponts sur le canal à Niderwiller, Schneckenbusch sont dynamités. Côté Hesse, l'ennemi se présente vers 9h, mais le 166° RIF, bien appuyé par l'artillerie et le II/154° RIF, tient le village jusqu'au soir. Après repli, le pont de Hesse est dynamité.
Sur la LPR : les casemates de WINECKERTHAL signalent à 8h30 des infiltrations en provenance de Langthal. Les reconnaissances vers l'arrière détectent l'ennemi à Wingen, Wimmenau et Ingwiller. Des allemands arrivés en arrière de la LPR s'approchent de l'abri du WOLFSCHACHEN pour en demander la reddition, sans effet.

Position du 154° RIF - 16-19 Juin 1940



Positions du 154° RIF sur le canal de la Marne au Rhin


Ailleurs au même moment : les blindés allemands ont atteint le Jura et la frontière Suisse le 17 Juin, encerclant de fait les troupes de la 3°, 5° et 8° Armée (GA 2). L'opération de franchissement du Rhin par la 7° Armee du Gal Dollmann le 15 Juin est un succès.

- 18 Juin 1940 :
DM SENSELME : Le front du 166° RIF est percé à gauche du 154° RIF et la liaison est perdue. Au même moment à droite le 165° RIF est violemment bombardé sur les tunnels, mais résiste. Des combats sporadiques se tiennent devant le 154°, mais sans impact majeur. Pertes de la journée: 10 tués et 20 blessés.
Sur la LPR : Les équipages s'enferment dans leurs casemates et blockhaus en réponse à l'augmentation de l'intensité de bombardement. Saverne est pris le 18 au soir.

- 19 Juin 1940 :
DM SENSELME : Dans la nuit l'ennemi s'infiltre dans Hesse et passe au sud du canal suite au repli du 166° et la perte de liaison. Le II/154° RIF pivote pour protéger l'ouest du régiment et ordre est donné aux CHR et trains régimentaires de quitter Brouderdorff pour se rendre à St Quirin. A 9h, attaque de front sur Schneckenbusch, repoussée ainsi que deux attaques dans l'après-midi sur le III/154° RIF en provenance du Woustholz. L'artillerie de soutien commence à ralentir son tir pour économiser les munitions car l'approvisionnement n'est plus arrivé depuis la veille.
Le gros du 154° RIF entame son repli en direction du Donon à 23h, en n'arrivant pas à rétablir la liaison à l'ouest avec la DM CHASTANET (166° RIF) ni avec le 165° RIF. Objectif : se rétablir sur une ligne Vallerysthal-Abreschwiller au matin. Le repli se fait sous pression de l'ennemi, mais se passe correctement malgré le manque de moyens de transport.
Sur la LPR : Bombardement d'artillerie et d'aviation sur l'ensemble des casemates et ouvrages. Au Nord-Est, la LPR est percée le 19 Juin au matin par la 215° ID du général Baptist Kniess dans l'ancien secteur du 165° RIF entre les blockhaus du COL de GUNSTHAL et la VERRERIE, et cela malgré le soutien de l'artillerie du FOUR à CHAUX et du HOCHWALD. Dés le 19 au soir, les allemands sont au contact de la 1ère casemate du sous-secteur, WINECKERTHAL Ouest, qui tombe dans la nuit. La tourelle de 75mm du GRAND-HOHEKIRKEL intervient tous azimuths pour interdire les approches par le nord et le sud. De ce dernier côté, les reconnaissances ennemies ont atteint la vallée reliant Niederbronn à Philippsbourg et Bitche.

Parcours de repli du 154° RIF - 14-23 Juin 1940



Parcours de repli du 154° RIF


- 20 Juin 1940 :
DM SENSELME : Le 154° RIF se place vers Abreschwiller - Vallerysthal, sans arriver à recréer la liaison droite avec le 165°. Au centre, le I/154° est très affaibli alors que l'artillerie de soutien a disparu. Le moral baisse et les réserves de munitions aussi. C'est à ce moment que l'ennemi attaque en force dés 9h. Vers midi Vallerysthal - tenu par le III/154° - tombe et est débordé par l'Est en absence de liaison avec le 165° RIF. Les unités se battent en forêt et commencent à se disperser et se replier vers le Sud, découvrant le flan droit du I/154° et permettant aux allemands d'envelopper le I/154°. A gauche entre Abreschviller et la Valette, le II/154° RIF est celui qui résiste le mieux mais se retrouve isolé autour d'Abreschviller par l'effondrement du I/154° dont le commandement est capturé à la Valette à 15h. Dans l'après-midi, les II et IIIème bataillons reçoivent l'ordre de se replier sur Kysithal-St Léon (PC à Grand-Soldat). Le II/154° prend position à Kysithal et le III/154° sur la crête au sud de St Léon. Les hommes n'ont rien mangé depuis 36 heures et n'ont pas été ravitaillés depuis 3 jours.
Sur la LPR, la casemate de WINECKERTHAL Ouest (Lt Le GAUDU) est prise à 1h, suivie dans la matinée par la chute à 5h de celles de DAMBACH Sud (Ss-Lt -titre temporaire- LAVALLEE) attaquée par l'arrière et le dessus. Son équipage se replie à Dambach, où il résiste encore quelques temps à l'ennemi qui arrive du Sud et Sud-Est. La casemate de NEUNHOFFEN (Sgt EGERMANN) est évacuée sur ordre du Cne VUILLEMIN et son équipage se replie vers Rothenbourg. Suit GRAFFENWEIHER Est qui chute à son tour sans combattre, attaquée par l'arrière. Le Cne VUILLEMIN est capturé à 11h30 au PC de l'UEC n°3 au Petit-Steinberg à côté de Rothenbourg. L'UEC n°4 a cessé d'exister. Dans ce même coup de main, le Cne HUBERT - commandant l'UEC n°3 - parvient à s'échapper in-extremis et rejoindre la casemate d'ALTZINSEL à 12h. A 13h, la casemate de GRAFFENWEIHER Centre est prise avec ses 11 hommes.
La casemate de NONNENKOPF, sommée alors de se rendre par des parlementaires, continue le combat. Elle repousse de nombreuses infiltrations avec sa voisine GRAFFENWEIHER Ouest et le soutien de la tourelle de 75mm du GRAND-HOHEKIRKEL. Cette dernière casemate marque la limite vers l'Ouest de la brèche créée par les allemands.

- 21 Juin 1940 :
DM SENSELME : Le II/154° RIF, ravitaillé tant bien que mal, est attaqué à Kysithal au sud-est d'Abreschwiller. Le repli en combattant, accompagnés d'isolés du I/154° et du II/279° RI, se poursuit vers Grand-Soldat puis Deux-Rivières, direction Donon, non sans déplorer la perte de deux sections des CM5 et CM6. Dans la soirée, le bataillon se retranche au carrefour des routes de St Quirin et Abreschwiller, à 2 km au nord du Donon. Le III/154° RIF, encore positionné à Walscheid-St Léon, est bombardé à l'artillerie. Débordé par le sud (Grand-Soldate et Wassersoupe), le bataillon est bientôt encerclé et doit se défendre sur toutes les directions. Le PC du régiment, encore à Grand-Soldat, est encerclé lui aussi et capturé.
Sur la LPR, le PA de Wolfschachen permet de bloquer l'avance allemande vers les entrées de l'ouvrage du GRAND HOHEKIRKEL. Les casemates de la CEO n°3 tiennent toujours. Sur le Biesenberg, à 15h, la boite de coupure est aux mains allemandes, ainsi que celles en arrière, entrainant la perte des liaisons entre les casemates de l'UEC n°3 et l'ouvrage. Des parlementaires demandent la reddition des blocs du Biesenberg à 15h45, mais sont renvoyés. A 16h débutent les tirs sur les blocs du Biesenberg. La casemate centrale et les blocs BIESENBERG 4 et 5 sont traités au PAK 37mm sur les cloches, entrainant des pertes. L'attaque est repoussée à 18h à l'aide de la tourelle de 75mm du GRAND-HOHEKIRKEL.


- 22 Juin 1940 :
DM SENSELME : Les restes du II et I/154° RIF, rejoints par des isolés, se replient dans la nuit du 21 au 22 dans la vallée de St Quirin et bloquent les points de passage au nord du sommet du Donon. Le IIIème bataillon, toujours retranché au dessus de St Léon, perturbe fortement les liaisons allemandes. L'ennemi bombarde à l'artillerie puis attaque, capturant l'essentiel du bataillon qui résiste sur place, EM compris. Quelques isolés décrochent de St Léon en ordre dispersé après avoir tiré les derniers obus de 25mm et détruit les pièces.
Le drapeau du régiment est brulé pour ne pas le rendre à l'ennemi: un monument marque aujourd'hui l'endroit sous le Donon.
Sur la LPR, le fait marquant est la nouvelle attaque par l'arrière, en force cette fois-ci, des blockhaus et de la casemate du BIESENBERG. Débutée à 15h, elle est stoppée par les défenseurs et contrebattue violemment par la tourelle et les armes du GRAND-HOHEKIRKEL ainsi que les mortiers de cloche des blockhaus. Elle s'achève par des pertes importantes (16 morts) et le repli des assaillants à 18h. Côté défenseurs, deux blessés sont à déplorer à BIESENBERG 4.

- 23 et 24 Juin 1940 :
DM SENSELME : Le 23 au matin, le PC de régiment, sans moyens de défense, est capturé sur l'Eichelkopf au Sud-Est de Grand-Soldat. Autour du Donon, les restes du II/154° RIF (433 hommes) se rendent sur ordre du 43° CAF tandis que le dernier groupe d'une trentaine d'hommes du III/154° RIF est capturé le 24 au matin avant d'arriver au Donon.
Sur la LPR : Ces mêmes journées sont plutôt calmes sur la LPR, hormis des escarmouches autour des casemates de l'UEC n°3 et du Biesenberg. Bombardement de colonnes d'infanterie allemandes par l'artillerie d'ouvrage du GRAND-HOHEKIRKEL.

- 25 Juin 1940 à 0h35 : Cessez le feu.
Au Donon, les troupes internées sur place attendent les ordres et remettent leur équipement aux allemands. L'ordre de mouvement arrive le 28 Juin, et défilent devant le Gal LESCANNE à Heiligenberg avant d'arriver à Mutzig. Le 29, la régiment est cantonné à Strasbourg en préalable au départ en captivité, sauf pour les alsaciens-lorrains qui sont libérés le 11 Juillet 1940.
Les ouvrages et casemates restent occupés jusqu'au 30 Juin 1940, date à laquelle ils reçoivent l'ordre de rendre la fortification en vertu des conditions d'armistice. Le 1er Juillet, les équipages des casemates Ouest du 154° RIF livrent leurs fortifications et se rassemblent pour un départ en captivité devant l'ouvrage du GRAND-HOHEKIRKEL dont elles dépendent tactiquement.


Rédaction initiale : J-M Jolas - 14/01/2017 et 15/03/2017
Sources : GUF - tome 3 - les divisions de forteresse, "Hommes et Ouvrages de la ligne Maginot - Tome 1 et 3" - J-Y. MARY, A. HOHNADEL et al., rapport du CB Fabre sur les événements de Juin 1940.
Archives SHD : Carton 34 N 151 - Rapports d'officiers, JMO et ordres de bataille du 154° RIF.



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