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154° Régiment d'Artillerie de Position

(154° RAP)






Origine


Le 154° Régiment d'Artillerie à Pied a une courte existence d'Aout 1918 au 31 Juillet 1919, date de sa dissolution à Strasbourg. Un nouveau 154° est recréé le 1er Aout 1919 à Grenoble, composé de trois groupes issus du 161° RAP (lui-même formé à partir du 11° RAP essentiellement et d'éléments des 5°, 6°, 8° et 9° RAP de 1914-18), et des 176° et 177° RAT. Il reprend donc les traditions du 11° RAP, qui s'est illustré pendant la grande guerre sur de nombreux fronts.

Ces groupes sont initialement affectés à Briançon (I/154° RAP), Modane (II/154° RAP) et Grenoble (III/154° RAP et EM). Entre Novembre 1925 et Mai 1929, le régiment est regroupé à Grenoble.

Le 3 Mai 1929, le III/154° RAP retourne s'installer à Briançon. Entre 1929 et 1933, des batteries stationnées à Grenoble sont envoyées à Modane (2°) et à Tournoux (5°).

Le régiment est réorganisé en Octobre 1934 :
- I/154° RAP : Grenoble (1° Bie) et Modane (2° Bie), regroupé en Avril 1935 à Modane.
- II/154° RAP : Grenoble (4° et 6° Bie) et Tournoux (5° Bie).
- III/154° RAP : Briançon (7° et 8° Bie).

La 4° Bie est rattachée à partir d'Aout 1935 au 155° RAP et positionnée à Bourg-St-Maurice. Avec la mise en service de l'artillerie d'ouvrages, il est alors procédé à la création ou conversion en 1938 de quatre batteries en batteries d'ouvrages (1° et 2° à Modane, 5° en Haute-Ubaye et 8° au Janus), suivi par la conversion du nom du régiment de Régiment d'Artillerie à Pied en Régiment d'Artillerie de Position.


Insigne du 154° RAP



Insigne du 154° RAP. Certains des groupes du régiment avaient leur propre insigne. Devise : "Age quod agis", soit "Venez comme vous êtes"




Structure après mobilisation


Le 154° RAP de temps de guerre est mobilisé le 27 Aout 1939 à partir du 3° Groupe du 154° RAP de temps de paix. Son effectif est alors de 104 officiers, 1890 sous-officiers et hommes, armant 118 pièces d'artillerie d'origine et de nature très disparate, allant du 65mm Mle 1906 au mortier de 280mm Schneider Mle 1916, mais néanmoins adaptée à la guerre de position en montagne.

Le régiment est formé de trois groupes représentant un total de 11 batteries administratives (19 batteries de matriels).

Il est commandé à la mobilisation par le Col ACHARD, remplacé fin septembre par le Col Gaston MARIE et le 24 Janvier 1940 pa le CE, puis Lt-Col (TT) au 1er Avril, MAURY. Le PC d'opération du régiment est au fort des TETES.



- 1° Groupe - Gondran-Aittes : CE BRUN, avec PC à la Cochette


- 1° batterie : Cne BOSC, PC aux Gondrans, avec une batterie de 75mm Mle 1897 aux Gondrans/Ombilic (Lt SAUTTER), deux batteries de 65mm Mle 1906 aux Gondrans D (Lt THOMAS) et à l'Eyrette (Lt le PAISANT), et une batterie de 155mm C St Chamond (Lt DUPONT) à Pouet-Morand. A ceci se rajoutait deux mortiers de 150T.

- 3° Batterie : Cne TOURNEUR, PC à la Lauzette, avec une batterie de trois 65mm de montagne au Laus (S-Lt DIVET), et deux batteries de 75mm et 120mm L de Bange à la Lauzette (Lt ADENOT). Là encore, deux mortiers de 150T complètent l'ensemble.

- 6° Batterie : Cne GIGNOUX jusqu'au 13 Avril 1940 puis Lt MIGUET, PC à la SEYTE, avec 4 mortiers de 220mm Schneider Mle 1916 - Lt TOURNEUR puis ROCHEIX, une section aux Quatre-Chemins et une au clos de l'Infernet - et quatre mortiers de 280mm Schneider Mle 1914 - une section à Pöet-Morand, Lt FOULETIER, et une à l'Eyrette, S-Lt ALICOT puis Lt RIGAUD - pour un total de 165 hommes.

- 11° Batterie : Cne WEISS, armant les pièces de forteresse des blocs 2 et 3 de l'ouvrage du JANUS, ainsi que l'observatoire du B8.


La 11° Batterie est rattachée au 1° Groupe car se situant géographiquement dans la même zone que le groupe.



- 2° Groupe - Vachette-Janus : CE de BEAUCHAMP, puis le 13 Avril 1940, Cne puis CE GIGNOUX, PC à Fontchristiane, avec quatre batteries administratives et un total de 400 hommes.


- 2° batterie : Cne SARDA avec PC à la Grande Maye, avec une batterie de 155mm L Mle 1877 (Lt MARTIN) au Champ de Mars à Briançon, une batterie de 155mm L Mle 1877/14 (Lt ALLAIS) à Fontchristiane, et une batterie de 105mm L Mle 1913 (Lt MOULIN) à Serre-Paix.

- 4° Batterie : Cne MASSIANI avec PC au fort Dauphin, avec une batterie de 75mm Mle 1897 au fort, et une batterie de 65mm M Mle 1906 (Lt OSIO) à Malafosse.

- 5° Batterie : Cne CROISSANT avec PC à Lautaret, Moulin Faure avec une batterie de 75mm Mle 1897 au même endroit et une batterie de 155 C St Chamond (Lt DURAND) avenue du Lautaret.

- 7° batterie : Cne LEFEBVRE avec PC à la Croix de Bretagne, commandant une batterie de 155mm L Mle 1877 (Lt CHOLLAT) et une batterie de 105mm L Mle 1913 au fort lui-même.



- 3° Groupe - Haute Clarée-Guisane : CE SANLIS puis Cne BERTH avec PC sous le Granon au bois de Villard.


- 8° Batterie : Cne GAUDARD puis Cne BERN avec PC au Granon, commandant une batterie de 145-155mm L Mle 1917 au Granon, une batterie de 155mm L de Bange Mle 1877, et une batterie de 120mm L de Bange Mle 1877. A noter que d'autres sources (Hommes et Ouvrages..., T4) mentionnent dans cette batterie 2 pièces de 194mm GPF au Cros à Briançon e, lieu et place des matériels de Bange.

- 9° Batterie : Cne MARTIN avec PC au col des Barteaux et une section de deux 155mm L Mle 1877 et deux 150T au col et une section du même matériel (Lt PERETTI) à Poet-Ollagnier.

- 10° Batterie : Cne TREBBIA avec PC à l'Olive (ou Montagne du Sachet selon source ou période). Cette batterie rejoint le 154° RAP le 15 Février 1940 en provenance du 162° RAP (1° Bie). Elle est composée de deux batteries de trois 65mm M Mle 1906 (Lt SAVARY et ALFROID) respectivement au Sapey et au Sachet, une batterie de 75mm Mle 1897 au Sachet et enfin une section de 75mm Mle 1897 (Lt SOUBRA) au fort de l'Olive (batterie sous roc).


Les batteries susceptibles d'action longue portée du 154° RAP (6° et 8° batteries) dépendent directement du commandement de l'artillerie de vallée (Col VALLET), avec la batterie d'ALVF stationnée à L'Argentière.




Historique


La période de Septembre 1939 à Juin 1940 est très calme, l'Italie n'étant pas entrée en guerre à ce moment. La période est mise à profit pour l'instruction du personnel (écoles de feu à Gap et au Lautaret), ainsi que pour la préparation des positions de batterie. En particulier la 6° Bie fait construire des abris en dur pour ses pièces de 280mm... par des travailleurs italiens, heureusement sans conséquences en termes de confidentialité de la position. Les quartiers d'hiver sont pris courant Novembre, en ne laissant que quelques batteries armées en altitude. Le dispositif normal est repris au printemps.

A partir du 10 Mai 1940, l'entrée en conflit actif entraine le renforcement des mesures de préparation.

- 10 Juin 1940 : l'Italie déclare la guerre à la France et l'Angleterre à 18h. Dans la nuit du 10 au 11 Juin les destructions routières et ferroviaires jouent après évacuation de la population civile frontalière.

- 11 au 15 Juin 1940 : L'armée italienne reste globalement sur la défensive. Quelques incidents de frontière à noter, sans conséquences.

- 16 au 18 Juin 1940 : les italiens se préparent à passer à l'offensive, profitant de l'effondrement du front Nord face aux allemands. Les première reconnaissances offensives se déroulent sur les cols des Alpes. Dans le Briançonnais, les Acles sont visés en premier.

Ailleurs : Le 18 Juin, les avant-gardes allemandes arrivent à Boug en Bresse et Macon. Lyon est déclarée ville ouverte, occupée dés le 19.

- 20 Juin 1940 : regain d'activité italienne, suite à l'ordre formel d'attaque donné par Mussolini.

- 21 Juin 1940 : A 6h du matin, les troupes italiennes s'élancent sur le col du Montgenèvre et les cols Chabaud, Bousson et Gimond (Cerveyrett). Elles sont accueillies par un feu nourri du 154° RAP.

Les pièces de 280mm de la section FOULETIER de la 6° Batterie ouvrent le feu sur le fort du Chaberton peu après 10h. Le réglage progressif des deux pièces de la section, puis de celles du Lt RIGAUD entrainent une montée en puissance du bombardement de l'ouvrage à partir de 15h30, interrompu périodiquement par la couverture nuageuse. La première tourelle est détruite à 17h15, suivie de deux autres (3° et 5°) dans le quart d'heure suivant. Après 57 coups tirés, 6 des 8 tourelles de 149mm de l'ouvrage sont détruites ou neutralisées, ainsi que son observatoire.

- 22 Juin 1940 : reprise de quelques tirs des 280mm de la 6° Bie (Son FOULETIER) à partir de 9h sur le Chaberton. Comme la veille, l'attaque principale de l'infanterie italienne sur le col du Montgenèvre échoue sous le feu d'artillerie et d'infanterie. L'attaque vers le PA du bois de Sestrière est bloquée avec l'appui des 65mm M du 4°Bie/II/154° RAP installés à Malafosse. Les italiens franchissant le col Chabaud sont eux aussi pris à partie à partir de la Lauzette. Les mortiers de 220mm et de 280mm (Son RIGAUD) tirent sur la route de Cesana pour interdire tout repli et ravitaillement italien. Les 65mm M de leur côté protègent les points d'appui et les concentrations observées entre ces deux extrêmes sont traitées par tirs fusants.

- 23 Juin 1940 : les deux dernières tourelles du Chaberton - 7 et 8 - tirent toujours sporadiquement. Quatorze coups de 280mm sont envoyés, sans que le résultat ne puisse être observé clairement. Les attaques italiennes vers le PA du Rocher de 10 Heures sont repoussées avec l'aide de l'artillerie, qui ne peut cependant empêcher la chute de l'AP du CHENAILLET en fin d'après-midi.

- 24 Juin 1940 : 24 coups sont encore tirés sur le Chaberton, sans résultat tangible supplémentaire. La situation au niveau du col est une répétition des jours précédents : attaque en force italienne (nouvelle division "Legnano") repoussée avec l'aide des pièces légères de montagne, pendant que les pièces lourdes se chargent de l'arrière du dispositif italien.

Dans la soirée, l'artillerie repousse violemment une incursion par le col des Acles. Plus tard, l'ensemble des pièces effectuent un tir à volonté pour vider les réserves à l'approche de l'armistice.

- 25 Juin 1940 : L'armistice entre en vigueur. Malgré cela le village de Montgenèvre est occupé sans combattre par les italiens. Les discussions d'après combat entre les belligérants montrent l'impression forte faite par l'artillerie française sur les assaillants.

- Juillet 1940 : les pièces sont progressivement retirées de leurs positions et ramenées en parc d'artillerie à Gap, au-delà de la ligne démilitarisée des 50 km imposée par les conditions d'armistice avec l'Italie. Le mortiers lourds sont eux descendus à Briançon puis évacués. Courant Juillet, seules 3 batteries (une par groupe) restent en place à Briançon.

- 2-6 Aout 1940 : Le 154° RAP est officiellement dissous.


Sources : bnf-Gallica : Historique du 154° RAP durant la guerre 1914-18
Une victoire dans la défaite; M. Schiavon
Bataille des Alpes; H. Béraud
La bataille des Alpes 10-25 Juin 1940; Gal E. Plan & E. Lefèvre
Hommes et Ouvrages de la ligne Maginot - T4; J-Y. Mary & A. Hohnadel

Rédaction initiale : Jean-Michel Jolas - 01 au 07/12/2017 - © wikimaginot.eu


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