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Déneigement des créneaux de casemate






Fin 1936, la 14° Région Militaire (Alpes du Nord) soulève la question du déneigement rapide de créneaux qui sont obturés par la neige. Dans certains configurations de blocs et à certaines altitudes, il peut en effet arriver que seule la dalle supérieure du bloc soit encore visible en cas de congère ou de forte chute de neige, et que les créneaux de tir soient complètement obstrués.

L'histoire du traitement de cette question est somme toute emblématique des nombreuses études entreprises dans le cadre de la ligne Maginot pour résoudre ces enjeux inédits.



Exposé du problème


La question soulevée par la 14° RM est très opérationnelle : que faire quand un ouvrage qui vient de subir une forte chute ou accumulation de neige est sous le coup d'une attaque ennemie nécessitant une mise en oeuvre rapide de ses armes sans que personne ne puisse sortir pour dégager les créneaux à la pelle-pioche - si tant est que ceci soit possible avec les terrains parfois abrupts où sont construit les blocs d'ouvrage. Le cas est encore plus difficile si l'attaque se passe tardivement en saison avec des blocs masqués par une neige tassée, lourde, humide, de printemps.

La 14° RM suggère l'utilisation de plaques inclinées en acier ou fibrociment pour protéger les parois de chambre de tir, voire l'utilisation de lance-flammes pour dégager la neige, si tant est que le personnel puisse sortir rapidement.

Bien que la STG, consultée sur le sujet par la 4° Direction (EM-Génie) se déclare peu experte sur ce sujet inédit, elle juge avec prudence les propositions de la 14° Région et propose alternativement de faire des essais avant de décider. Le principe de ces essais est figé par DM 4758 2/4 S du 28 Mai 1937.




Première campagne d'essai en Juillet 1937


L'essai de lance-flammes est organisé le 2 Juillet 1937 au bloc 3 de l'abri actif du COL de RESTEFOND en présence de représentants de la STG (Cne TRICAUD et CAMINADE). Le créneau JM du B3 est couvert par 5 mètres de neige, jusqu'à la dalle supérieure du bloc. Des lance-flammes type P3 (15 secondes d'autonomie) sont utilisés, et dans un souci de comparaison scientifique, un homme avec une pelle est mis en parallèle pour dégager un tas de neige de consistance similaire à titre de référence. Résultat : le lance-flammes n'entame le tas de neige devant le créneau que de 3 cm de profondeur sur une surface de 3mx1m, alors que l'homme - durant le même laps de temps, préparation incluse - entame le triple d'épaisseur de neige.

Un nouvel essai en répandant du combustible dans une saignée faite dans la neige puis en l'allumant au lance-flammes donne des résultats aussi peu convaincants pour une consommation de gasoil hors de proportion.

Les essais - faits ensuite au camp de RESTEFOND - de désagrégation d'un tas de neige à la mitrailleuse donnent des résultats eux aussi peu convaincants. Après deux bandes de 25 cartouches, la neige n'est désagrégée que sur 0,80 m à 1,10 m de profondeur sur une surface de 30 cm x 30 cm., résultat jugé "peu probant" au vu de la débauche de cartouches.




Campagnes d'expérimentations successives en 1938 et 1939


Les résultats très décevants de la campagne de 1937, l'impossibilité d'utiliser un lance-flamme à partir de l'intérieur d'un bloc, ainsi que la fumée inacceptable dégagée par cette technique entrainent l'abandon de cette solution. La STG finit par proposer en Décembre 1937 (1) une approche basée sur l'utilisation d'une charge explosive ad-hoc pour dégager la neige. L'option d'utiliser l'arme de créneau pour percer la neige est à nouveau évoquée mais uniquement gardée comme alternative.

L'approche de la STG est validée par la 4° Direction (Génie) mais l'absence d'expérience en matière de comportement de la neige soumise à explosif entraine le transfert du dossier à la Commission d'Expérience du Génie (CEG) - DM du 2252 2/4 S du 25 Février 1938 - pour définir les données de base, et en particulier les coefficients à utiliser selon le type de neige pour calculer la charge explosive selon les formules d'estimation des fourneaux de mine de l'Ecole des Mines. La DM 2252 2/4 S assigne trois missions à la CEG :

  • Estimer pas l'expérience les coefficients "g" de la neige poudreuse, humide ou tassée de printemps

  • Définir le mode opératoire d'utilisation d'une charge tubulaire à partir de l'intérieur du bloc

  • Confirmer l'effet d'un simple tir dans le mur de neige à partir de l'arme de créneau (FM ou mitrailleuse)


Après cadrage avec la STG (2) et organisation avec la Direction du Génie de Grenoble et les chefferies de Gap et Briançon, les essais ont lieu en Mars puis en Avril 1938.

  • Les premiers, effectués d'abord à Briançon au fort du Randouillet, permettent de déterminer le coefficient "g" de la neige humide (entre 0,65 et 1), puis de tester au bloc 5 du JANUS un système de charge allongée introduite via un tube avec tronçons emmanchés, placés dans la neige à partir de l'intérieur du bloc au travers du créneau après forage à la tringle de mine ou à la perforatrice Guillat-Génie puis retiré une fois la charge positionnée. Résultat positif : une charge de 3m de long permet de dégager le bloc.

  • Les seconds eurent lieu un mois plus tard et visèrent à tester le dispositif d'emmanchement sur grande longueur (9 mètres 50) et de tester une alternative de pré-chambrage par cordon détonant et non plus par tube emmanché. Si le test à 9 mètres 50 est de nouveau un succès - au problèmes pratiques de la manipulation de tubes de 2 mètres de long prés -, le pré-chambrage lui ne donne pas satisfaction.


Déneigement - Système de tube et de manutention de ceux-ci




Les conditions météo ne permirent pas de traiter le cas de la neige poudreuse et de la neige de printemps tassée.

Les résultats encourageants, mais aussi les difficultés pratiques rencontrées, entrainent la réalisation d'une nouvelle campagne d'essais à Névache et au JANUS en Mars puis à l'abri du COL de RESTEFOND en Juin 1939. La première permet de définir les coefficients de charge "g" pour la poudreuse (de l'ordre de 0,55) et d'améliorer le système de tube à rallonge, sa facilité d'emboitement et ses poignées amovibles de préhension. La seconde donne le "g" pour la neige de printemps tassée (g=1) et confirme le peu d'efficacité du dégagement par l'arme de créneau : un tir au FM de plusieurs chargeurs ne permet de "hacher" que 1,60m de profondeur sans que le dégagement soit effectif.




Conclusions des essais



Les conclusions permettent de définir le mode opératoire : de 1m à 1,5m de hauteur, la neige peut être dégagée sur 5m de large avec une charge de quatre pétards élémentaires de mélinite. Jusqu'à deux mètres de haut, il faut considérer 6 pétards. L'opération prend moins d'une demi-heure. Au-delà de 2 mètres de haut, il faut répéter l'opération plusieurs fois. Le système de tubage est constitué de tronçons de 1,5m pour 15 cm de diamètre avec emboitement à baionnette et est muni de poignées de manutention amovibles. Le trou doit être percé au perforateur Guillat-Génie.

Bien que définie de façon scientifique et rigoureuse, cette approche de déneigement d'urgence n'eut jamais à être utilisée en pratique durant la campagne de 1940, les ouvrages étant occupés de longue date et dégagés avec les moyens manuels conventionnels.


(1) Note 1458 S du Gal DELEAU - Directeur de la STG - du 9 décembre 1937 à la Direction du Génie.
(2) Note 109 S du 25 Janvier 1938




Rédaction initiale : Jean-Michel Jolas - 29/01/2018 - © wikimaginot.eu

Sources : SHD carton 2 V 259, avec en particulier :
- Note du Génie de la 14° Région Militaire demandant au Génie de proposer des solutions pour le dégagement des créneaux de casemate enneigés.
- Rapport d'essai de lance-flammes à l'abri actif du COL de RESTEFOND - CB VIDAL - Chefferie de Gap - 5 Juillet 1937
- Rapport de la CEG sur les essais de 1938-1939 sur le déneigement des créneaux de casemate - 27 Juillet 1939



Secteur(s) concérné(s) :SFS SFD SFAM




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