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Terminologie des constructions CORF






La CORF a dés le départ tenté de standardiser les typologies de construction ainsi que les dénominations de celles-ci sur le terrain pour minimiser le risque de confusion et d'erreurs. Il demeure néanmoins que ces terminologies ont évolué dans le temps entre la phase de conception (1928-1930), la phase de construction (1930-1935) et la pratique concrète lors de la phase d'utilisation (1935-1940). Dans ces conditions, il est utile de connaitre ces terminologies "officielles" ou "usuelles" pour bien comprendre l'évolution historique de l'oeuvre de la CORF.



Les terminologies initiales, l'héritage de la CDF (1928-1929)


Lors de sa création, la CORF a repris logiquement à son compte les terminologies qui avaient été créées par la CDF en son temps. La note 120/ORF du 12 Mars 1928, qui est en quelque sorte le document fondateur de la CORF en ce qui concerne les formes techniques de fortification, définit ainsi les éléments constitutifs de la fortification :


  • "Ouvrage puissant" d'ossature : pièce essentielle et élément le plus puissant du catalogue, utilisant de l'artillerie de flanquement - en principe sous casemate - et de l'artillerie frontale sous tourelle. Ils sont implantés aux points importants du terrain et aux saillants éventuels. Il dispose de sa capacité propre de stockage de munitions et d'abri de son personnel avec les meilleures conditions d'habitabilité et dispose obligatoirement d'une issue arrière pour la logistique. Sa machinerie le rend autonome énergétiquement.
    L'ouvrage puissant est selon le type de terrain soit à armement concentré, et dans ce cas on parle de fort, soit à armement dispersé, et là on parle d'ouvrage palmé. Le standard prévoit que l'ouvrage puissant soit par principe entouré d'un fossé défensif flanqué, ou éventuellement séparé en deux avec deux fossés séparés, et dans ce cas on a la notion de "demi-forts". Dans le cas de l'ouvrage palmé, ses blocs sont suffisamment dispersés pour que l'on ne puisse plus les entourer d'une fossé : dans ce cas un simple réseau périphérique est admis.


  • "Ouvrage à tourelles d'artillerie" : ce type d'ouvrage constitué d'une ou plusieurs tourelles d'artillerie d'action frontale et lointaine (12 kilomètres et plus) est en principe une simple annexe des Ouvrages puissants. L'ouvrage à tourelles est entouré ou non de son propre fossé flanqué et si possible relié à la communication souterraine arrière de l'ouvrage puissant auquel il est associé. Placé environ 1000 à 2000 mètres en arrière de celui-ci, il bénéficie de sa protection. Exceptionnellement, l'ouvrage à tourelles peut être intégré à l'emprise de l'ouvrage puissant et alors on parle d'un ouvrage en ligne de tourelles. Le FOUR à CHAUX aurait ainsi été - dans les concepts initiaux - un ouvrage en ligne de tourelles.


  • "Ouvrage Intermédiaire" : cette catégorie d'ouvrage entre dans la série des ouvrages d'infanterie. Ce type d'ouvrage est placé entre deux ouvrages puissants quand des vues et des pénétrantes échappent à ceux-ci. Il consiste en deux casemates ou blocs cuirassés de flanquement, armés de tourelles de lance-bombes ou mitrailleuses, reliés entre eux et avec une communication profonde vers une issue arrière à faible distance. Il est très exceptionnellement entouré d'un fossé flanqué quand cela le justifie de par son importance ou son absence de couverture d'un ouvrage puissant. Dans ce cas, son armement est doublé (7 blocs, deux tourelles mitrailleuses et deux tourelles lance-bombes...). Il ne se distingue alors plus du fort que par l'absence de canons et d'obusiers. Son habitabilité est identique à celle d'un ouvrage puissant.


  • "Ouvrage d'Infanterie à tourelles" : cette catégorie d'ouvrage entre aussi dans la série des ouvrages d'infanterie. Il consiste en un gros monobloc équipé exclusivement de deux tourelles (mitrailleuses et/ou lance-bombes). En ce sens il se rapproche de l'ouvrage à tourelles d'artillerie et bien qu'il soit possible de l'implanter indépendamment, il est en principe raccordé et dépendant d'une ouvrage puissant palmé.


  • "Petit ouvrage" : On trouve deux types d'ouvrages dans cette catégorie, l'ouvrage d'infanterie pour mitrailleuses et lance-bombes, et la casemate pour deux groupes de mitrailleuses, tous prévus pour tenir les intervalles entre ouvrages puissants et intermédiaires. Le premier est constitué d'une casemate simple à deux chambres de tir parallèles et une tourelle pour mortiers de 81mm ou éventuellement de mitrailleuses et le second est une version simplifiée du premier, sans tourelles. Ces petits ouvrages sont en somme proches de ce que seront plus tard des casemates avec tourelles et préfigurent certains ouvrages monoblocs des origines de ce qui sera construit (OBERHEIDE, SENTZICH,...), ou des simples casemates. Leur habilitabilité et minimale, et ils ne sont pas armés en permanence.


  • "Postes de commandement et postes d'observation" : outres les observatoires prévus dans les ouvrages puissants et intermédiaires , il est prévu des postes d'observation (souvent notés PO) isolés incluant un poste de commandement avancés construits dans la profondeur de la position. Quand l'organisation du terrain le nécessite, des postes de commandement isolés sont aussi prévus.


  • "Abris pour réserves locales" : dernier élément de fortification permanente, l'abri pour réserve est implanté 1000 à 2000 mètres en arrière de la ligne des ouvrages, aux endroits de passage à défendre. Ils abritent d'une section à une compagnie avec de bonnes conditions d'habitabilité pour les plus grands d'entre eux.




  • La rationalisation (1929-1930)


    Cette terminologie initiale s'avère rapidement lourde et inadaptée compte tenue de l'évolution effective des formes de fortification imaginées par les spécialistes du Génie. Le pragmatisme et la réalité budgétaire amènent à s'éloigner petit à petit de certains concepts redondants ou non mis en pratique (ouvrages à tourelles par exemple, qui disparaissent rapidement des cartons pour intégrer purement et simplement les gros ouvrages). A ce stade, il ne reste plus que les terminologies suivantes qu'on trouve dans la plupart des documents de la CORF portant sur les plans de masse et d'implantation :


  • "Ouvrage puissant" : ce terme recouvre à peu près la même signification que les ouvrage puissants de la période précédente. On a toujours affaire aux maillons forts d'ossature de la position, dotés de moyens de flanquement et d'action frontale d'artillerie à la plus longue distance possible compatible avec un rôle défensif. Ce type d'ouvrage conserve de la génération précédente la notion de fossé défensif flanqué. La réalité économique a contraint l'EMA et la CORF à augmenter sensiblement la distance entre les ouvrages puissants qui maintenant dépasse le plus souvent les six kilomètres initialement envisagés et qui permettait à un ouvrage puissant d'en couvrir deux autres. Cette réalité va imposer la multiplication d'ouvrages plus modestes assurant la couverture de flanquement d'artillerie.


  • "Petit ouvrage" : ce terme reprend dans l'idée les "ouvrages intermédiaires" de la période précédente à une nuance importante près. Les petits ouvrages assurent autant la continuité de feux d'infanterie que de feux d'artillerie de flanquement. Ils se différencient en principe des ouvrages puissants par une absence d'action frontale grande distance. La seule action frontale d'artillerie est limitée à la défense propre des approches (lance-bombes de 135mm ou mortiers de 81mm). Cette appellation est relativement large et couvre autant des ouvrages comme SOETRICH, GALGENBERG, MICHELSBERG que IMMERHOF, BOIS de BOUSSE ou BAMBESCH.


  • "Casemate" : cette dénomination prend à cette période toute sa signification future dans le cadre du travail de la CORF. Elle recouvre au passage la dénomination de "petit ouvrage" de l'époque précédente, en tous cas dans son acceptation sans tourelles de mitrailleuses ou de lance-bombes. La casemate est donc une construction unitaire bétonnée avec créneaux ou cloche cuirassée de flanquement dans une direction (casemate simple) ou dans deux directions en principe opposées (casemate double). La casemate est isolée ou partie intégrante d'un ouvrage. En cas de casemate isolée, elle dispose d'une protection significative - typiquement 2 - et est équipée de ce qui est nécessaire à son emploi en toute autonomie : chambrées, groupe électrogène, ventilation et filtration, stockage et alimentation en eau, réserves de vivres et munitions, ...


  • Il n'y a pas de changements notables en ce qui concerne les postes de commandement, d'observation ou les abris, pour lesquels l'appellation n'évolue pas. Des changement apparaissent cependant dans le mode de construction.




    La grande période de conception et de construction (1930-1935)


    Durant cette période d'activité majeure, la terminologie CORF va encore évoluer à la marge et intégrer de nouveaux termes issus de la phase de conception de détail. Le dictionnaire terminologique suivant va donc être employé de façon très systématique et rigoureuse durant cette période.


  • "Ensemble" : le terme "ouvrage puissant", sans doute trop long et amenant un jugement subjectif, est remplacé par le terme d'Ensemble. Ce qu'on entend par cela demeure par contre identique à l'ancienne notion. Les Ensembles conçus par la CORF sont donc des ouvrages importants, utilisant toute la palette des armements d'artillerie sous casemate de flanquement ou tourelles de flanquement et d'action frontale ainsi qu'assurant leur part locale de prise en compte de la continuité des feux d'infanterie. L'ensemble dispose en principe d'un fossé ou d'un escarpement flanqué (qui sera systématiquement ajourné à l'exception du HOCHWALD, de RIMPLAS et du HACKENBERG), d'un ou plusieurs observatoire(s) et d'un accès téléphonique à d'autres observatoires collatéraux. Enfin sa communication souterraine est reliée à plusieurs entrées (nommées "sorties" à cette époque) et dispose de toute la logistique et l'infrastructure souterraine pour assurer la vie de l'équipage durant une longue période. Les questions de structure de commandement commençant à faire leur apparition, l'Ensemble se trouve souvent devenir le noyau de commandement d'un quartier de temps de paix, structure de base de l'organisation.


  • "Petit ouvrage" : pas de changement par rapport à la période précédente quant à la signification du terme. Les réalités économiques font que la période est cependant marquée par une vague continue de reports d'organes constitutifs d'ouvrages en 2ème cycle de construction (à priori prévu pour après 1935). Un certain nombre d'ouvrages prévus au départ comme "Ensembles" se retrouvent limités à leurs organes d'infanterie et deviennent de-facto des "petits ouvrages" par force. Dans cet ordre d'idée, on peut citer l'ensemble de BOIS du FOUR, du BOVENBERG, de KERFENT... Les "petits ouvrages" d'origine se trouvent eux-mêmes parfois amputés de tout ou partie de leurs blocs d'artillerie tout en gardant le titre de petit ouvrage.


  • "Casemate" : pas de changement non plus dans la signification du terme. Il demeure qu'on connait là la même évolution que pour les Ensembles : certains "petits ouvrages" prévus comme tels au départ se trouvent amputés de leurs blocs tourelles, entrées ou de leurs communications et infrastructures souterraines et deviennent des "casemates" isolées ou en couple. Exemples typiques de cette évolution : SEELBERG Ouest et Est, BOIS de HOFFEN, ...


  • "Blockhaus" : ce terme apparait dans la terminologie CORF en 1931 à l'occasion de la définition de blocs de combat à utiliser dans les zones de destructions ne nécessitant pas de fortifications importantes. C'est typiquement le cas dans les Vosges par exemple. Le "blockhaus" est une construction légère qui se différentie de la "casemate" par un armement plus faible (typiquement limité aux FM), une protection en béton minimale (en principe protection 1 ou en dessous), et un niveau d'équipement symbolique : pas de chambrée ou chambrée minimale, pas de production électrique, pas de ventilation ou ventilation à bras, ...


  • Notons que la frontière entre blockhaus et casemate n'est pas absolue, et parfois sujette à discussion. On trouve des casemates en protection 1 et sans production électrique tout comme il existe des blockhaus armés de jumelages, voire de mitrailleuses lourdes ou de canons antichar spécialisés. Ce type d'anomalie apparente peut provenir parfois d'un changement en cours de conception ou de construction lié à l'adaptation nécessaire aux réalités du terrain. Le juge de paix en la matière demeure la façon dont les documents officiels d'époque nomment telle ou telle construction.


    Quelques changements marginaux de dénomination apparaissent en ce qui concerne les postes de commandement, d'observation ou les abris. Les postes de commandement isolés ont disparu en pratique du portefeuille de constructions comme effet des restrictions budgétaires. Les seuls postes de commandement sont désormais localisés dans les ouvrages et surtout dans les abris d'intervalle. Ceux-ci deviennent dans ce cas des "Abris-PC". Plus anecdotiquement, le terme "Poste d'Observation" est remplacé par le terme "Observatoire".

    La ligne Maginot du Sud-Est voit apparaitre la notion d' "abri actif" quand les nécessité du terrain imposent le rajout d'un bloc de combat à un simple abri pour troupes d'intervalle. Relativement fréquent dans les Alpes où on peut parfois les considérer comme des "petits ouvrages", on n'en trouve que quelques rares cas dans le Nord-Est (COLMING, PETERSBERG) quand l'abri est situé en première ligne et doit s'intégrer dans le plan de feu.




    La période de prise en main et d'utilisation (1935-1940)


    La CORF disparait fin 1935, mais son œuvre entre en parallèle dans sa phase d'utilisation par les troupes de forteresse. Ce changement de main et d'acteur amène une nouvelle évolution de la terminologie liée à un souci de prise en compte pratique de ce qui existe vraiment. Le changement essentiel porte sur la notion d' "Ensemble" et de "Petit Ouvrage". La segmentation initiale, basée exclusivement sur le rôle tactique de l'ouvrage (Ensemble = point fort d'ossature, "Petit ouvrage" = complément de couverture d'intervalle) évolue vers une segmentation liée à la taille et la puissance, la classification dépendant - pour simplifier - de la présence ou l'absence d'artillerie dans l'ouvrage dans cette phase d'utilisation, sans préjuger de ce qui aurait pu être construit en 2e cycle ou pas.


  • "Gros Ouvrage" : ce terme recouvre tous les ouvrages qui disposent de pièces d'artillerie de 75mm ou de 135mm, qu'elles soient sous casemate ou sous tourelle.


  • "Petit Ouvrage" : recouvre tous les autres ouvrages, qui ne disposent que d'armements d'infanterie.


  • Notons que - hors quelques exceptions liées aux restrictions - les ouvrages conservent en commun des communications souterraines avec infrastructure, un commandement propre, un accès séparé ou inclus dans l'un de ses blocs. Une autre caractéristique commune aux ouvrages du Nord-Est - qui souffre là encore quelques rares exceptions - est qu'un ouvrage dispose à minima d'une tourelle à éclipse, généralement pour mitrailleuses. Cette règle pratique ne s'applique pas dans le Sud-Est où les ouvrages n'ont - à de rares exemples près - pas de tourelles.

    Cette nouvelle forme de classification explique à elle seule les changements parfois surprenants qu'on peut constater dans les archives ou la littérature spécialisée concernant l'appellation de telle ou telle construction. C'est pour cette raison que des ouvrage qui étaient considérés comme "petits ouvrages" à une période deviennent subitement des "gros ouvrages" par le simple fait qu'ils ont conservé de l'artillerie (cas par exemple de KOBENBUSCH, GALBENBERG, BILLIG, MICHELSBERG, MONT des WELSCHES, SCHOENENBOURG, etc...), que des ouvrages qui auraient dû être des "gros ouvrages" sont ravalés au rang de petit ouvrage, etc.


    Pour ce qui est des "casemates", "abris" et "observatoires", point d'évolutions notables. La situation est claire et sans ambigüité. Les choses se gâtent cependant avec la notion de "blockhaus" qui par son extension aux travaux de la Main d'Oeuvre Militaire (MOM) va prendre une autre dimension. Bien que sortant du domaine de la CORF, la notion de blockhaus plus large mérite un commentaire.


    Blockhaus : les travaux effectués par la Main d'Oeuvre Militaire entre 1935 et 1940 consistent dans la coulée de milliers de petits blocs actifs en béton, usuellement pour une mitrailleuse ou un canon antichar, parfois pour les deux simultanément. Les plans de ces constructions sont pour l'essentiel le résultat d'initiatives locales - Régions militaires, régions fortifiées, armées… - sans coordination centrale, tout du moins jusqu'en 1938. Ces blocs actifs sont invariablement nommés "blockhaus" et non casemates ou autres, du au fait que ce sont des constructions légères, rarement cuirassées, et d'une habitabilité souvent à peu prés nulle. Progressivement la notion de blockhaus va évoluer vers une connotation partiellement péjorative, associée à de la fortification "de pacotille".

    Cet à priori est à mitiger car la réalité est moins binaire que cela. En 1938, la Section Technique du Génie (STG) tente de reprendre la main en concevant des modèles de blocs individuels mieux conçus, plus homogènes et potentiellement améliorables à peu de frais. Ces concepts de "Blockhaus STG" font l'objet de catalogues formels (dits Albums) qui sont largement distribués aux régions militaires en 1938-39, en version normale, allégée ou renforcée. Bien que d'une taille et d'une sophistication largement supérieure aux constructions MOM standard, il demeure qu'il s'agit très officiellement de blockhaus - tels qu'ils sont nommés dans les documents STG - et non de casemates. Ils sont toutefois conçus - pour certains d'entre eux - pour devenir à terme des vraies casemates au sens CORF du terme selon le besoin et les finances. Le terme de blockhaus peut donc recouvrir des constructions CORF ou STG tout à fait respectables et qui n'ont rien de "pacotille".



    Cette ultime terminologie d'usage, issue de la période pré-1940, est arrivée jusqu'à nos jours et constitue celle qui a cours encore aujourd'hui. Connaitre son évolution au travers des périodes permet de la relativiser et de la comprendre avec d'autres filtres d'analyse.



    Rédaction : Jean-Michel Jolas - 03/07/2018 - © wikimaginot.eu
    Sources : SHD - cartons 7N3760, 7N3809 et au-dessus, 2V244 à 2V259, notices STG période 1929-1939.


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