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Casemate d'artillerie type RFM pour deux canons de 75 mm Mle 1897 sur affut de casemate

(RFM 37 - 2x75mm)






La casemate pour deux canons de 75mm Mle 1897 sur affut de casemate développée par le Génie de la RFM est un développement spécifique. Il est le résultat de la convergence d'un besoin de renforcement en artillerie de l'aile Est de la RFM et du constat par le commandement de la 6° Région Militaire (RM) de défauts perfectibles sur le plan-type STG Mle 1936 pour deux canons de 75mm Mle 1897-33 disponible en catalogue à ce moment. A une époque où le "petit béton" léger et simple était devenu le standard de fait, le résultat de ce développement est tout à fait atypique, proche dans l'esprit de ce que la CORF avait conçu sept ans auparavant.



Historique du développement


Le point de départ se situe à l'automne 1936. Pour des raisons budgétaires, l'aile Est du SF de BOULAY et tout le SF de FAULQUEMONT ont été privé d'artillerie sous béton ou tourelle lors de la conception par la CORF du secteur Est-Nied. Seules trois casemates pour deux mortiers de 81mm ont été ajoutées dans les ouvrages d'ANNEXE sud de COUME et LAUDREFANG, lors de l'examen des plans de masse en 1931, pour battre les abords dangereux de la falaise de Bisten-Boucheporn-Longeville-St Avold en attendant un hypothétique 2ème cycle qui s'éloigne avec la dissolution de la CORF fin 1935. L'état-major et la 6° RM sont conscients de la faiblesse de ce front, pourtant exposé, comparativement à ce qui a été fait à l'Ouest de Rochonvillers à la même époque. La 6° RM fait donc la demande à l'EMA d'équiper ce secteur Est-Nied avec des casemates pour canons de 75mm pour assurer une couverture minimale.

Un budget total de 12 millions de francs est accordé au budget 1937 de la 6° RM par DM 3034 3/EMA-P le 16 Octobre 1936, avec consigne d'utiliser le modèle STG à une seule pièce - comme dans le SF de MONTMEDY - pour des raisons de défilement et de diminution de vulnérabilité. Moins d'un mois plus tard, la 6° RM propose huit emplacements possibles entre Bovenberg et Lelling, et revient à la charge sur la question du type de construction à prévoir, en insistant pour que certaines de ces casemates soient d'un modèle double utilisant un montage type "casemate de Bourges", pour d'évidentes raisons de puissance et d'efficacité. Cette demande est fortement appuyée par le général BILLOTTE, membre du Conseil Supérieur de la Guerre, convaincu du bien fondé de la demande de la 6° RM, ce qui finit par débloquer la situation : l'EMA autorise le 26 Octobre la 6° RM à contacter la place de Verdun pour vérifier la disponibilité de montages type casemate de Bourges. La place de Verdun (général RIVIERE) reçoit cette demande et la réponse tombe une semaine plus tard, le 5 Novembre : aucun montage complet de 75mm Mle 1897 de casemate avec circulaire et traverse n'est disponible en stock, et les matériels incomplets en dépôt sont utilisés pour rééquiper les casemates vides de la place. La place dispose par contre de 30 pièces et montages installés dans les casemates existantes dans les forts.

L'EMA accorde aussi à la 6° RM une dérogation à la règle des casemates simples le 27 Novembre 1936 sur les emplacements 1, 2, 3 et 6 (Lelling, Stocken, Einseling et Ottonville), avec l'autorisation additionnelle d'engager dés à présent 2,5 millions sur le 12 accordés, tout en évitant de trancher sur le type d'armement à installer. Insatisfait de ce statuquo, le général GIRAUD, commandant la 6° RM, relance le débat le 3 Décembre en insistant à nouveau sur la demande d'installation de montages type "casemate de Bourges", et sur les bénéfices à en attendre en terme de :

  • minimisation de la taille de l'embrasure

  • minimisation de la taille de la casemate et donc du coût


  • Mais le général GIRAUD va un cran plus loin… Il demande à l'EMA que dix matériels installés dans des casemates équipées de Verdun soient démontés pour venir équiper les casemates de la RFM dont les travaux vont débuter. De quoi équiper les 4 casemates doubles et deux casemates simples en déshabillant Verdun, considéré comme une place de soutien de moindre importance. Les casemates de Verdun déséquipées seraient rééquipées avec du matériel neuf sur le budget dévolu aux casemates de la RFM à mesure où ces matériels seraient produits. L'EMA se refuse à de telles extrémités si le délai de remise en état des matériels en dépôt à Verdun reste raisonnable et demande à la direction de l'Artillerie de lancer la fabrication séance tenante. Il demande optionnellement d'étudier le recomplètement de 22 matériels incomplets en stock dans l'ensemble des places pour libérer 12 pièces de plus pour la 20° RM (Sarre). Le 15 Janvier 1937, l'EMA confirme à la direction de l'Artillerie le lancement de fabrication en vue du recomplètement des pièces stockées en parc à Verdun, Toul et Besançon, à stocker à réception au parc d'artillerie de Bourges.

    Pendant que ces rebondissements décisionnels se déroulent, les études de conception et d'implantation sur le terrain avancent. Le 5 Février 1937, le général BILLOTTE informe l'EMA que la 6° RM envisage de modifier l'emplacement de trois des huit casemates prévues : la casemate n°1 de Lelling - jugée trop exposée - est déplacée au Nord de Téting, juste en arrière de l'ouvrage, la casemate n°3 de l'Einselingerberg est déplacée à la lisière sud du bois de Bambesch pour lui donner du champ et pour l'éloigner de la LPR, et la n°5 de Niederwisse est repositionnée au Johannisbannberg. A cette occasion, le général informe l'EMA de ce que ce n'est plus 10 mais 12 pièces de 75mm sur affut de casemate qui sont nécessaires, le nombre de casemates à construire en première urgence passant de 5 à 6... toutes doubles (n° 1, 2, 3, 5, 6, 7). Les 10 premiers matériels sont à fournir "dés maintenant" (sic) et les deux additionnels "dés que possible".

    Plan de déploiement des casemates RFM Mle 1937


    Localisation des huit casemates prévues début 1937


    Le mois de Mai 1937 voit un nouveau rebondissement : suite à demande de la 6° RM qui s'inquiète du silence concernant la livraison des pièces d'artillerie pour les casemates, le parc d'artillerie de Bourges répond qu'il n'a "pas eu connaissance" de la demande de l'EMA, que les affuts en stock sont toujours incomplets et qu'il ne possède ni circulaires spéciales, ni longrines. Le ministère relance début Juillet la mécanique qui s'était grippée. Le nouveau délai de livraison est maintenant annoncé pour fin 1937. Le 26 Octobre 1937, la 6° RM demande au ministère de "hâter" la construction des 6 matériels devant équiper les trois casemates prévues pour 1938. L'EMA prend note, mais informe au passage que la livraison des 6 premiers équipements, prévue pour fin 1937, est reportée à Avril 1938... Perdant patience, la RFM prend l'initiative de détourner deux matériels incomplets de Verdun et de faire fabriquer localement à Metz les pièces (circulaires, longrines et freins) manquantes. Ainsi, le 26 Février 1938, la première casemate (n°3 - BAMBESCH) reçoit ses pièces remises en état localement. Le 5 Mai 1938, les équipements commandés en central ne sont toujours pas arrivés, victimes d'un "léger retard", et sont promis pour Juin et Aout 1938. Une source (La Muraille de France - P. TRUTTMANN) précise que les pièces manquantes auraient finalement été prélevées dans les casemates de Bourges d'Epinal.

    Un autre front de débat entre la 6° RM et le commandement démarre en Novembre 1937, cette fois-ci concernant la question des groupes électrogènes prévus au plan-type de la casemate pour assurer éclairage et ventilation. La 4° Direction (Génie) est totalement contre cet équipement au motif que ses casemates pour 75mm type STG - qui équipent déjà les 1°, 2° et 7° Régions Militaires - n'en ont pas besoin, que les occupants peuvent utiliser leurs masques en cas d'attaque au gaz, qu'un ventilateur sans filtration aggrave d'ailleurs la contamination interne en forçant l'air contaminé dans la casemate, et qu'un éclairage d'appoint (bougie ou autre) devrait être suffisant. Pris entre deux feux, le 3° Bureau de l'EMA donne tout de même raison à la 6° RM pour les 3 premières casemates déjà achevées fin 1937 et qui seront équipées contre l'avis du Génie. L'EMA précise cependant que les 3 à construire en 1938 en seront privées, déclenchant - on pouvait s'y attendre - un retour à la charge de la 6° RM dés Mai 1938. Consultée à nouveau, la 4° Direction réitère son opposition et demande à l'EMA d'affirmer une prise de position claire sur cette question, à valoir pour toutes casemates pour canons de 75mm (STG ou autre) à construire dans le futur. L'EMA finit par trancher en Juin 1938, en prenant en compte les essais de tir faits en Aout 1937 dans une des casemates de BIDING et demandant au Génie de pourvoir l'équipement pour ces casemates, à l'exclusion de toutes autres (y compris les casemates à 1 seul canon de 75mm dans la Sarre).




    Déploiement


    Le plan de déploiement prévoit donc 8 casemates, dont 6 à construire en première urgence. Le 23 Mars 1937, la Notice sur l'organisation des casemates de 75mm RFM est émise par le Génie de la 6° RM, définissant ainsi le plan-type des constructions, dont les trois premières sont mises en chantier (n°1, 3 et 6) le 15 Avril pour livraison entre l'été et fin 1937. Ce plan-type fait suite à un premier jet sans cloche GFM mais avec une tourelle démontable STG à la place, daté 2 Mars 1937 (1).

    Casemate d'artillerie RFM Mle 1937 pour 2 x 75 mm Mle 1897


    Version du 23 Mars 1937


    Le gros-oeuvre de ces premières constructions - TETING, BAMBESCH et OTTONVILLE - est achevé fin septembre 1937.

    Ces six premières casemate prévues (3 en 1937 et 3 en 1938) ne furent pas toutes construites. La casemate n°5 (Johannisbannberg - Ban St Jean) est ajournée début 1938 pour cause budgétaire et rejoint donc sur la liste celles d'OTTONVILLE côté Ouest et d'OBERVISSE. La version 1938 bénéficie d'ailleurs d'un plan-type revu et amélioré daté de Février 1938, avec en particulier un sous-sol complet et non plus partiel, permettant une amélioration de l'habitabilité et du stockage de munitions au prix d'une hausse de coût significative. Deux casemates de ce type - STOCKEN et BOVENBERG Est - seront construites.

    Casemate d'artillerie RFM Mle 1937 pour 2 x 75 mm Mle 1897


    Version Février 1938



    Une sixième casemate du même type sera cependant construite en 1939-40 à la HIGNY sur le plateau de Marville, avec un plan-type dérivé de la version 1938 avec quelques ajouts. En particulier, cette casemate intègre dés le départ une ventilation filtrée, en cohérence avec la décision prise en 1939 d'équiper tous les blocs STG de tous type d'une ventilation améliorée, et propose une habilité plus confortable. Une deuxième de ce type, prévue à Noërs, ne sera pas réalisée.




    Caractéristiques



    Casemate du BAMBESCH - crédit : F. Vieu


    La casemate pour canons de 75mm sur affut de casemate bénéficie d'une protection 2, plus faible que la protection des blocs d'artillerie de la CORF, mais largement supérieure aux autres constructions de campagne de l'époque. Elle possède des dimensions hors tout d'environ 30 mètres par 10 mètres.


    Armement et cuirassements


    L'armement standard consiste en deux canons de 75mm Mle 1897 sur affut de casemate du modèle utilisé dans les casemates de Bourges des forts Séré de Rivières modernisés au début du 20° siècle. Le champ de tir horizontal est de 54° (60 grades), et la hausse maximale de 15°, permettant une portée pratique maximale d'un peu plus de 7 kilomètres.

    Compte tenu de l'équipement relativement sophistiqué de la casemate et de son armement spécialisé, l'équipage est nécessairement issu des troupes de forteresse (RAP et Génie), par opposition avec les blockhaus légers pour canon antichar.

    Casemate d'artillerie ACa2 - STOCKEN


    Casemate de STOCKEN - Crédit : CJ Vermeulen


    A cet armement principal se rajoutent 4 à 5 créneaux de défense périphérique pour FM Mle 1924/29, complétés d'une goulotte à grenades. Les créneaux FM sont équipés de trémies spécifiques.

    Elle est équipée d'une cloche GFM grand modèle, qui est là aussi une exception à cette époque, ce type de cuirassement étant réservé aux constructions CORF. En ce sens, elle ouvre la voie à un certain nombre d'exceptions du même type plus tardives (blockhaus STG en particulier). La cloche GFM n'a pas de rôle particulier dans l'observation et le réglage du tir des canons : cette fonction est dévolue à un créneau d'observation spécifique, coaxial avec les deux créneaux de tir, et fermé par un volet coulissant. Ce fin créneau d'observation étant placé en hauteur, juste sous la visière, pour des questions de protection, on y accède par une plateforme à escalier.

    Les embrasures pour canon de 75mm disposent d'un masque coulissant en deux parties ensérant le tube juste en avant de l'axe de pivotement de l'affut. Ceci permet une protection maximale ainsi qu'une étanchéité raisonnable. En avant de la trémie, un double volet léger permet de masquer l'embrasure en temps de paix. Les douilles sont évacuées dans des fosses extérieures par des trappes latérales au niveau du sol.

    La porte d'accès du personnel est simplement blindée et précédée d'une grille. L'accès des matériels est constituée de deux portes à double vantail en blindage léger entre lesquelles on peut installer des sacs de sable. A l'inverse du modèle de casemate STG pour canons de 75mm, il n'y a pas d'ouverture de ventilation naturelle en partie haute de cette porte.


    Ventilation


    La ventilation est assurée par un ventilateur à bras/électrique type T, à l'étage dans la version 1937, au sous-sol dans la version 1938. Ces deux versions ne disposent pas de filtration, ce qui sera le cas par contre de la version 1939 construite à la HIGNY, avec ventilateur type C1 et C2. Logiquement, les versions 1937-38 n'ont pas de portes étanches alors que la version 1939 en a une, en addition de la porte blindée.


    Habitabilité


    La casemate permet le logement de son équipage. Dans la version initiale de 1937, les hommes sont couchés sur 11 lits rabattables dans les chambres de tir et le local avant la cloche GFM. La version 1938 prévoit toujours 9 lits rabattables dans les chambres de tir, mais y ajoute au sous-sol une chambrée de 9 hommes à lits fixes et une pour l'officier. La version 1939 conserve ce principe en changeant cependant la répartition : 6 couchages dans les chambres de tir et 12+1 au sous-sol.

    Il n'est pas prévu de cuisine, mais une petite réserve de vivres et un réservoir d'eau potable de 1000 l.

    Une seule latrine est disponible dans le modèle 1939. Les versions antérieures n'en ont pas.


    Equipement divers


    Un birail (1937) ou monorail (1938), au plafond entre les deux pièces, permet la manutention du matériel lourd et des munitions.

    La casemate inclut 3 réservoirs de 200 l de gasoil pour le moteur du groupe électrogène, ainsi qu'une bache de refroidissement de 1000 l d'eau. L'eau est amenée par un puits au sous-sol.

    Elles sont équipées d'un PC de tir et d'un petit local téléphonique.




    Rédaction : Jean-Michel Jolas - 10/07/2018 - © wikimaginot.eu

    Sources : SHD carton 7N3810
    (1) "Hommes et Ouvrages de la ligne Maginot" - Tome 2 - J-Y. Mary, A. Hohnadel, J. Sicard - page 135-136


    Secteur(s) concérné(s) :SFB SFFA




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