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La fortification de campagne entre 1935 et 1940






La disparition de la CORF annoncée mi-1935, et effective fin 1935, se traduit par un transfert de responsabilité entier de l'effort de construction des organisations défensives aux frontières vers les Régions Militaires . Celles-ci deviennent responsables devant le ministère de la Guerre autant de la finalisation des chantiers CORF et de l'amélioration de ces fortifications, que de la construction des compléments et renforcements qu'elles jugeraient nécessaire… dans la limite des budgets alloués bien sur.

Ainsi s'ouvre une phase de construction nettement moins structurée et homogène, et aussi nettement moins dotée en moyens, que ce qui a été connu lors de la période CORF (1928-1935).

Définition


Le terme générique de "fortification de campagne" couvre la construction d'organisation du terrain - permanentes ou pas - à l'usage des troupes d'intervalle, souvent construites par la Main d'Oeuvre Militaire . Cette fortification n'est plus spécialisée et doit donc pouvoir être utilisée par les unités mobilisées, qui y installent en cas de besoin leur propre armement en dotation organique, principalement la mitrailleuse Hotchkiss, le FM 24/29 ou les canons antichar légers de 25mm à 47mm.

Durant la période 1930-1940, on peut segmenter cette notion de fortification de campagne en 4 catégories relativement distinctes au sens où elle sont applicables (et appliquées) dans des contextes et des lieux différents :


  • La fortification légère d'organisation non permanente du terrain

  • La fortification de campagne légère semi-permanente

  • La fortification de campagne renforcée semi-permanente

  • Les grands blockhaus proposés par la STG , qui est la version ultime de la catégorie précédente.


  • Le choix entre ces différents types de fortification de campagne est très rationnellement et logiquement décrit par l'Inspection Générale du Génie et des Fortifications (IGGF) dans une note aux Armées datée du 1er Septembre 1939. Il se fait en période de tension essentiellement en fonction de la proximité de l'ennemi et du degré d'activité du théâtre d'opération :


  • Dans le cas où on se situe en contact direct et en situation de combat avec l'adversaire, seule la fortification légère d'organisation non permanente du terrain est à utiliser dans la mesure où il n'est pas question d'exposer des matériels lourds de construction sur des chantiers longs et très identifiables, utilisant essentiellement du personnel spécialisé… Le caractère "non permanent" ou "passager" traduit le fait que ces constructions de circonstances ne font l'objet d'aucun traitement légal avec les propriétaires de terrains sont donc supposés disparaitre avec la fin de conflit.

  • Dans le cas d'une situation de contact rapproché mais calme, ou de contact raisonnablement éloigné, alors on peut privilégier la fortification semi-permanente légère, qui permet des constructions rapides, préférentiellement par Main d'Œuvre Militaire. Ce sera la finalité essentielle à partir de Septembre 1939 des plans-types de l'Album n°1 de la STG dont on reparlera plus loin, largement utilisés sur les fronts directement en contact avec la frontière allemande. La notion de "semi-permanence" est liée à la nécessité - en temps de paix au moins - d'officialiser l'occupation militaire du lieu par une convention amiable, une location, voire dans les cas extrêmes un achat ou une expropriation du terrain.

  • En situation d'éloignement pas rapport aux fronts exposés, les deux derniers types de construction (fortification de campagne renforcée ou lourde) sont privilégiés car les chantiers importants peuvent être réalisés, y compris avec de la main d'œuvre civile, sans risque immédiat. Ceci explique logiquement pourquoi ce type de fortification se retrouve essentiellement en Ligne Principale de Défense des fronts relativement éloignés de l'Allemagne ou peu exposés (Nord, Ardennes, Meuse-Montmédy, Sundgau) ou en 2e ligne de défense (chantiers CEZF en Sarre, Basse-Alsace ou Jura, lignes d'arrêt sur les fronts moins exposés tels que le Rhin, etc).


  • Périodes principales


    On peut séparer l'effort de construction de fortification de campagne post-disparition de la CORF en trois périodes successives intimement liées aux événements politiques et économiques :


  • 1935-1937 : totale liberté des Régions Militaires, liberté uniquement cadrée par des instructions centrales générales et peu contraignantes.

  • 1937-1939 : reprise en main partielle à totale de la planification des travaux par les organismes centraux ( 4e Direction , STG , …)

  • 1939-1940 : accélération durant la drôle de guerre et transfert de responsabilité vers les armées mobilisées.


  • La première période est marquée par le pic du choc lié à la crise de 1929 en France, crise qui se traduit par une baisse drastique des dépenses publiques. Elle est aussi marquée par une période de détente internationale relative avec l'Italie permettant de minimiser l'effort dans le Sud-Est. La doctrine militaire du moment est claire depuis le rétablissement de la conscription en Allemagne (Mars 1935), telle qu'exprimée par la ministre MAURIN dans son ordre aux Régions Militaires du 3 Janvier 1935 (13 3/EMA): il faut aller vers une ligne de défense continue de la mer du Nord au Rhin, en commençant par un obstacle, renforcé progressivement par de la fortification, le tout au moindre cout.

    Cette période se matérialise par une prise en charge de l'organisation défensive du front par les Régions Militaires sans directives centrales fortes - autre que budgétaires -, ni coordination formelle entre les régions. Cette autonomie régionale, seulement cadrée par quelques directives centrales très générales (1), entraine la génération par cet échelon de ses propres standards de fortification, et la mise en application de tracés de position définis localement, le tout avec plus ou moins de rigueur selon la région militaire. Vu de Paris, le travail peut être considéré disparate en qualité et quantité, mais cette apparence est partiellement trompeuse. A l'échelon régional, la construction et le tracé obéissent à des standards, des plans-types définis par les chefferies du Génie et une planification dont la rigueur est notable. Par ailleurs, le Ministère tentera dés 1936 de diffuser ponctuellement entre les Régions Militaires ce qu'il considère comme des bonnes pratiques relevées par les inspections sur le terrain.

    On peut cependant regretter les pertes d'énergie, de temps et de moyens liées au fait que chaque région a été amenée à réinventer la poudre localement. Autre effet négatif considérable : l'absence de standardisation des cuirassements utilisés (trémies de créneaux, cloches, portes…) qui entrainera des retards considérables dans leur production et installation sur place.

    Les grandes catégories de plans-types régionaux seront discutées dans la partie sur la fortification de campagne légère.

    La période suivante (1937-39) est la conséquence directe de la succession en quelques mois de l'orientation de la Belgique vers la neutralité, de la remilitarisation de la Rhénanie par l'Allemagne et de la création de l'axe Rome-Berlin. Ceci amène le pouvoir politique français à prendre des décisions de renforcement urgent de la défense des frontières sur des môles défensifs prioritaires, en commençant par le Nord (môles de Condé-Maulde et môle de Monts de Flandre) et le prolongement de la ligne vers le Jura (position du Sundgau). Par Décision Ministérielle du 27 Octobre 1936, le ministre DALADIER mandate l'Inspection Générale du Génie et des Fortifications (IGGF) de définir une forme de fortification adaptée à la donne économique et tactique et de planifier la réalisation avec les régions. Ce standard commun est défini par la STG en Janvier 1937 sous la forme de grands blockhaus, le standard STG Mle 1937, versions simplifiées des casemates CORF. Ces plans-types seront déclinés et adaptés par les 1° et 7° régions. A cette même période, un programme de construction de maisons-fortes et de destructions en profondeur est engagé dans les régions les plus exposées (Ardennes, Lorraine...).

    La modicité des moyens mis en œuvre affecte l'ampleur et la rapidité des travaux alors que la situation politique internationale se dégrade toujours davantage. L'annexion de l'Autriche, Munich et l'annexion des Sudètes entrainent fin 1938 une nouvelle réaction de l'Etat-Major : le programme PRETELAT. Il faut construire beaucoup, plus vite, et non plus uniquement dans des môles bien définis mais partout et en profondeur : frontière du Nord, trouées des Ardennes, Meuse, Sarre, Jura… Pas question de le faire avec le standard STG Mle 1937, trop couteux. La STG est donc amenée à redéfinir des plans-types correspondants à cette demande (Standard STG Mle 1939 de Décembre 1938, puis standard STG "Allégé" d'Avril 1939). Ces catalogues généraux connaitront des adaptations locales nombreuses jusqu’en Mai 1940 tout le long de la frontière.

    L'entrée en guerre marque une 3e période de construction, d'une nature totalement différente. La construction de fortification de campagne est réalisée par une main-d'œuvre militaire, non spécialisée mais subitement très abondante, dans un contexte potentiel de cohabitation avec une situation de combats en certains endroits puisque le conflit est ouvert. En vertu des principes exposés en section "Définition", force est de basculer vers la fortification non permanente dans les zones très exposées, et de créer un nouveau standard de fortification de campagne légère et simple à mettre en œuvre par la MOM. Dans ce but, la STG produit en Septembre 1939 un album de plans-types de fortification de campagne légère (l'Album n°1) pour armes d'infanterie, prioritairement à l'usage des troupes en position de front actif (frontière allemande).

    Après quelques mois d'application des standards STG Mle 1939 et STG Allégé, une nouvelle demande de réduction du cout unitaire des blocs les plus importants amène la STG à émettre un dernier album de plans-types, l'album n°2 dit "de fortification de campagne renforcée" ou FCR , qui restera en vigueur jusqu'en Mai 1940 avec variantes successives et larges adaptations locales. Ces constructions seront réservées aux fronts moins exposés (Nord, Ardennes, Meuse, Rhin, Jura...).

    Pour donner de la profondeur à la ligne dans sa globalité bien au-delà des lignes d'arrêt amorcées ici ou là sur base de blocs STG-FCR, le ministère provoque la création de la CEZF dont la mission sera de créer cette seconde ligne de défense 10 à 20 km en arrière de la LPR d'origine. La logique de réduction de cout et de rapidité qui prévaut n'a pas de raisons de s'appliquer aussi rigoureusement à cette deuxième ligne plus éloignée du front, elle sera donc construite selon les standards STG "lourds" du Mle 1939.

    Ainsi, en cette période de "drôle de guerre" l'ensemble du front se couvre de chantiers de fortification qui sont représentatifs de tout le spectre possible de la fortification de campagne.




    Ces segmentations, tant sur les typologies que sur les périodes caractéristiques, ne sont cependant pas totalement strictes et binaires. Elles sont données là que pour tenter de simplifier un sujet très complexe. Il est cependant intéressant de constater comment l’effort de défense des frontières, partant d’une vision purement stratégique et long-terme matérialisée par la loi Maginot de 1930, s’est progressivement laissé guider au coup par coup et de façon très réactive par les événements extérieurs court-termes à partir de 1935.



    Les différentes formes de fortification de campagne


    En reprenant la typologie définie plus haut, il est possible de décrire les différentes formes de fortification de campagne, qu'elles aient été créées par les commandements locaux (RM et Armées) ou par la STG.


    Fortification légère d'organisation non permanente du terrain


    Il s'agit là des constructions de circonstance autorisant l'organisation rapide et ad-hoc du terrain en fonction des fluctuations du front en période de combat. Cette catégorie de fortification de campagne, bien qu'ayant existé de tous temps, a connu un développement et une structuration considérable durant la guerre 1914-1918, spécifiquement durant la période de guerre de position. Les techniques et méthodes sont standardisées et décrites par l'I.O.T. (Instruction sur l'Organisation du Terrain), document de 1917 et 1933 en trois tomes, les deux premiers à l'usage des armées (1917), le troisième (1933) spécifique à l'arme du Génie.

    Ce type de fortification de campagne est par définition non permanente car de construction peu pérenne (simples terrassements, protection en bois, ...) ou bien d'un usage de courte durée au gré des fluctuations du front. Elle ne nécessite donc pas de procédure - longue et lourde - d'achat ou de réquisition de terrain d'autant qu'elle est construite essentiellement en temps de guerre déclarée. Le principe de ce type d'organisation est régi par quatre éléments : le flanquement de position, le maintien des vues sur l'environnement d'attaque, la communication et le couvert, et enfin la création d'un obstacle à l'attaque ennemie. Ceci se traduit concrètement par l'intégration des éléments de fortification suivants :

  • Des postes de tir, permettant d'assurer le flanquement

  • Des observatoires légers, permettant de surveiller les abords

  • Des tranchées et abris - de surface ou en caverne

  • Des lignes d'obstacles anti-personnel ou antichar


  • Ces types de fortification de campagne, bien que régie en principe par les recommandations de l'I.O.T., ne respecte pas de plans-types généraux, mais des plans ou notices émises par les régions militaires avant mobilisation, puis par le Génie des unités locales ensuite. Il est donc très difficile d'établir des règles générales et on se limitera aux tendances.


    Postes de tir


    Ceux-ci sont la plupart du temps construits sous forme d'épaulements de terre ou plus rarement en assemblages de rondins de bois, ceux-ci éventuellement couverts d'un toit en rondins et d'une couche de terre de quelques dizaine de centimètres. Les plus vastes peuvent accueillir un canon antichar, voir dans les cas extrêmes des pièces plus lourdes. Les emplacements d’armes sont largement ouverts, parfois coffrés par des créneaux en bois, et exceptionnellement équipés de boucliers métalliques amovibles. La protection se limite aux armes légères, ou aux obus de 47mm à 75mm au mieux. Ce type de construction étant dégradable par nature, il est souvent très difficile d'en trouver des traces de nos jours, hors excavations éventuelles.

    Il convient cependant de noter une spécificité de cette période, l'apparition des postes de tir préfabriqués en béton. Ils sont constitués de plaques standard de béton de quelques centimètres d'épaisseur pouvant s'assembler, se démonter et se manutentionner aisément avec des éléments pesant individuellement moins de 100 kg.


    Observatoires légers


    Ces observatoires légers de retranchement vont du petit bloc en rondins avec créneau, à la simple plaque de blindage percée d'une fente d'observation jusqu'aux éléments démontables plus lourds, ne nécessitant pas nécessairement d'infrastructure en béton et dont une partie provient des cartons de la STG créés lors du premier conflit mondial. A ce titre, les modèles les plus courants sont les suivants :



    Au-delà de ces modèles anciens, des modèles démontables plus lourds ont été utilisés aussi localement dans un contexte de campagne non permanente, comme des cloches observatoires par éléments STG ou Allard . Rajoutons à cela la réutilisation opportuniste de guérites observatoires allemandes type Escargot récupérées sur les fortifications allemandes modernes d’Alsace et de Moselle.

    Les éléments de campagne non permanents de ce type ont presque tous disparu, mais on peut encore trouver des exemples de ce type d'observatoires dans des blocs bétonnés de fortification de campagne semi-permanente légère.

    Enfin, il convient de mentionner les observatoires en hauteur, soit installés de façon ad-hoc dans les bâtiments (tours, clochers,...), soit montés en haut de pilones en structures métalliques. Ce dernier modèle est essentiellement réservé aux bois ou forêts.


    Tranchées-sapes, abris et obstacle


    Les tranchées et abris permettent de fournir une protection au personnel de défense ou d'attaque contre le tir ennemi, soit pour les tir ou les déplacements, soit pour la vie sur place ou le commandement.

    Le mode de construction des tranchées (pour le tir) ou sapes (pour le déplacement) a été largement optimisé durant le conflit précédent. Ces techniques sont décrites dans les tomes de l'I.O.T. Si le mode de réalisation des tranchées ne connait pas de modification majeure en 1939 par rapport aux standards de 1917, avec un système de "parallèles" au front et de "boyaux" de liaison entre les parallèles, il n'en est pas de même pour les abris.

    Concernant ces derniers, le mode le plus classique de construction en vigueur lors du conflit sera l'abri de surface en tôle "métro" préfabriquée, avec couverture en terre (la couverture en béton ou roc relève de la construction de campagne légère permanente dont il sera question plus loin). Le mode de construction souterrain en profondeur - qui avait les faveurs lors du 1er conflit mondial pour assurer une bonne protection contre l'artillerie lourde de siège et de position - sera nettement moins employé en 1939-40.

    Le but de l'obstacle est de ralentir l'ennemi pour l'exposer le plus longtemps possible à découvert au tir des défenseurs. On distingue deux types d'obstacles, les obstacles anti-personnel et les obstacles anti-char , chacun pouvant être soit passif (réseaux de protection, fossés, escarpements, talus de voies ferrées...), soit actif (mines, pièges…). L'obstacle est le plus souvent associé à une position de défense générale qui est définie et préparée dés le temps de paix, tel que cela sera le cas dans la construction de la ligne Maginot. Il n'en demeure pas moins que cet obstacle général relativement linéaire sera complété en temps de guerre par des obstacles plus légers et locaux visant à la protection directe des positions de campagne et au cloisonnement de la position.



    Fortification de campagne légère semi-permanente dans le Nord-Est


    Comme explicité plus haut, ce type de fortification a principalement été construit dans la période mi 1935 - fin 1937 puis lors de la "drôle de guerre" entre septembre 1939 et mai 1940. Elle se caractérise globalement par les caractéristiques suivantes :

  • un degré de protection faible - au mieux égal à la protection n°1 des standards CORF , mais souvent nettement moins… - et une puissance de feu nettement moindre que ce qui se faisait jusqu'alors.

  • une tendance à une certaine spécialisation de feu, avec séparation des fonctions de tir anti-personnel et de tir antichar. Il y aura des exception à cette tendance cependant.

  • des cuirassements plus légers, hétérogènes et d'inspiration locale

  • l'absence ou quasi-absence de locaux et équipements d'occupation permanente ou de confort (chambrées, chauffage, électricité…) du au caractère par définition temporaire de l'occupation de ce type de réalisation.


  • Les typologies de fortification sont le résultat, dans la première période, d'initiatives locales du Génie des Régions Militaires ou des Régions Fortifiées concernées. La caractéristique principale de cette période est par conséquent une standardisation purement locale (mais réelle) sans coordination formelle et organisée entre régions, le ministère se contentant de directives de principes généraux, écrites entre 1935 et 1936 et renvoyant plus ou moins clairement vers l'I.O.T. L'Inspection Générale du Génie et des Fortifications (IGGF), qui succède dans un rôle de contrôle à ce que faisait la CORF, essaie bien d'influer sur les initiatives locales mais sans grand succès par absence de poids hiérarchique sur le Génie des régions. Les plans-types locaux ne sont que très rarement soumis à approbation centrale et l'IGGF ne pourra souvent que constater après coup lors des inspections les limites et manques de ce qui a été construit. Un bilan général de la situation région par région réalisé par l'IGGF en Mars 1938 dressera un bilan sans appel de cela, notant à la fois des réalisations "honorables" pour les meilleures (les blockhaus standards RFM ou de la 1° Région Militaire) et à l'autre bout du spectre, des blocs juste capables d'arrêter des éclats ou des balles et sans valeur militaire réelle.

    Quelques exceptions existeront à cette décentralisation générale. La STG (aidée en cela par une directive de 1935 du général GAMELIN) parvient à convaincre les régions d'utiliser certains de ses cuirassements standards, comme la tourelle démontable Mle 1935-37 qui connaitra une application quasi générale de la mer du Nord à la Méditerranée. La structure bétonnée devant l'accueillir sera cependant de conception purement locale et donc relativement disparate ! De même, l'essentiel des guérites d'observation décrites dans le chapitre sur la fortification non permanente connaitront des versions "bétonnées" locales.

    La deuxième période caractéristique (drôle de guerre) verra le retour quasi général des plans-types standards issus de la STG consignés dans l'Album N°1 de Septembre 1939. Ces modèles en protection inférieure au n°1 - nommés Type 1 ou Type 2 selon qu'ils abritent une mitrailleuse ou un canon antichar - sont de taille réduite, simples à construire par la MOM et peuvent être améliorés éventuellement en fonction des moyens. Une version renforcée du Type 1, le Type 1bis , sera aussi incluse dans cette notice STG. Les fonctions antichar et antipersonnel sont volontairement séparées au motif qu'il est rare d'avoir besoin des deux simultanément selon la même orientation. Quand ce besoin existe, les blocs antichar et antipersonnel devront être jumelés par paires, ce qui sera en définitive souvent le cas sur le terrain. Ces modèles seront utilisés partout, avec là-encore des adaptations liées aux idées des commandants locaux… Il existera cependant des exceptions notables à cette tendance à la re-standardisation, comme par exemple les blockhaus type GARCHERY , créés sur l'instigation du nouveau commandant de la 7° Région militaire en 1939 pour améliorer la protection de la rive du Rhin, ou les pilules briançonnaises dans le Sud-Est dont on reparlera plus loin.

    Les plans-types régionaux et centraux de fortification légère permanente sont - de façon non limitative - les suivants, du Nord à la Méditerranée :


    Blocs type 1° Région Militaire (1° RM)


    Après avoir protégé prioritairement quelques axes de pénétration avec des blocs spécifiques courant 1935, la 1° RM (Lille) établit fin 1935 un catalogue très complet composé d'une bonne vingtaine de plans-types d'ouvrages actifs et passifs à l'usage de la défense de la frontière Belge sur son territoire, soit entre Dunkerque et Hirson. Ces blocs ont pour l'essentiel d'entre eux été construits entre mi-1936 et 1937 par de la main d'œuvre civile sur un tracé proche de la frontière assurant la liaison entre les môles fortifiés "Nouveaux Fronts" CORF de Maubeuge et de l'Escaut (ETH) en particulier. Ces types, codés par une lettre ou un groupe de lettres, se caractérisent par :


  • La capacité, selon le modèle, de résister à deux coups superposés de 105mm pour les plus légers - établis en forêt comme par exemple en forêt de Trélon ou dans le bois des Lanières -, deux de 155mm ou deux coups de 210 mm pour les plus résistants

  • Un seul créneau par flanquement, dans lequel on peut alterner indifféremment soit un canon antichar de 25mm, soit une mitrailleuses Hotchkiss. Ceci imposera ultérieurement, à partir de 1939, l'utilisation d'un cuirassement de créneau "multifonction", la trémie PAMART-LEMAIGRE auquel ces blocs devront être adaptés.

  • Une capacité de défense rapprochée arrière par créneaux pour FM

  • La présence pour certains modèles d'un sous-sol à l'usage d'abri pour la troupe d'occupation, ce qui est un cas rare dans les constructions de cette époque.

  • L'utilisation quand c'est nécessaire, d'une cloche d'observation imaginée par la chefferie du Génie de Valenciennes (d'où son nom " cloche Valenciennes ", modèle réduit de la cloche DIGOIN des fortifications de l'époque Séré de Rivières.

  • La présence d'une réservation pour une ventilation non filtrée à base de ventilateur à bras.


  • De conception et de construction soignée, ces plans-types 1° RM seront surtout critiqués par le Génie "central" pour leur créneau unique par flanquement, obligeant à des manœuvres d'armes pour passer d'une fonction antichar à une fonction antipersonnelle. Les plans types de cette catégorie peuvent être vus dans la section "typologie" du site ( 1° RM - type A , type B , etc...)

    Blockhaus 1° RM type Da


    Blockhaus 1° RM type Da


    Parallèlement à ces blocs d'une certaine importance, la 1° RM va aussi construire de simples abris de tir standards, se présentant sous la forme d'un bouclier en béton (voir le type A à titre d'exemple) pour l'arme abritée. Ces boucliers auront fréquemment une fonction frontale. Enfin, il convient de noter l'existence d'un type d'abri très spécifique à cette région militaire, le "Poste de Soutien" qui se présente sous la forme d'un abri caverne, généralement à deux entrées, relié à un petit bloc actif en capitale. Ce type de concept est directement dérivé des plans-types d'abris proposés par l'I.O.T. n°3.


    Les réalisations de la 2° Région Militaire (2° RM), les blocs BARBEYRAC


    Le lancement des travaux dans la 2° RM coïncide avec la présence à sa tête du général Marie-Armand BARBEYRAC de SAINT-MAURICE qui va avoir la particularité de s'impliquer personnellement et directement dans la conception et la construction des défenses sur son territoire, qui va de la forêt de St Michel au Nord de Hirson jusqu'à Longuyon exclu. Les blockhaus construit en 2° RM à cette époque prendront donc le nom de " blocs BARBEYRAC ".

    Cette région se caractérise par la présence des Ardennes à l’Ouest (que le haut Etat-Major considère comme infranchissable...) et les vallées de la Meuse et de la Chiers à l'Est. Front non prioritaire initialement, il va donner lieu sur la ligne principale de résistance à ce qu'il y a sans doute de pire dans la gradation de qualité de la fortification de défense des frontières. Durant la période 1935 - début 1937, la 2° RM va construire le long de son front près de 440 blockhaus (2) dont les plus légers, en maçonnerie de moellons surmontés d'une fine dalle de béton pouvant tout au plus résister à la pluie, seront plus des aimants à obus et des cercueils à défenseurs que des protections d'une réelle utilité. Tout au plus l'Etat-Major reconnait-il à ces blocs un bon défilement en général et leur coût modique.

    La MALADRERIE - Bb88


    Bloc BARBEYRAC typique - Crédit CJ Vermeulen


    Ces blockhaus BARBEYRAC sont souvent mixtes (accueillant canon antichar et mitrailleuse) et présentent de nombreux créneaux sur le pourtour, leur donnant certes une capacité quasiment tous-azimuts mais les rendant en même temps très vulnérables aux tirs directs. L'observation est assurée par périscope à passer dans un trou de toiture. Il n'est prévu ni ventilation ni éclairage. L'évacuation des douilles se fait manuellement par deux trous situés de part et d'autre de l'entrée unique.


    Blockhaus Ba106 - ROUTE de REVIN-3


    Bloc BARBEYRAC léger type "Forêt" typique - Crédit R. Tucker


    Construites entre 1937 et 1938, vingt-deux maisons-fortes (MF) type "Ardennes" sont établies sur les axes de pénétration du territoire, proche de la frontière et en avant de la Meuse. Ces constructions se composent d'un fort blockhaus avec armes automatiques et canon antichar de 25mm surmonté d'une maison d'habitation permettant d'accueillir la garnison permanente et les éléments chargés de la gestion des DMP et barrages de route en avant.


    Maison-Forte MF16 - BEAU TERME


    Maison forte de BEAU-TERME - crédit R. Tucker


    Enfin, tout comme en 1° Région Militaire, la 2° RM développera son propre plan-type de cuve légère d'accueil de la tourelle démontable STG Mle 1935-37. Environ 80 constructions de ce type seront réalisées.


    Les plans-types de la 6° Région Militaire (6° RM) et Région Fortifiée de Metz (RFM)


    La 6° RM supervise en particulier la Région Fortifiée de Metz, qui est l'une des portions les plus puissantes de la ligne Maginot dans sa version initiale, traitée avec largesse par la CORF. Il n'empêche qu'en conformité avec les instructions d'Avril 1935 du général GAMELIN, les services du Génie de la RFM vont se pencher sur la question du renforcement de feu d'infanterie de la ligne défensive et de l'approfondissement de la position, générant de façon centralisée une suite de plans-types locaux applicables de façon générale de Longuyon jusqu'à la Sarre.

    Le premier plan-type émis, en Mai 1935, et qui prendra le nom de blockhaus type RFM Mle 1935 , se présente sous la forme d'un bloc à flanquement double pour mitrailleuse de campagne ou petit 37mm AC et éventuellement action antichar par créneau frontal équipé d'un canon de 47mm de marine placé sur affut fixe. Le but est de pouvoir en même temps assurer le flanquement de la ligne de soutien, légèrement en arrière de la position principale, et une action antichar de front pour couvrir des voies de pénétration. L'observation se fait au moyen d'un périscope traversant la dalle et l'équipement est inexistant hors cela.

    19 blocs de ce type sont construits en 1935 et début 1936 dans le SF de la CRUSNES, 13 sur THIONVILLE, 14 à BOULAY et enfin 17 dans le SF de FAULQUEMONT. Bien qu'en principe standardisés par un plan-type, ce modèle connaitra de nombreuses variantes, tant en termes de nombre de flanquement, que d'armement réel ou d'existence ou non du créneau AC frontal.


    Blockhaus Cb9 - ROCKSWINGERT


    Blockhaus type RFM Mle 1935 (Cb9) - Crédit : D. Froehly


    A la même période, le Génie de Thionville conçoit un type de bloc léger frontal pour mitrailleuse, proche dans le principe des blocs BARBEYRAC, et qui seront construits à 16 exemplaires, 12 en 1935 et 4 en 1936, sur le plateau de Marville, qui dépend à cette époque de la 2° RM.


    L'instruction du Gal GAMELIN de Novembre 1935 prohibant les créneaux frontaux et insistant sur l'importance du flanquement de la position principale, le Génie de la RFM est amené à abandonner les blocs Mle 1935 et à développer (note 644/S du 16 Mars 1936) un blockhaus RFM Mle 1936 répondant à ces instructions. Ce blockhaus est toujours de type mixte (mitrailleuse et canon de 47mm Marine) mais à flanquement unique et donc à chambres de tir parallèles et échelon refusé pour améliorer le défilement. Là encore l'observation se fait par périscope et l'aménagement hors armement est très réduit (ventilateur à bras, râtelier, crochets pour deux hamacs…). Le modèle 1936 existe en deux niveaux de protection, le Mle 1936 léger qui est capable de résister à deux coups successifs de 105mm (protection inférieure à n°1, piédroits de 1,25 m d'épaisseur) et le Mle 1936 lourd qui peut encaisser deux coups de 155mm (protection n°1 - piédroits de 1,75m - ou légèrement renforcée).


    Blockhaus Ab21


    Blockhaus type RFM Mle 1936 classique (Ab21) - Crédit AALMA



    A l’inverse du Mle 1935, le Mle 1936 sera construit - à quelques rares exceptions - de façon strictement conforme au plan-type. Cette même note du Génie RFM de Mars 1936 officialise :

  • un plan-type dérivé directement de la "coupole 7° Région" (voir plus loin) transformable à terme en bloc pour tourelle démontable Mle 1935 par suppression de la coupole,


  • un blockhaus pour cloche Pamart qui sera construit à 6 exemplaires avec des cloches de récupération -,

  • un type d'abri pour observatoires qui sera mis en œuvre avec la dénomination de "central d'observation",

  • un type d'observatoire à cloche type Héronfontaine


  • ACP3 - (Blockhaus pour arme infanterie)


    Bloc à cloche PAMART Acp3 - Crédit CJ Vermeulen


    Plus tard cette même année, un plan-type du même blockhaus que le RFM Mle 1936 mais pour canon de 25mm SA Hotchkiss - qui préfigure le Mle 1937 - et un pour canon de 65mm seront produits à leur tour, mais sans concrétisation connue.

    Le Génie de Région conçoit le 2 Mars 1937 une version améliorée du blockhaus RFM Mle 1936, dérivée d'une ébauche non concrétisée datant de fin 1936 permettant d'accueillir le canon de 25mm SA sur roues avec une habitabilité plus grande. Ce blockhaus type RFM Mle 1937 sera essentiellement construit fin 1937 ou début 1938 sur le plateau de Marville à 7 exemplaires en addition des 19 blockhaus RFM Mle 1936 construits là. Cette version Mle 1937 à peine lancée sera en fait rapidement rendue caduque par la décision de l'EMA d'imposer aux Régions un passage aux formes de fortification plus lourdes et plus standardisées proposées par la STG. Notons qu'une variante du RFM Mle 1937, conçue en 1938 pour accueillir le canon de 47mm AC de forteresse et un jumelage, ne sera jamais déployée sur le terrain sans doute pour les mêmes raisons.

     Mb121 - MM424 ( Blockhaus pour canon )


    Blockhaus RFM Mle 1937 Mb121 - Crédit C. Richon


    Par-delà ces typologies déjà listées, la 6° RM développera aussi en 1937 et ensuite :

  • son propre type de bloc pour tourelle démontable 1935-37,

  • différents modèles de boucliers pour armes antichar ou mitrailleuse qui seront construits avec le code à préfixe Abo, Bbo,..., Mbo selon le secteur.

  • des plateformes pour canon antichar de 47mm ou de 65mm sur crinoline


  • A ceci se rajoute une série de quatre plans-types particuliers de maisons-fortes à destination de la GRM . Ces plans sont spécifiques à la 6° Région Militaire (plans RFM) et ne sont pas comparables à ceux définis par les autres régions utilisant le même principe de protection immédiate de frontière (2°, 20° et 7° RM).

    A la mobilisation, la 3° Armée (Gal CONDÉ) prend position sur le territoire de la 6° RM. Elle prend le relai sur les questions de fortification en adaptant à son compte les plans-types de fortification légère de la STG avec quelques modifications mineures. Le général Condé à des idées bien arrêtées sur ces questions (3) et fait modifier les plans types de l'Album n°1 de la STG par le Génie local en vue d'ajouter à ces blocs - contre l'avis de l'IGGF - des créneaux FM ou des extensions leur permettant des tirs de protection vers l'arrière dans une logique de création de « hérissons » de résistance en cas de débordement. Ce type de modification est bien visible sur le terrain.


    La 20° Région Militaire (20° RM), autonomie des Chefferies


    La 20° Région couvre initialement la frontière de la Nied Allemande jusqu’à la limite sud du Bas-Rhin moins le canton de Marckolsheim (à la 7° RM). Pour comprendre la structure des travaux de fortification post-1935 de cette région il est nécessaire d’avoir en tête son découpage territorial en chefferies du Génie car, à l’inverse des autres régions, la 20° RM va laisser une forte autonomie à ses chefferies sans plans-types communs à la région connus. C’est ce qui fait la grande complexité du paysage de la fortification de campagne dans cette Région Militaire, situation encore complexifiée par la séparation en deux de la 20° Région en Juin 1938, celle-ci conservant la partie Ouest de l’ancienne région et la nouvelle 10° Région Militaire s’installant à Strasbourg et couvrant dorénavant de Bitche jusqu’à Marckolsheim.

    Après dissolution de la CORF, le Génie de la Région Militaire est séparé en trois Directions (Nancy, Saverne et Strasbourg), la direction de Nancy couvrant la chefferie de Sarrebourg (partie Ouest de la Sarre), celle de Saverne couvrant les chefferies de Bitche (Est Sarre jusque Lembach) et Haguenau (de Lembach à une ligne Brumath-Bischwiller-Dalhunden, soit la limite SF Haguenau et Bas-Rhin). La Direction de Strasbourg ne couvre qu’une seule chefferie, celle de Strasbourg, qui gère le territoire du SF du Bas-Rhin, de la ligne précédemment citée à la limite nord du canton de Marckolsheim. Le territoire de la chefferie de Bitche étant très vaste, il est finalement séparé en deux en Juillet 1938 concomitamment avec la création de la 10° RM : Bitche Ouest, couvrant l’Est de la Sarre jusqu’au Simserhof (20° RM), et Bitche Est couvrant du Simserhof à l’Est de Lembach – limite du SF des Vosges (10° RM). Dernier changement, la chefferie de Bitche Ouest sera logiquement transférée à la direction de Nancy début 1939 et renommée « Sarrebourg Est », lorsque le découpage précis de la 10° RM sera connu, celle de Sarrebourg devenant « Sarrebourg Ouest ».

    - Chefferie de Sarrebourg/Bitche Ouest

    Le ban de la chefferie de Sarrebourg – de la Nied Allemande jusqu’à Wittring - est marqué par la création des inondations défensives en 1932-33, bien avant le lancement des programmes de fortification de campagne. La peur d’influencer défavorablement le référendum de rattachement de la Sarre prévu pour janvier 1935 interdit l’EMA de construire des fortifications en nombre dans ce secteur, au moins jusqu’à l’été 1935. La seule exception constitue la construction de 10 blockhaus de défense des digues et barrages d’inondation (6 sur Hosterbach-Moderbach et 4 sur la Sarre) en 1934-35, selon un plan-type standard utilisant des composants CORF (portes blindées, goulottes à grenades et trémies FM CORF, …).

    Les choses changent avec le résultat négatif pour la France de ce référendum, puis le rétablissement en Allemagne de la conscription en Mars 1935. Mais le vrai choc viendra de l’occupation armée de la Rhénanie en Mars 1936. Désormais l’armée allemande est aux portes de la Sarre. Le rattrapage du retard de couverture de la Sarre au-delà des inondations défensives - déjà opérationnelles - devient donc très prioritaire en 20° RM, avec dans un premier temps la construction d’un obstacle continu entre les inondations, couvert par quelques blockhaus isolés entre celles-ci. Les premiers blocs construits sont de type disparate en fonction du terrain, mais conformes aux consignes du général GAMELIN et aux idées du général CONDÉ, commandant de Région à ce moment : il s’agit de petits blocs flanquants pour arme d’infanterie, avec créneaux FM sur le pourtour pour permettre une défense tous azimuts.

    La première phase de construction 1935 à 1937 reste limitée, à :

  • des maisons-fortes de frontière d’un plan-type là encore spécifique à la chefferie de Sarrebourg , au nombre de 11 entre Carling et Sarreguemines, qui seront complétés par 2 autres construites après 1937


  • 8 bouchons ou points d’appui d’avant-poste, quelques kilomètres en avant de la LPR,

  • une centaine de blockhaus légers tels que décrits plus haut (résistance au 77mm généralement, et au 105 pour quelques-uns), pour mitrailleuse et FM et rarement pour canon AC, en arrière de l’obstacle antichar continu (inondations, ruisseaux aménagés et rails) de ligne principale de résistance.

  • 25 blockhaus du même type sur la 2e ligne de défense entre Guessling et Sarralbe par Grostenquin, Francaltroff et le cours de l’Albe. Cette amorce de 2e ligne se substitue à la 2e urgence des inondations défensives qui ne verra que très partiellement le jour et constituera ensuite le tracé du tronçon de la ligne CEZF de la Sarre.

  • et enfin la création dés 1936 de casemates STG pour un canon de 75mm en renforcement de la zone Barst-Bining.


  • Maison Forte de Spicheren


    Maison forte de Spicheren – Droits réservés



    On constatera une faible présence de blocs en béton pour tourelles démontables Mle 1935-37 sur le ban de des deux chefferies Ouest (Sarrebourg et Bitche Ouest), hors le cas très particulier du blockhaus spécial équipé de deux TD à Holving – inspiré d’un plan-type RFM - et construit en 1939.

    La 2e phase de construction, de 1938 à 1940 se traduira par la multiplication des blocs d'intervalle de divers types, allant des grands blockhaus STG du programme PRETELAT jusqu'à la génération spontanée de blocs légers de tous types à partir de la mobilisation, dont les plus sérieux sont dérivés de l'Album n°1 de la STG. Un effort notable est consenti sur le plateau de Rohrbach, considéré comme une voie d'invasion privilégiée et non protégée par les inondations. Dans ce secteur de 12 kilomètres de large entre Sarre et Vosges, la densité de blocs légers deviendra tout à fait considérable et d'une profondeur peu commune ailleurs, s'étalant de bouchons d'avant-poste 2 à 3 km en avant de la LPR et des lignes d'arrêt successives jusqu'à 5 à 6 km en arrière de cette même LPR.

    - Chefferie Bitche Est

    Ce secteur correspond aux Vosges. Les Vosges ayant été pour l'essentiel considérées que comme une zone de destructions, un peu à l'instar des Ardennes, les constructions post-1935 entre les môles CORF de Bitche et Lembach sont consituées uniquement de :

  • 9 Maisons fortes de conception locale et 7 bouchons défensifs sur les axes routiers de pénétration. Ces constructions légères (Pon inférieure à la n°1) ont pour mission essentielle de contrôler les dispositifs de mine permanents (DMP) constituant les destructions et d'assurer une action retardatrice.

  • Sur la ligne principale de résistance, environ 150 blockhaus légers très caractéristiques sont construit entre 1935 et 1938, se présentant sous forme polygonale avec plusieurs créneaux pour FM ou mitrailleuse. Leur protection est faible (30 à 50cm de béton). A ceci se rajoute une cinquantaine d'emplacements de tir ouverts, quelques observatoires bétonnés sur les sommets, et de rares abris/PC.


  • Blockhaus DIEPSKOPF 2


    Blockhaus d'intervalle type Vosges typique (Crédit : Donceuh)



    Ces constructions seront complétées sur la LPR à partir de 1938 par deux casemates d'artillerie pour deux canons de 75mm de conception locale (BIESENBERG et WINDSTEIN) puis à partir de la mobilisation par plusieurs gros blockhaus dérivés du standard STG-FCR.

    Blockhaus de Dambach Eglise


    Bloc STG-FCR type "E" de DAMBACH Eglise (Crédit B Henrich)



    - Chefferie de Haguenau

    Cette chefferie couvre l'extrémité Est de Vosges et la plaine de Basse-Alsace jusqu'au Nord de Strasbourg. La structure défensive créée là entre 1935 et 1938 par la MOM est similaire à celle des Vosges :

  • Des maisons fortes à la frontière même, au nombre de 14. Elles sont là encore de conception locale, différentes de celles des secteurs adjacents.

  • Une grosse dizaine de points d'appui d'avant-poste en avant de la ligne principale équipée par la CORF.

  • Sur la LPR et en profondeur une grosse quarantaine de blockhaus et surtout près de 200 emplacements de tir pour canons AC, mitrailleuse ou FM, en grande partie dans la forêt de Haguenau. Les plus caractéristiques et courants sont :
    - les "tourelles de Haguenau", qui sont une déclinaison renforcée et améliorée des "tourelles type 7° Région Militaire" dont on parlera plus loin.
    - les postes bétonnés ouverts pour arme automatique (Mit ou FM).


  • SANDMUEHLE NORD - (Blockhaus pour arme infanterie)


    Tourelle ou Coupole de Haguenau typique (Crédit Greg Fuchs)



    KLOSTERGRABEN 7 - (Cuve pour arme d'infanterie)


    Emplacement de tir pour FM typique (Crédit Greg Fuchs)



    Ces constructions de temps de paix sont complétées après mobilisation par de nombreux blockhaus de campagne standards dérivés de l'Album n°1 de la STG, comme partout ailleurs sur le front du Nord-Est. Ces organisations légères sont renforcées fin 1939 et courant 1940 par deux lignes de blockhaus plus lourds au standard renforcé STG-FCR ou STG dont on parlera plus loin.

    - Chefferie de Strasbourg :

    Cette chefferie est en charge des constructions sur le ban du SF du Bas-Rhin (avant-guerre, de Drusenheim à la limite Nord du canton de Marckolsheim). La stratégie défensive de ce secteur est marquée par la dualité entre la ville de Strasbourg et les campagnes au Nord et au Sud. Pour la première, après quelques atermoiements on va prioritairement fortifier la berge proprement dite via la CORF, qui constitue la ligne de défense principale, alors que pour les deux autres zones, la ligne principale de défense se situera en arrière de la forêt du Rhin avec quelques avant-postes/bouchons CORF sur la berge proprement dite au niveaux des ponts sur le fleuve. Les constructions MOM entre 1935 et fin 1937 - avant reprise en main de la STG et la mobilisation - sont en nombre beaucoup plus restreint du fait de la moindre criticité perçue de ce secteur. En cohérence avec la conception duale de défense en dehors et à Strasbourg, ces renforcements MOM vont initialement viser à donner de la profondeur à ce qui existe déjà : on se borne à renforcer un peu les bouchons CORF sur la berge du Rhin et à donner de la profondeur à la LPR (berge à Strasbourg, ligne des villages ailleurs). Ceci se traduit par :

  • La construction d'une trentaine de blockhaus et autant d'emplacements bétonnés légers prioritairement dans la zone du port de Strasbourg et dans les intervalles de la ligne de villages, puis ensuite sur les hauteurs de la ceinture fortifiée ex-allemande de la ville au Nord et au Nord-Ouest. Certains de ces blocs sont d'ailleurs simplement intégrés aux constructions ex-allemandes.

  • La conception et l'établissement en arrière de la LPR de 12 gros abris/PC actifs, tout à fait spécifiques à cette chefferie. Ces blocs sont d'un design soigné.


  • Abri, blockhaus et observatoire  du FORT FOCH


    Abri/observatoire/PC actif du fort Foch (Crédit Pascal Lambert)



    Consécutivement à la mobilisation, l'effort de fortification va se multiplier selon une priorité claire : ramener partout la ligne de défense principale vers la berge du Rhin proprement dite, et lui donner de la profondeur. Cela va se traduire concrètement par :
    - la création de points d'appui tous les kilomètres ou deux sur la berge. Ces "avant-postes" sont constitués en principe d'une paire de petits blocs jumelés flanquant le fleuve dans les intervalles des môles CORF de berge. Quatorze de ces AP de berge sont établis au Sud de Strasbourg jusqu'à Rhinau. Ils sont l'équivalent local des blocs Garchery qui seront construit un peu antérieurement sur la rive du Rhin en 7° Région Militaire.
    - l'établissement sur les digues d'inondation et de hautes eaux d'une ligne quasi-continue de blocs légers pour mitrailleuses, typique là aussi de la chefferie de Strasbourg et nommés "blockhaus de digue". Certains de ces blocs ont leur entrée placée à l'arrière de la digue et reliée à la partie active par une courte galerie. Ceci constitue la nouvelle LPR.
    - l'installation de bouchons défensifs de retardement sur les pénétrantes les plus importantes entre la berge et les digues. Ces bouchons intermédiaires peuvent par ailleurs assurer le flanquement dans la forêt des bras morts du Rhin les plus importants.

    Vue des blocs 7, 8 et 9


    Blockhaus MOM de digue typique, entrée à gauche, partie active à droite (Crédit Pascal Lambert)



    Ces constructions de type "fortification de campagne semi-permanente" seront tardivement renforcées en profondeur (Forêt de la Robertsau, Petit-Rhin, Sud de la ville…) par une grosse douzaine d'importants blockhaus renforcés dérivés du standard STG-FCR de Septembre 1939 mais qui seront pour la plupart inachevés.


    La 7° Région Militaire (7° RM - Besançon), La « coupole type 7° Région» et le bloc « Garchery »


    La 7° Région militaire se développe du nord de Marckolsheim jusqu’au sud du Jura. Elle se compose de deux parties bien distinctes. La partie Nord est couverte dés 1931 par des casemates CORF, d’abord sur le Rhin, puis dans la plaine d’Alsace. La partie Sud (Région Fortifiée de Belfort et Jura) est en revanche exempte de toutes constructions défensives modernes jusqu’en 1935. L’effort MOM de la 7° Région va être dans un premier temps (1935-1936) de donner de la profondeur aux organisations CORF de la plaine du Rhin. La montée de dangers politiques et les doutes sur l’effet dissuasif de la neutralité Suisse vont ensuite (1937-1940) pousser l’état-major et la région à protéger sa partie Sud, entre Mulhouse et Pontarlier.

    Le plan-type emblématique de la 7° Région Militaire est la coupole pour mitrailleuse ou canon de 47mm. Elle est développée par le Génie de Mulhouse et sera implantée en grand nombre en arrière de la ligne des villages construite par la CORF, pour constituer une ligne d’arrêt sur le canal du Rhône au Rhin, autour de Belfort et pour couvrir les grands massifs forestiers de Haute Alsace (Kastenwald, Hardt, …). Un bon nombre de ces « coupoles » dans la plaine du Rhin sont construites par le 152° RI, régiment en place en Haute-Alsace.

    L’accès se fait par une ou deux entrées en descente, reliées par galerie à la chambre de tir sous coupole. Dans la version « mitrailleuse » celle-ci repose par son trépied standard dans une signée circulaire autour de la chambre de tir, le version « 47 mm » disposant d’un simple socle chandelier pour recevoir le tube du canon. La protection est légère, très inférieure à 1 (toiture de 40 à 60 cm, mur de façade de 1,00 m à 1,20 m, murs de galerie de 50 cm) et ne pouvant résister qu’à un coup isolé de 77mm ou de 105mm.

    Blockhaus de Richtolsheim 1


    Coupole type 7° Région pour mitrailleuse - Crédit D. Froehly


    L’examen du concept de coupole par les services centraux de l'IGGF est relativement critique. La discrétion et le coût restreint de ces coupoles sont reconnus, mais le Génie regrette la grande vulnérabilité de l’embrasure au bombardement. Celle-ci est en effet exposée au risque de bouchage total par les retombées de terre au premier bombardement proche. Ce type de construction ne va cependant pas rester cantonné à la 7° RM car l'IGGF en diffuse le plan aux autres Régions Militaires. On peut par exemple noter que la 6° Région va reprendre ce plan-type en deux versions :

  • Une version avec coupole amovible, prévue en principe sans coiffe pour accueillir une tourelle démontable pour mitrailleuse Mle 1935, mais sur laquelle on pouvait poser la coupole – en orientant le créneau à façon – pour protéger une mitrailleuse Hotchkiss. On peut douter du degré de solidité du dispositif lors d’une explosion à proximité…


  • Une version « conforme » à la coupole standard 7° Région en Septembre 1939, mais dont on ne connait pas d’application en 6° RM.


  • La coupole type 7° RM aura aussi une cousine améliorée et plus tardive, la « coupole de Haguenau » créée par la chefferie éponyme pour couvrir les lisières et carrefours de la forêt de Haguenau. La version « Haguenau » est cependant en général plus complexe, couplée à plusieurs et avec un abri pour le personnel, et présente un dôme aplati en moyenne plus épais que celui de la 7° RM.

    Autre type de blockhaus de fortification de campagne emblématique de la 7° Région Militaire, le bloc GARCHERY . Le Gal GARCHERY, en temps que membre du Conseil Supérieur de la Guerre, inspecteur de la 7° Région Militaire, et futur commandant désigné de la 8° Armée s'émeut dés fin 1938 de l'absence de profondeur des défenses établies et de la vulnérabilité des berges du Rhin. Profitant de négociations d'assouplissement des clauses du traité de Vienne positives avec la Suisse, il recommande d'une part la fortification de la zone laissée libre entre St Louis et Sierentz, et d'autre part la fortification continue de la berge du Rhin entre Huningue et le SF du Bas-Rhin. Ce sont 83 blocs "Garchery" qui seront ainsi construit entre Diebolsheim et Bâle en 1939-40. Ces blocs légers ont le mérite, pour une fraction du cout d'une casemate CORF de berge, d'assurer une protection moins ridicule qu'il n'y parait grâce en particulier au mur frontal incliné qui facilite le ricochet des obus tirés de la berge opposée.

    Blockhau ROSENAU BERGE 3


    Bloc Garchery typique (crédit Daniel Froehly)



    Tout comme dans la totalité des autres Régions Militaires, à partir de mi-1939 les plans-types de fortification de campagne légère issus de l'Album n°1 de la STG vont devenir la norme quasi exclusive. De nombreux blocs Type 1 ou Type 2 classiques vont ainsi être construit durant la drôle de guerre en renforcement de ce qui a déjà été fait. Notons cependant que certains de ces Type 1 ou Type 2 locaux constituent en réalité une variante du plan de la notice car ils intègrent d'emblée un petit local abri en arrière et contrebas de la chambre de tir. Conformément aux directives du Gal GARCHERY, ce sont trois lignes successives de blockhaus qui vont s'établir sous l'autorité de la chefferie de Mulhouse entre la falaise du Sundgau et le Rhin dans l'ancienne zone interdite par le traité de Vienne. Ces constructions sont dans quelques cas conformes au standard STG-FCR (bloc pour canon de St Louis-Neuweg, Rodenfeld, etc).

    KATZENTAL NORD - (Blockhaus pour arme infanterie)


    Bloc pour mitrailleuse dérivé du Type 1 (Crédit Daniel Froehly)



    - Chefferie de Besançon

    Le Jura souffre jusqu'en 1935 d'une absence totale de fortification moderne, car cette zone est considérée sans risque du fait de la neutralité Suisse. L'hypothèse d'une violation de cette neutralité rentre cependant à partir de 1937 dans les scénarii stratégiques, et est même favorisée par la construction des fortifications STG du Sundgau. Le Doubs constitue un obstacle naturel d'une certaine valeur, que la 7° Région va se contenter dans un premier temps de protéger au niveau des passages principaux par la création de DMP associés à de simples avant-postes défensifs, dont le plan est inspiré des Maisons-fortes de la RFM (bloc hexagonal accolé à un logement défensif).

    Blockhaus du Pont de Biaufond


    MF du Pont de Biaufond (Crédit Vincent Vermeulen)



    En Janvier 1938 l'IGGF recommande dans son mémoire sur la fortification de campagne la couverture des points de passage plus au sud par des blockhaus antichar et la création d'un môle défensif à Pontarlier/La Cluse.



    Fortification de campagne légère semi-permanente dans le Sud-Est


    Les deux régions militaires des Alpes sont intéressantes par la grande différence d’approche relative à la fortification de campagne comparée avec le Nord-Est. L’armée des Alpes et les régions concernées ont dés le départ opposé une certaine résistance à l’hégémonie de la CDF et de la CORF, allant jusqu’à des divergences de vues fondamentales sur la forme que devait prendre la défense des frontières. Si la CORF, soutenue par les instances centrales de l’Armée, eut finalement gain de cause dans le principe pour ce qui est des construction sur la ligne principale de résistance, les Alpins réussirent à imposer des approches et concepts hérités de leur irremplaçable connaissance du terrain et de ses spécificités défensives, qu’ils appliquèrent avec une relative liberté sur les avant-postes construits à la frontière même. Cette double approche parallèle permit de créer une position en profondeur bien avant que cela ne devienne d’actualité dans le Nord-Est.

    A la disparition de la CORF en fin 1935 les régions du Sud-Est eurent à reprendre à leur compte la continuité des travaux CORF, pour certains largement inachevés. L’essentiel des moyens alloués par le ministère allant à cette priorité-là, il ne restait que très peu de fonds et de main d’œuvre pour développer le même effort de fortification de campagne que dans le Nord-Est. Force fut donc d’aller vers des solutions à très bas coût et ciblées, là encore développées de façon purement locale mais parfaitement adaptées à la géographie. Rajoutons à cela la détente politique avec l’Italie entre 1935 et 1937 qui stoppa virtuellement tout travail de construction sur cette frontière-là.

    Un autre trait caractéristique de la défense alpine est la large réutilisation et le réaménagement des fortifications de générations passées comme les forts de la période Séré de Rivières (Vulmix, Replaton…) ou antérieurs (Fort de Tournoux – Batterie XII, L’Esseillon,…). Ces forts, pour dépassés qu’ils soient dans l’absolu, pouvaient encore servir à moindre frais face à une frontière dont le tracé n’avait pas été modifié depuis le 19e siècle.

    La 14° Région Militaire (14° RM - Lyon), les avant-postes et les « pilules Briançon »


    La 14° Région Militaire couvre la frontière des Alpes du sud du Jura (Divonne-Gex) jusqu’au Sud du col de la Bonette. Les trois secteurs défensifs et fortifiés (SD Rhône, SF Savoie et Dauphiné) disposés sur le ban de la Région ne sont fortifiés par la CORF – pour les deux derniers – qu’à partir de 1931. Ces fortifications se limiteront aux grandes vallées ou passage alpins et leurs travaux dureront jusqu’en 1940. La coordination technique des constructions est menée par les DTF (Directions des Travaux de Fortification) de Lyon, Grenoble et Gap, avec chefferies respectivement à Lyon, à Chambéry et Briançon et à Gap.

    Au même moment que la construction des ouvrages CORF par la main-d’œuvre civile, la MOM construit 12 avant-postes sur la frontière, se présentant sous la forme de petits ouvrages souterrains reliant plusieurs blocs de combat pour mitrailleuse ou FM à une ou plusieurs issues et un observatoire. Leur position en altitude les mettant hors de portée de l’artillerie lourde ou des gaz, leur protection est en général faible et leur ventilation limitée à un ventilateur à bras sans filtres. Par contre leur équipement intérieur (latrines, cuisine, citernes, casernement, central téléphonique…) est tout à fait remarquable pour de la construction de campagne.

    Avant poste du Fréjus


    AP du col de Fréjus - Crédit M. Zeig


    Mais la typologie de construction de campagne postérieure à 1937 la plus courante et emblématique est la « pilule de Briançon » ou « pilule briançonnaise ». Développée par la chefferie éponyme, elle consiste en un simple cylindre de béton a toiture plane ou légèrement bombée, à un ou deux créneaux FM ou mitrailleuse, et entrée en arrière. La protection apportée est minime (murs de 30 à 60 cm de béton, toiture de 20 à 40 cm), résistant tout au plus au petit calibre de 75mm et moins, mais le défilement, l’intégration au terrain et le camouflage de ces constructions les rend redoutables. Plusieurs centaines de « pilules » seront ainsi coulées entre Tarentaise et Ubaye, en première comme en 2e ligne.

    Blockhaus du GONDRAN


    Pilule de Briançon typique, sur la plateau des Gondran - Crédit A. Perouffe


    Une autre spécificité des constructions alpines réside dans le blockhaus « caverne », construit dans le terrain proprement dit, voire taillé dans des rochers naturels. Les seuls éléments difficilement visibles de ce type de construction sont l’entrée et le ou les créneaux parfaitement intégrés dans l’environnement. Sans plan-type autre que celui dicté par le terrain, ces blockhaus sont peu couteux en matériel, matière première et en temps de réalisation : ils répondent parfaitement de ce point de vue aux contraintes de moyens propres à un front considéré comme secondaire. Il est intéressant de constater que les italiens, de leur côté, ont poussé ce concept d’utilisation du terrain à son paroxysme à la même époque dans le cadre du Vallo Alpino, preuve s’il en est que les mêmes causes, contraintes ou opportunités aboutissent aux mêmes solutions.

    Blockhaus de NOTRE-DAME des NEIGES


    Blockhaus « caverne » en Maurienne. Les créneaux sont à peine visibles - Crédit A. Perouffe


    La Région procède aussi à la construction de nombreux blocs bétonnés (simples cuves) destinés à recevoir des tourelles démontables Mle 1935-37 quand ce plan-type devient disponible. Certains de ces blocs possèdent un petit local abri.

    Chapelle Saint Simon - TD 605


    Bloc pour tourelle démontable dans le Queyras. La tourelle est encore partiellement en place – Crédit Alain Perouffe


    Enfin, typique des Alpes, les troupes d’intervalle construisent de très nombreux abris d’altitude pour le logement des détachements de surveillance ou de protection des points de passage. Ces abris sont construits en « tôles métro » cintrées et assemblées conformément aux instructions de l’I.O.T. n°2, parfois simplement terrassés, parfois avec dalle de toiture bétonnée.

    Abri du Col de Barteaux 1


    Abri en tôle métro - Crédit CJ. Vermeulen


    A noter aussi le grand nombre d’épaulements et de postes de tir ou d’observation en simple empilement de pierres sèches, qui relèvent davantage de la fortification de campagne passagère (voir chapitre 1) que de la fortification semi-permanente. Du fait de leur isolement et absence d’interférence avec d’autres utilisations du terrain, ces traces sont malgré tout souvent bien visibles sur le terrain 80 ans plus tard…

    Le SD du Rhône – face à la frontière Suisse – ne connut pas de constructions avant la mobilisation de septembre 1939. Les blockhaus construits face aux débouchés de la Suisse seront pour l’essentiel de plans-types standards issus de l’album n°1 de la STG (voir plus loin) ou des pilules type « Briançon ».


    La 15° Région Militaire (15° RM - Marseille), avant-postes et casemates SFAM


    La 15° RM couvre la frontière de la haute Tinée à la Corse incluse. Ses travaux du Génie sont gérés par une seule Direction (Nice) qui supervise deux chefferies (Nice et Bastia). Tout comme en 14° Région, la période 1929-1935 est principalement caractérisée par la construction des ouvrages et organisations CORF et celle des avant-postes de la MOM en parallèle. Ces derniers sont au nombre de 15 et diffèrent de ceux de la 14° Région par la réalisation d’une 2e phase tardive de renforcement par des postes de combats légers en 1934-35. Ceux-ci sont faits de petits blocs béton pour FM/mitrailleuse et des emplacements ouverts – souvent en pierre sèche – pour mortier ou tromblon VB.

    Baisse de Scuvion 2


    Bloc de renforcement d’avant-poste (Baisse de Scuvion) - Crédit M. Prasil


    Tout comme en 14° RM, les chantiers locaux se mettent en veilleuse durant la période de détente avec l’Italie. L’année 1939 est marquée par une reprise importante des travaux et le lancement dans le SF des Alpes-Maritimes d’un programme de construction de gros blockhaus – dénommés « casemates type SFAM » - qui sont une adaptation locale des blockhaus standards STG allégés (voir plus loin) en protection n°1. Le Génie du SFAM créera ainsi trois modèles de ce type de construction, pour canon et mitrailleuse , pour mitrailleuse simple et pour mitrailleuse et FM . Ce sont 25 blocs de ce type qui sont construits en 1ère ligne jusqu’à St Sauveur sur Tinée, puis 8 en 2e ligne au sortir des grandes vallées et sur les Corniches. Les « casemates » de 1ère ligne sont très majoritairement conformes à un plan-type standard pour une mitrailleuses et FM sans sous-sol, alors que les constructions de 2ème ligne sont plus complexes, à armement multiple et disposent souvent d’un sous-sol.

    Casemate de Cians - Raton


    « Casemate » SFAM de Cians - Crédit A. Loviny


    Hors ces blocs SFAM, très spécifiques, on retrouve comme en 14° Région Militaire un grand nombre d’abris alpins en tôle métro, essentiellement sous les cols ou passages non couverts par de la fortification permanente dans la partie Nord de la région, ainsi que des emplacements pour tourelle démontable Mle 1935-37, des positions d’infanterie et observatoires en pierres sèches et quelques pilules briançonnaises en petit nombre.


    Les blockhaus STG de campagne (Album n°1 – 22 Septembre 1939)


    Pour aider les armées qui s’installent le long de la frontière, la STG produit à la déclaration de la guerre une notice de construction de blockhaus légers de fortification de campagne et une seconde notice relative à la confection du béton à l’usage des troupes de campagne. Ces notices sont accompagnées d’un album de plans-types contenant plusieurs modèles de blocs spécialisés :

  • Le STG – Type 1 et 1bis : blockhaus simple flanquant pour mitrailleuse Hotchkiss. Le type 1bis se différencie du type 1 par une protection légèrement supérieure (résiste à un coup isolé de 155mm – piédroits de 1,20m et dalle de 1,00m - contre un coup isolé de 105mm – piédroits de 0,85m et dalle de 0,60m). Ces type 1 et 1bis sont présentés en 2 variantes, l’une avec emplacement pour deux places couchées, et l’autre sans.

  • Le STG – Type 2 : blockhaus similaire au type 1, mais pour canon antichar de 25mm SA Hotchkiss. Le type 2 a le même degré de protection que le type 1bis (coup isolé de 155mm) et propose les mêmes variantes.

  • Le STG – Type 3 : Observatoire d’infanterie en protection similaire au type 1bis

  • Le STG – Type 4 : Abri passif pour personnel, en tôle métro renforcée de béton

  • Le STG – Type 5 : Abri bétonné pour personnel et canon de 25mm. Protection type 1bis.


  • Ces blocs se caractérisent par une grande standardisation, une large facilité de construction et la possibilité d’être améliorés dans un second temps en fonction des moyens et disponibilités (ventilation à bras, portes et cuirassements, adjonction d’un abri pour le personnel). Ces plans-types définis à l’automne 1939 ne comportent cependant aucune indication du type de cuirassements ou de ventilation à installer car ceux-ci étaient encore en cours de définition et de développement à cette époque. Ceci explique l’installation fréquente, faute de mieux et en attendant, de cuirassements de fortune ou de développement local.

    Vue générale


    Blockhaus MOM-STG type 2 classique - Crédit www.arnaultjl-photo.com


    En janvier 1940, une variante agrandie du blockhaus « Album n°1 – Type 2 » est proposée par la STG pour permettre l’accueil du canon de 47mm antichar bi-flèche, qui est de taille supérieure au 25mm SA. Ce nouveau plan-type sera diffusé aux armées pour mise en œuvre le 26 janvier 1940.

    Notons que seuls les type 1, 1bis et 2 seront construits en grand nombre par les troupes de campagne de toutes les armées en ligne. Pour permettre une action combinée de mitrailleuse et de canon antichar, les blocs type 1bis et 2 seront fréquemment construits par paires, à proximité l’un de l’autre et selon un plan de feu identique.

    Ces plans-types connaitront finalement un grand succès… mais aussi des variantes issues des idées propres à chacun des commandements d’armées. Ce sera notamment le cas en 6° RM, où on trouve en nombre des versions modifiées du type 1bis, nommées type 1A et 1B (avec créneaux complémentaires FM de défense sur le pourtour). Ces blocs seront parfois complétés par des ouvrages ou masques de défense annexes avec créneaux FM. Ces blocs type 1A et 1B sont d’emblée prévus pour être équipés d’une trémie « Condé » pour créneau de mitrailleuse.


    Tentatives d’amélioration des blockhaus de fortification de campagne (1938-40)


    L’ensemble de l’œuvre en matière de fortification de campagne des Régions Militaires sur la période 1935-1937 est inspecté et analysé par l’Inspection Général du Génie et des Fortifications au premier trimestre 1938. Le constat est clair : le manque général de protection, d’habitabilité, de cuirassements, de ventilation sont autant de points de préoccupation. Un certain nombre d’études et d’améliorations vont être réalisées entre 1938 et 1940 :

  • Développement par la STG d’un système de dalle d’éclatement fait de plaques de béton à assembler par anneaux d’acier de façon superposée sur les dalles des blockhaus jugés trop faibles. Ceci devait permettre de gagner une gamme de calibre de résistance. Cette idée n’est pas nouvelle et a déjà été explicitée dans l’IOT n°2 en 1917. L’étude sera lancée à l’été 1939.

  • Développement d’un système de coffrages métalliques standards réutilisables. Ces coffrages seront développés durant l’hiver 1939-40 pour les plans-types STG de l’album n°1. Ils doivent permettre une construction plus rapide (gain de temps sur le montage/démontage des coffrages bois).

  • Développement d’un carter léger pour mitrailleuse Hotchkiss permettant de canaliser les gaz de tir vers l’extérieur pour minimiser l’enfumage des chambres de tir non ventilées.

  • Mise en place d’une ventilation à bras dans chaque bloc pour mitrailleuse ou canon AC de taille significative. Cette évolution a longtemps été combattue par le 4° Direction (Génie) qui finira par admettre cette nécessité début 1939.

  • Développement à partir de 1937 de cuirassements standards pour les créneaux de blockhaus permettant, moyennant modification minime du bloc, de protéger les tireurs et l’arme. Si certains cuirassements développés plus tôt (trémie Pamart-Lemaigre en juillet 1939) ou très simples comme les trémies « Condé » purent être installés en nombre, les cuirassements tardifs (A2R, C2R, D8, etc.) sortiront trop tard de production pour arriver sur le terrain.


  • Peu de ces développements ou améliorations n’étaient finalisés ou concrétisés en Mai 1940.




    Les plans-types « lourds » de la STG et de certaines régions – 1937-1940


    Les événements de 1936 poussent le ministère à reprendre la main sur les développements des régions militaires en matière de fortification, en commençant par prescrire le renforcement avec des blockhaus standards de haute qualité les zones jugées à ce moment là prioritaires, à savoir deux môles dans le Nord de la France (Maulde et les Monts) ainsi que la Haute-Alsace. L’effort à consentir dans le Nord vise à préparer la déclaration de neutralité de la Belgique, tandis que les fortifications du Sundgau visent à forcer l’ennemi à violer la neutralité Suisse pour contourner le territoire de Belfort, et donc à faire éventuellement basculer le pays du côté de la France. Si les môles du Nord de la France ne posent pas de problèmes particuliers, celui du Sundgau est contraint par les règles issues du congrès de Vienne et du traité de Paris de 1815 : aucune fortification n’est autorisée à l’intérieur d’un cercle de 12 km de Bale, obligeant le Génie à proposer un tracé en arc de cercle à cette distance de la ville.

    Ce plan-type de Janvier 1937 (STG Mle 1937) sera suivi par une série d’autres catalogues entre 1938 et 1940, allant ultimement dans le sens de la simplification et de l’allégement en parallèle de la généralisation de l’implantation de ces blocs.


    Les casemates d’artillerie STG, 20° et 6° Région Militaire


    Section à venir


    Les blockhaus STG modèle 1937 (26 Janvier 1937)


    La « Notice provisoire descriptive d’un blockhaus double pour canon AC de campagne et mitrailleuse Hotchkiss » du 26 Janvier 1937 jette les bases de la série des grands blockhaus d’infanterie de la STG. Bien que construit en protection 2 et équipé d’une cloche GFM type B, ce type de construction ne possède pas de sous-sol, pas de ventilation ni d’énergie électrique. Le personnel loge avec des moyens de fortune dans les chambres de tir. Ce modèle est cependant prévu pour être marginalement améliorable ultérieurement en fonction des moyens. Il peut accueillir indifféremment des pièces de 25mm SA Mle 1934 ou de 47mm biflèches Mle 1937, voire dans certains cas le canon de 47mm de Marine sur affut crinoline.

    Blockhaus STG 91 - Trois Maisons Nord


    Blockhaus STG Mle 1937 de Trois Maisons - Crédit AALMA


    La notice et le plan-type, peu précis car à vocation de guides très généraux, nécessitent une étude complémentaire pour la mise en œuvre. Les deux régions sensées les appliquer (la 1° RM pour Maulde et le Mont Noir, la 7° pour le Sundgau) vont donc indépendamment décliner ce plan-type général en autant des versions locales, en introduisant en outre un plan à flanquement simple. Les blocs « STG Mle 1937 – Nord » seront identifiés par la chefferie de Lille par des codes de type Sxx selon l’inclinaison des axes de tir des chambres opposées (S10 pour les blockhaus simples) tout en restant largement dans l’esprit de la notice, tandis que les blocs « STG Mle 1937 – Sundgau » de la 7° Région Militaire seront relativement améliorés par rapport au standard STG, avec latrines, parfois deux cloches GFM et dans ce cas une chambre de repos dans le couloir entre ces deux cloches.


    Les blockhaus STG modèle 1939 (30 Décembre 1938) et la ligne CEZF


    La gamme STG modèle 1937 n’est pas exempte de critiques à l’usage : évolutivité faible, absence de cloisons séparatives entre les chambres de tir opposées, équipement de vie minimaliste, … Ce qui peut être considéré comme un brouillon, un premier jet émis dans l’urgence, va faire l’objet en contrepoint du lancement du programme PRETELAT du 19 Décembre 1938 de renforcement des positions frontières d’une mise à jour majeure. Cette nouvelle notice est émise quelques jours après le programme PRETELAT, le 29 Décembre 1938 et donne naissance au plans-types STG Mle 1939 pour canons AC et mitrailleuses. Elle annule purement et simplement la notice Mle 1937 et présente les similitudes et différences suivantes avec la version antérieure :

  • Même degré de protection (CORF n°2), et maintien de la cloche GFM type B.

  • Ajout d’un sous-sol partiel pour accueillir les équipements techniques à prévoir… pour certains plus tard (groupe électrogène, …)

  • Ajout de cloisons séparatives entre les chambres de tir opposées.

  • Officialisation d’une version à flanquement simple.

  • Ventilation à bras filtrée prévue d’emblée.


  • Blockhaus STG 86 - Aschenbach


    Blockhaus STG Mle 1939 – Bloc d’Aschenbach – Crédit CJ Vermeulen


    Ces nouveaux types de blockhaus sont appliqués en complément de ceux construits en 1937-38 (notamment dans le Sundgau), ou dans la RFM (4 blockhaus entre Kemplich et Michelsberg), avec dans ce dernier cas un passage en protection n°1 et une suppression du sous-sol... On n’est plus très loin des blockhaus STG allégés dont il sera fait description plus loin.

    Cette nouvelle notice du 29 Décembre 1938 n’est pas encore officiellement diffusée que déjà des voix haut placées (en particulier le Gal GRIVEAUD, directeur de l’Inspection Générale du Génie et des Fortifications) s’élèvent contre le coût individuel probable (1,7 MF l’unité en version double) et la complexité de construction de tels blockhaus, qui les réservent à la main d’œuvre civile. Le Gal GRIVEAUD propose alors le développement d’une version moins couteuse qui permettrait d’en construire beaucoup plus pour le même montant. Cette demande, validée par le Chef d’Etat-Major Général - le Gal COLSON – le 29 Décembre en même temps que la diffusion de la Notice STG, ne sera que partiellement concrétisée sous son mandat, mais finalisée sous le mandat du Gal PHILIPPE qui prend sa suite comme général IGGF fin Avril 1939.

    Malgré ces réticences budgétaires, c’est pourtant ce modèle STG Mle 1939 qui sera choisi pour servir de base aux futures « casemates » de la ligne CEZF , construites en 2e position du Nord au Jura sous les auspices du Gal BELHAGUE (5), moyennant tout de même quelques modifications simplificatrices :

  • La cloche GFM type B standard est remplacée par une « cloche guetteur par éléments » - qui prendra ultérieurement le nom de cloche type C -. Durant le temps nécessaire à la fourniture de ce nouveau cuirassement, l’observation sera assurée par périscope de dalle à ménager dans le bouchon de béton amovible sensé venir obturer provisoirement le puits de cloche.

  • Le champ de tir des créneaux sera limité à 45°

  • Le créneau pour arme antichar, adapté aussi bien pour le 25mm SA que pour le 47mm Mle 1937, sera relevé de plus de 50 cm par ajout d’un radier surélevé dans les chambres de tir correspondantes. Cette dernière recommandation ne sera pas appliquée.


  • Casemate CEZF-F - HARDIFORT


    Blockhaus CEZF F de Hardifort - Crédit JM. Brams


    Les blockhaus STG allégés – 1ère version : Mars 1939


    Après quelques mois de réflexion, la première passe de simplification des blocs STG Mle 1939 est proposée par le Gal GRIVEAUD en Mars 1939 et se caractérise par les deux changements majeurs suivants :

  • Passage de la protection 2 à la protection 1 (piédroits de 1,75 m et dalle de 1,50 m, capable de résister à deux coups de 160mm au même point).

  • Suppression de la cloche GFM type B au profit d’un simple périscope type V ,.


  • Le reste de l’organisation interne des blocs reste identique (sous-sol partiel, etc). L’économie est cependant notable puisqu’un bloc double de ce type est estimé à 850.000 F. Cette série provisoire, composée de 9 plans-types, est envoyée aux régions militaires en Juin 1939 (4) pour application quand nécessaire. Ce type de blockhaus ne sera cependant pas construit, pour autant qu’on sache, car rapidement remplacé par le standard STG-FCR, comme suite d’un travail conjoint entre les généraux PHILIPPE, CONDE et PRETELAT.


    Les blockhaus STG de fortification de campagne renforcée (STG-FCR) - Notice du 22 Septembre 1939


    Le standard STG-FCR est la version la plus légère et simple de la série des blockhaus lourds développés par la STG depuis 1936, et en constitue l’évolution ultime, appliquée à partir de fin 1939. L’étude détaillée de ce catalogue standard, étendu à 16 plans-types, et de ses évolutions est accessible ici .

    Blockhaus A86 - LONGUES ORGIERES


    Blockhaus STG-FCR A86, conforme à l’additif n°1 - Crédit AALMA


    Le standard STG-FCR, dont la notice est avant tout un guide méthodologique à adapter proposant toute un catalogue de plans types indicatifs, est construit en de nombreux exemplaires, en 1ère ligne ou en ligne d’arrêt, dans le nord de la France jusqu’à Montmédy soit dans sa variante « Additif n°1 » avec créneau frontal d’observation, soit dans sa variante « GA n°1 », soit enfin dans sa variante « Forêt » allégée. On en retrouve de nombreux exemplaires ailleurs, notamment autour de Strasbourg, dans la plaine du Rhin, sur le ban de la 8° Armée et en quelques exemples dans les autres secteurs fortifiés (exemple, le bloc MISSLINGEN 2 dans le secteur de ROHRBACH).




    Notes:

    (1) Note 977-3/EMA du 03/04/1935 (Gal GAMELIN) imposant une ligne de blocs flanquant légers, à tirer de l'I.O.T. n°3, sans créneau frontal, couverte en 2e ligne par des tourelles démontables à action frontale et précédée d'un obstacle continu antichar. Organisation en profondeur entre la frontière et la LPR par poste avancés et destructions préparées.
    Notes 997-3/EMA et 1140-3/EMA d'Avril 1935 précisant les formes techniques de fortification et des obstacles antichar.
    Note 3004-3/EMA du 05/11/1935 (Gal GAMELIN): Directives générales pour le programme de travaux 1936 (améliorations ouvrages, casernements, etc) reprécisant les règles générales suite aux pratiques constatées sur le terrain : interdiction des blocs frontaux, éviter les blocs trop saillants ou trop grands, recherche des croisements de feux.
    (2) 124 entre Anor et la Meuse, dont certains quasiment à même la frontière ce qui est un non-sens dans la logique "ligne Maginot", 137 entre Givet et Pont à Bar légèrement mieux protégés pour certains (105-155mm), en enfin 177 blockhaus entre Pont-à-Bar et Longuyon. Le tout est renforcé respectivement par 12, 28 et 36 blocs pour tourelles démontables, 25 plateformes pour canon de 47mm AC - côté Montmédy - et une dizaine d'observatoires et PC.
    (3) Alors commandant de la 20° Région Militaire, le général Condé propose à l’EMA au travers d’une note écrite en Aout 1936, ses idées en matière de fortification axées sur l’ajout d’une capacité de défense tous-azimuts aux blockhaus de flanquement et l’aménagement des cours d’eau en fossé antichar. Dans sa vision, les points d’appui – et pas seulement ceux d’avant-poste – doivent pouvoir se transformer en « hérissons » fermés en cas de débordement et ses constituants doivent pouvoir se couvrir mutuellement. Ses idées seront appliquées dans sa Région Militaire puis sur le territoire de la 3° Armée dont il sera le commandant en 1939-40.
    (4) Note du 3° Bureau n° 2828 3/EMA-P
    (5) Note CEZF-35 du Gal Belhague du 27/09/1939 à l’EMA


    Rédaction : Jean-Michel Jolas - 12/2019 - © wikimaginot.eu

    Sources : SHD - Archives STG (4V), Archives de l'EMA (série 7N) et des inspections centrales, Archives du Génie des Régions Militaires (4V, 6V)



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