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Fortification du Sud-Est - le Programme d'Avenir du Gal MITTELHAUSSER (Juin 1938)






La période plus calme de relations politiques avec l'Italie, initiée par la conférence de Stresa en Avril 1935, s'acheva progressivement avec la guerre d'Ethiopie déclenchée par nos voisins transalpins en Octobre 1935. Si il restait encore quelqu'espoir de pouvoir composer avec Mussolini, cette perspective disparut courant de l'année 1936 et le rapprochement inéluctable de l'Italie avec l'Allemagne nazie. Ce rapprochement fut consacré le 1er Novembre 1936 avec la proclamation de l'axe Germano-Italien.

Conformément à la politique de détente et de ménagement des susceptibilités italiennes, l'effort de fortification de la frontière alpine s'était pratiquement arrêté pendant la période 1935-1936, hors travaux prioritaires d'achèvement de rares ouvrages ou de mise en situation d'habitabilité. Dans cet intervalle, la CORF avait été dissoute fin 1935 et ses responsabilités d'établissement de la fortification transférées aux Régions Militaires (RM).

Ce n'est donc qu'à l'horizon de 1937 que des moyens furent réalloués aux deux régions militaires concernées (14° RM - Lyon, et 15° RM - Marseille) pour reprendre l'équipement défensif de la frontière. Cet effort fut prioritairement orienté vers l'achèvement des ouvrages CORF dont un nombre important était encore en chantier, notamment dans les secteurs en altitude (zone fortifiée du Lavoir-Fréjus, zone du col de Restefond, ...). Au-delà de ces travaux hérités de la période 1929-1934, les RM firent rapidement remonter de nouveaux besoins ou demandes comme la fortification de la haute-Tarentaise (en 2° cycle du programme 1930-34 en 14° RM) ou celle du massif de l'Authion (15° RM) pour faire la liaison entre Vésubie-Tournairet et la ligne continue MONTE-GROSSO - CAP MARTIN. Devant cet afflux et le risque lié à une prise de décision au cas par cas sans vision d'ensemble, l'Etat-Major de l'Armée exprima début 1937 le souhait d'avoir un nouveau programme cadre définissant les efforts à consentir et leur priorisation.



Cadrage du programme



Le général MITTELHAUSSER, membre du CSG et commandant désigné de l'Armée de Alpes s'apprêtait à être versé au Cadre de Réserve (Retraite) courant 1938. Sa longue période de 7 ans de commandement de l'Armée des Alpes, et donc de pilotage stratégique des états-majors des 14° et 15° RM, le rendait particulièrement qualifié pour mener à bien cette étude, qui en outre allait constituer une forme de passation de relai à son successeur tout en lui permettant de rassembler ses idées en un document unique. Il fut chargé par Dépêche Ministérielle du 5 Février 1937 de bâtir un "programme d'avenir" visant à achever l'organisation défensive de la frontière du Sud-Est.

Les crises financières (1931-35, dévaluations de 1936 et inflation des couts de chantier) et politiques (1936 - front populaire, 1937 - Neutralité Belge mettant la priorité sur le Nord) étant passées par là, la mission de MITTELHAUSSER était aussi ambitieuse que compliquée : faire beaucoup avec peu car les moyens étaient rares… Le cadrage en conséquence est clair :

- décrire l'état final visé sans chiffrage formel. Le budget à envisager sera établi ultérieurement suite à études de détail. L'échelonnement dans le temps sera ensuite affaire de moyens disponibles et de priorisation.

- achever ce qui doit l'être du programme CORF.

- plus question, sauf exception dument justifiée, de construire de nouvelles fortifications au standard CORF. Les standards émis par la STG en Décembre 1936 et Janvier 1937 deviennent la limite de ce qu'on peut construire de mieux. Cette décision qui vaut pour toute l'organisation défensive du pays date du 15 Février 1938.

- on privilégie les travaux par Main d'Œuvre Militaire (MOM)


MITTELHAUSSER se met donc au travail sur ces bases, avec les commandements et le Génie des 14° et 15° RM. Il va - très logiquement - éviter de réinventer la poudre : de nombreuses études ont été faites dans le passé tant par la CDF , la CORF que par les Alpins. L'objectif est de reprendre ces études, de les adapter à la nouvelle donne économique et tactique, d'y introduire ses idées propres et enfin de mettre en avant et apporter des réponses à de nouveaux enjeux qui n'avaient pas été considérés dans le passé.

Autre élément nouveau, le rapport du général intègre une réflexion détaillée sur les positions d'artillerie de campagne à préparer en amont de la mobilisation, avec les accès correspondants. Il constitue donc une synthèse pragmatique des idées passées, des évolutions inévitables et du réalisme budgétaire. Le programme conçu est présenté en trois urgences successives pour faciliter la programmation pluriannuelle (voir tableau détaillé dans la section "Documents" de la page).




Le contenu du "Programme d'Avenir"


Haute-Savoie


Ce chapitre du rapport constitue l'une des nouveautés importantes relative la défense des Alpes. La frontière Suisse avait jusqu'alors été laissée non couverte pour plusieurs raisons :

- Conséquence du traité de Vienne puis de Paris en 1815, la Haute-Savoie a été une zone démilitarisée et - bien que française - sous "protection" suisse jusqu'en 1928. Le traité de Versailles de 1919 avait bien mis un terme à cet état de fait, mais sous réserve qu'un accord séparé soit négocié avec la Suisse. Cette négociation dura jusqu'en 1928 et avant cela il était impossible de considérer des fortifications dans ce secteur.
- La Suisse est un pays neutre.
- Le massif du Mont-Blanc est considéré infranchissable.

Ceci étant, la neutralité Suisse n'était pas garantie. Une autre clause du traité de Vienne de 1815 autorisait les vainqueurs de l'époque (dont l'Allemagne…) à passer outre la neutralité Suisse en cas de conflit ouvert avec la France… Nul doute que plus d'un siècle plus tard les Suisses ne se seraient plus laissés faire aussi simplement, mais le risque diplomatique existait toujours en théorie.

Au-delà, plusieurs changements amenèrent un évolution de la doctrine concernant cette frontière, et cela dés le milieu des années 30.

Première évolution marquante : le projet de tunnel sous le Mont-Blanc promu par un consortium italo-suisse et vu d'un bon œil des pouvoirs publics locaux. Ce projet, ainsi que celui de deux autoroutes entre Genève et Lyon ou Dijon, poussa la CORF à étudier dés 1935 les principes d'une zone fortifiée en aval de Chamonix et au sud et ouest de Genève. Mais tant que ces projets ne voyaient pas de concrétisation - le tunnel ne sera finalement construit qu'après guerre -, il n'y avait pas d'urgence et tout ceci resta dans les cartons. Une chose était cependant clairement établie par tous ces projets : l'infranchissabilité du Mt Blanc n'était plus garantie sur le long-terme.

Le deuxième facteur, et le plus important sur le court terme, fut la crainte d'une violation de la neutralité Suisse. Dans la même logique que celle qui poussa à fortifier le Glaserberg en Haute-Alsace pour parer un contournement des défenses d'Alsace par la Suisse, le Gal MITTELHAUSSER considéra dés 1937 que la menace de contournement des défenses alpines par le Valais, le col des Montets, les rives du Léman et la trouée de Genève ne pouvait plus être ignoré. Cette menace fut prise en compte dans le plan E de défense de l'Armée des Alpes en fin 1937 et un volet "fortification" de cette nouvelle approche fut introduit dans le "Programme d'Avenir". La menace n'étant encore que relativement diffuse, le projet proposé se limita à :

Position avancée :
- un ouvrage MOM à St Guingolf pour barrer la rive Sud du Léman.
- un ouvrage MOM à la Chapelle d'Abondance
Position de résistance :
- plusieurs blockhaus ou ouvrages MOM sur la Dranse à l'Est de Thonon, aux Gets et dans l'Arve Supérieure (Col des Montets et de la Balme).
- une importante position défensive à l'Est de Divonne et au col de la Faucille pour barrer le corridor de Gex.

MITTELHAUSSER se garda bien d'inclure ce volet Suisse dans la priorisation d'ensemble de son programme, remettant cette décision aux évolutions politico-tactiques futures. Il se contenta juste de suggérer la construction de la partie Est du dispositif (Dranse, Sud Léman et Arve Supérieure) avant celle concernant la partie Gex-Faucille.


Beaufortain - Tarentaise


Le nord de la Savoie avait été laissé de côté par la CORF qui bien qu'ayant intégré cette zone dans son programme d'ensemble, avait néanmoins considéré le secteur comme non prioritaire. Jusqu'en 1938, aucune fortification moderne n'avait donc été construite là hormis l'avant-poste de SELOGES - œuvre des Alpins et non de la CORF.

Le Gal MITTELHAUSSER, mettant en avant le risque majeur de contournement des défenses des Alpes du fait de la construction future de routes importantes entre Bourg-St-Maurice ou Beaufort et St Gervais ainsi que la bonne praticabilité du col du Petit Saint Bernard avec l'Italie, préconise la construction du barrage initialement prévu par la CORF entre le col du Bonhomme, les Chapieux, Bourg-St-Maurice et jusqu'à Villaroger.

En Beaufortain, il préconise dans cette logique de construire des petits ouvrages (blocs STG) face à l'Est et au Nord, au col du Bonhomme, à la Croix du Bonhomme, au col des Fours, au col du Joly et au Cormet de Roselend, complétés d'un barrage de route à Notre-Dame de la Gorge, au Sud des Contamines-Montjoie.

Le côté Tarentaise est dans ses premières priorités. Avant même l'émission de son rapport, il a convaincu le ministère de construire le barrage de route du VERSOYEN et de débloquer des crédits au titre de 1938 pour l'amorce du barrage de Bourg-St-Maurice (DM du 12 Novembre 1937), qui vont permettre la construction de l'ouvrage de la CAVE à CANON. Preuve du degré d'importance de ces organisations, il parvient même à justifier dans le cas du barrage en question une dérogation formelle à la règle interdisant le standard CORF par défaut. Ces ouvrages seront parmi les derniers réalisés selon ce standard. Outre CAVE à CANON, il recommande la construction de l'ouvrage conjugué du CHATELARD - selon l'architecture CORF lui aussi - et le renforcement des feux d'artillerie par la construction d'une casemate pour canons de 75mm au fort du TRUC et la modernisation de la batterie de COURBATON avec nouvelle route d'accès défilée. Ces organisations seront à compléter ultérieurement par de gros blocs STG au pont de Bonneval au Nord et aux lisières de la forêt de Malgovert au Sud-Est.

Concernant les avant-postes, il préconise l'amélioration de la REDOUTE RUINEE (ajout d'une casemate caverne pour mitrailleuse) et la construction des ouvrages de VILLAROGER et du COL du PALET.


Maurienne


La vallée de Maurienne a déjà été largement dotée lors de la période précédente, dont elle constituait l'une des priorités avec la Haute-Ubaye et les Alpes-Maritimes. Sur la ligne principale de résistance, sa priorité va être de :

- faire achever le barrage CORF du Lavoir-Fréjus, encore largement en chantier.
- étendre la ligne de défense de la vallée proprement dite en faisant construire des blockhaus complémentaires aux ailes de celui-ci, à Amodon-L'Orgère et un bloc STG en lieu et place du chantier abandonné de PLAN à MARIN.
- faire construire un bloc additionnel au col des Rochilles, en appui de l'ouvrage MOM.

Côté avant-postes, il recommande le renforcement important du barrage du col du Mont-Cenis et des autres cols permettant de converger vers L'Esseillon, avec - au Mt Cenis - plusieurs blocs au Refuge 21, au Mollard, en renforcement du Fort de la TURRA et de l'AP préexistant aux REVETS… A ceci se rajoutent des blocs au Mont-Froid, au Planey (Petit Mt Cenis) et à l'Hortière (Col de Pelouse). Cette ligne d'alerte était l'une des préconisations du Gal DEGOUTTE à la fin des années 20, qui avait été mise de côté par la CORF car considérée trop proche de la frontière.


Briançonnais


Le Briançonnais avait été peu renforcé par la CORF au motif de l'existence d'une place forte importante (Briançon) dont les ouvrages anciens avaient conservé une valeur certaine. Seuls les ouvrages modernes du JANUS, du GONDRAN Est, des AITTES et le barrage rapide du MONTGENEVRE avaient été ajoutés durant la période 1930-1936, ainsi qu'une modernisation partielle du fort de l'OLIVE au titre des avant-postes.

Le renforcement de cette position apparait clairement comme indispensable au Gal MITTELHAUSSER, avec deux priorités tactiques : prolonger la position sur les ailes pour assurer en particulier la liaison avec la Maurienne, et améliorer les positions prévues initialement par la CORF mais qui n'avaient pas été réalisées par manque de moyen. Sur le premier point, il n'avait d'ailleurs pas attendu l'émission de son rapport pour faire approuver par l'EMA et lancer les travaux des ouvrages du GRANON et de la BUFFERE au Nord, selon là encore le standard CORF.

A ces travaux déjà amorcés, il propose l'ajout de :

- l'ouvrage de la VACHETTE (initialement inclus dans le programme CORF, mais en 2° cycle) et d'un ouvrage au CLOS ENJAIME (hérité lui du programme DEGOUTTE).
- l'ouvrage de la COTE 2235, à mi-chemin entre GONDRAN E et les AITTES. Cet ouvrage était déjà envisagé dans les programmes précédents.
- du casematage de la batterie d'artillerie de la CROIX de TOULOUSE.
- batteries d'artillerie préparées en arrière de la crête Granon-Buffère, du plateau des Gondrans, au Prorel et à la Croix de Bretagne.
- routes stratégiques additionnelles pour atteindre ces points de façon défilée, et un grand téléférique militaire entre Terre-Rouge et les Gondrans.


Queyras


Le Queyras avait lui aussi été laissé de côté par les programmes précédents, au motif que la faible perméabilité de la frontière dans ce secteur en fait une voie d'invasion très secondaire. Bien qu'approuvant cette façon de voir, MITTELHAUSSER préconise cependant la construction de quelques blocs en renforcement du Château-Queyras et entre les Meyries et Sommet Bucher. Dans la vallée de l'Ubac, il propose l'ajout de quelques blocs à Ceillac.


Ubaye


Le secteur a été largement doté par la CORF. Si le barrage de Larche est considéré opérationnel, celui de Restefond est encore un vaste chantier largement inachevé dont l'achèvement constitue la priorité pour MITTELHAUSSER.

Reprenant là encore les recommandations des programmes précédents (DEGOUTTE, CDF et CORF), il préconise l'extension de l'aile Nord de la position (barrage MOM de la Haute-Ubaye au Chatelet et Fouillouze) et la liaison entre les deux positions de Larche et Restefond à l'aide d'un ouvrage léger MOM aux Sagnes, où était déjà prévu un ouvrage CORF ajourné.

A ceci s'ajoutent :
- des positions d'artillerie préparées en arrière de Restefond
- le renforcement de l'AP préexistant des FOURCHES
- la construction de routes stratégiques (Bayasse-La Moutière en particulier, permettant l'accès à la position de Restefond par Barcelonnette et la route de la Cayolle)
- et la construction d'un grand téléférique supplémentaire alimentant la position de Restefond


15° Région Militaire - Alpes Maritimes


Là encore le SF des Alpes-Maritimes a été largement pourvu. Deux sérieux points faibles demeurent néanmoins et c'est ceux-ci que le MITTELHAUSSER va s'attacher à traiter.

Le premier concerne la Haute-Tinée, où seul l'ouvrage du COL de CROUS (standard CORF - construction MOM) couvre toute la crête entre Restefond et Valabres (COL de VALETTE n'est plus mentionné...). Le général recommande de construire des blockhaus MOM ou STG et des abris alpins aux cols de Jallorgues, du Pal et de Crousette pour compléter la position, avec amélioration des chemins d'accès aux cols de Pal et Jallorgues, et la constitution d'un réseau de transmissions. Pour améliorer la couverture de la haute vallée de Tinée, il préconise la construction d'un ouvrage d'avant-poste nouveau sur la CIME d'ANELLE entre St Etienne de Tinée et St Dalmas. Enfin tout un ensemble de batteries d'artillerie préparées sont prévues, là encore avec leurs pistes de desserte, au dessus du col des Mulines, au Mont Gravières, à la tête du Pommier et au Lauvet d'Ilonse.

Le second - et probablement le plus important des points faibles - est constitué par le massif de l'Authion (orthographié Aution à l'époque). D'atermoiements en réductions budgétaires, ce qui devait être la pierre angulaire Nord-Est de la défense de Nice est en 1937 réduit à sa plus simple expression : trois abris actifs inachevés sur le flanc Est du massif (la BEOLE, la DEA et COL d'AGNON) conçus sur le standard CORF mais construits par la MOM. Ces trois abris sont d'ailleurs un symbole criant des divergences de vues entre la CORF et l'Armée des Alpes sur la manière de tenir l'Authion. La BEOLE et COL d'AGNON sont sur la ligne de défense préconisée au départ par le général DEGOUTTE, sensiblement en avant de la DEA qui est positionné pile sur la crête devant constituer la LPR selon la CORF...

Tout comme pour la Tarentaise, le Gal MITTELHAUSSER obtient de l'Etat-Major l'approbation de l'amélioration des défense de l'Authion avant l'émission de son rapport, en Avril 1938 (DM 4525 2/4-S). Ce projet consiste à compléter l'embryon de défense en cours d'achèvement par un gros ouvrage à PLAN CAVAL à l'angle Nord-Est du massif, un nouveau petit ouvrage à la BAISSE de SAINT VERAN pour protéger les passages en arrière du barrage de la Vésubie, et un bloc STG à la POINTE des TROIS COMMUNES. Eu égard à l'importance tactique de PLAN CAVAL et de la BAISSE de SAINT VERAN, ces deux ouvrages obtiennent eux aussi une dérogation à la règle d'abandon du standard de construction de la CORF. Ce projet "Authion" anticipé prend cependant naturellement sa place dans le programme global du général.

La partie active de ce projet est complétée par un développement des infrastructures :

- route directe entre Lantosque et les Granges de la Brasque.
- tronçon la Déa - route de Sospel à Moulinet
- route de raccordement entre Saint Colomban et Peira-Cava
- construction de positions d'artillerie au dessus de Turini
- l'exécution du programme de transmissions.

Plus au Sud, entre Bévéra et Menton, le programme se limite à la construction de trois blocs d'artillerie ajournés d'ouvrage CORF (bloc de flanquement Sud du MONTE GROSSO, Nord d'AGAISEN et Sud de CASTILLON) - en 3° Urgence ! - pour améliorer les flanquements d'artillerie de la position, la construction d'une casemate CORF dans le ravin de GORBIO et quelques autres améliorations plus marginales :

- création d'un avant-poste simplifié (blockhaus STG) au GOLF de SOSPEL en lieu et place d'un AP classique prévu de longue date mais jamais réalisé.
- renforcement des barrages de route de Menton, Castillon, Giandola et Breil par des blockhaus antichar
- construction d'une dizaine d'abris alpins en tôle métro, d'un téléférique au MONTE GROSSO et amélioration du réseau de transmissions.




Suites données au rapport



Le général MITTELHAUSSER conclut son rapport en soumettant une dernière requête : il demande à ce que l'EMA lui donne un retour sur le contenu de ses propositions avant son départ à la retraite. Ce retour formel intervient fin Juillet 1938 (DM d'approbation 2801 3/EMA-P du 27 Juillet) en même temps que la passation de pouvoir à son successeur, le général BESSON. Le général GAMELIN effectue une visite en 14° et 15° RM au même moment et accorde un premier crédit de 30 millions de F pour accélérer les travaux prévus au "Programme d'Avenir" avec priorité sur l'achèvement des chantiers passés (Fréjus, Restefond, BUFFERE-GRANON...). L'approbation de construction de l'ouvrage du CHATELARD est acquise dans la foulée, le 12 Septembre.

Le général BESSON reprend à son compte rigoureusement et textuellement le travail de son prédécesseur et fait chiffrer l'ensemble des trois urgences tout en demandant instamment l'autorisation d'attaquer la construction de l'ouvrage de la VACHETTE. Le montant estimé du programme, légèrement amendé, est évalué à 200 millions de francs. Ce "Programme des 200 millions" du général BESSON ne diffère que par quelques points de celui de MITTELHAUSSER, lequel conserve de fait la paternité intellectuelle de l'ensemble.

Début 1939, le ministère débloque des crédits et l'autorisation de renforcement du col du Mont-Cenis. Il en est de même pour d'autres éléments de la première urgence du "Programme d'Avenir" comme l'AP du GOLF de SOSPEL, ou certains aménagements logistiques. Mais si tout ne se fait pas en un jour, ce travail de réflexion guidera très largement les constructions futures, y compris durant la drôle de guerre en mettant à profit l'afflux de main d'œuvre militaire. A contrario, des éléments importants du "Programme d'Avenir" ne dépassèrent pas le stade du projet (Casemate de 75mm du fort du Truc, ouvrage de la Cote 2235,...).

Un reproche spécifique peut être fait à ce programme : l'absence de prise en compte de la défense en profondeur. Il ne recommande en effet aucune construction défensive de 2° ligne. A la décharge du Gal MITTELHAUSSER, cela ne faisait pas partie du cadre du travail et cette question ne deviendra réellement d'actualité sur l'ensemble des fronts qu'à la fin de 1938 suite à une succession de directives du Gal GAMELIN et le programme du Gal PRETELAT. Là où les défenses du SD du Rhône doivent en grande partie leur existence et leur configuration au "Programme d'Avenir", la totalité des lignes de 2° position de la défense des Alpes sera conçue après coup, largement durant la période mi-1939 à Juin 1940.




Rédaction initiale : Jean-Michel Jolas - © wikimaginot.eu - Juillet 2019
Sources : SHD - Carton 7N3847, 3V82


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