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Fortification du Sud-Est - le Programme de défense du Sud-Est du Gal DEGOUTTE (1925-1928)






L'origine de la construction du programme défensif du Sud-Est


Le Gal Jean Marie DEGOUTTE prend en charge à son retour d'Allemagne fin 1924 - en temps que membre du CSG - le contrôle et l'inspection des armées du Sud-Est et la supervision des 14° et 15° Régions Militaires (Lyon et Marseille resp.). A ce stade, le front des Alpes est considéré comme un théâtre d'opération secondaire à vocation purement défensive.

La mise en place du régime fasciste en Italie en 1925 et les signes d'agitation à la frontière font évoluer cette attitude de neutralité. Le 25 Février 1926, l'EMA charge le général de "préciser le tracé sur le terrain d’une Position de Résistance de l’armée des Alpes". Ce tracé général de la ligne de résistance avait été défini dans ses grandes lignes, de la Tarentaise jusqu'à Menton, à peine un an plus tôt en février 1925 (DM 259 3/11). Cette décision ministérielle lance le 1er processus formalisé de développement de la fortification alpine de l'après-guerre, plusieurs années avant que la CDF et la CORF ne prennent les choses en main.

Après que DEGOUTTE ait défini le processus à suivre, un ensemble de reconnaissances de terrain et d'exercices des cadres vont permettre sur 1925 et 1926 d'affiner le projet et de définir les détails de l'organisation défensive à prévoir en traitant cependant superficiellement des fortifications à construire en support. Une version intermédiaire et très résumée est introduite pour information dans le rapport de Novembre 1926 au ministre de la CDF comme chapitre IX dudit rapport, sans soulever d'objections à ce stade.

L'étude préliminaire relative à la défense du Sud-Est est finalisé début 1927 et présenté pour approbation au Ministère le 20 Avril suivant (note 136/CSG du Gal DEGOUTTE). Ce document est formellement approuvé le 23 Mai 1927, avec déblocage d'un budget de 8,4 millions de F - auxquels s'ajoutent 5 MF pris sur budget de la 15° RM - pour lancer les études de détail et les premiers travaux uniquement sur la partie relative à la défense de Nice, jugée comme prioritaire.

Dés le 4 Juillet 1927, le général envoie un premier projet (Note n° 252) de ce "programme de défense de Nice", approuvé par Paris au travers d'une DM, le 15 Juillet, sous réserve d'évaluation par la CDF et sous réserve que les deux verrous proposés de Menton et Sospel agissent de concert avec les forts anciens du MT Agel et du Barbonnet respectivement. A la demande du Ministère, le Gal DUFIEUX - adjoint au directeur de la CDF - est donc mandaté pour évaluer ce projet sur le terrain. Il effectue une reconnaissance avec les responsables locaux début Aout, et rend son rapport le 18 Aout. Sur cette base, le Ministère approuve le projet de DEGOUTTE le 31 Aout 1927, mais en le restreignant par économie à une partie du projet de construction initial pour donner le "programme réduit de défense de Nice".

Le Ministère demande dans la foulée en Septembre 1927 (DM 1478 3/11-1) à ce que soit établi un "programme d'organisations défensives et d'aménagement du front" de l'ensemble des zones fortifiées définissant les fortifications à construire globalement sur les Alpes. Ceci fit l'objet de la note n° 511 du 15 Décembre 1927 du Gal DEGOUTTE, détaillant les fortifications à prévoir, leur type et leur localisation sur tout le front Sud-Est. Cette note n° 511 est le document fondateur et explicatif de ce qui aurait pu être la "ligne DEGOUTTE" des Alpes.




Le programme de défense de Nice - 4 Juillet 1927 - et sa version réduite approuvée


Le programme défense de Nice préfigure le programme général des Alpes dans lequel il sera intégré ultérieurement, et marque le lancement des travaux de fortifications modernes dans le Sud-Est.

Le tableau ci-dessous précise ce qui a été proposé initialement par le Gal DEGOUTTE et ce qui a finalement été validé par le Ministère le 31 Aout, constituant le programme approuvé de construction pour 1927-1929.


Programme Réduit de défense de Nice




Programme Réduit de défense de Nice - Carte



L'évolution entre les deux versions successives est partiellement due aux conclusions de la reconnaissance effectuée par le Gal DUFIEUX au début du mois d'Aout. Son rapport est intéressant à plus d'un titre car il décrit de l'intérieur certains débats qui expliqueront les évolutions futures :

  • L'organisation prévue à Rimplas suscite un consensus clair. Elle devra être complétée selon lui de deux blockhaus annexes, dont le plus important est celui du fond de vallée de Tinée car cette zone n'est pas battue correctement de Rimplas.

  • DUFIEUX se fait l'écho de l'intense débat interne aux Alpins qu'il a constaté concernant la localisation du barrage de la Vésubie. Le commandement de la 29° DI recommande de couvrir le confluent de la Vésubie et de la Gordolasque en amont de celui-ci, au nord de Roquebillière et Belvédère ce qui est très couteux en effectif, quand le commandement de la 15° Région souhaiterait barrer à l'économie la vallée plus au Sud entre Lantosque et La Bollène au risque de laisser la place d'arme de Roquebillière aux mains de l'ennemi. DEGOUTTE quant à lui défend une situation intermédiaire, au niveau du plateau de la chapelle St Julien, qui lui semble le meilleur compromis. DUFIEUX soutient cette dernière approche et leur recommandation commune sera de conserver le barrage à la chapelle St Julien au confluent proprement dit, avec couverture à Flaut.

  • L'ouvrage de la Cime du Bosc est lui aussi consensuel car il permet de verrouiller la vallée de la Roya. Mais il est considéré bien trop proche de la frontière, et donc vulnérable. La description de l'ouvrage est néanmoins intéressante, car très représentative de la vision de DEGOUTTE et des Alpins : il est composé d'une galerie linéaire de 300 mètres, avec abri souterrain, accédant à trois paires de casemates pour canon de 75mm sous roc (Roya Nord, Roya Sud et Mt Grazian-Mt Razet). Seules deux pièces sont prévues dans l'ouvrage, à déplacer sur les trois directions en fonction du besoin. L'ouvrage est complété de 3 casemates pour mitrailleuses et des mortiers Stokes. Effectif : 100 hommes, pour un cout de 3 millions. Cette forme de fortification sera en fait textuellement appliquée pour le premier projet de RIMPLAS.

  • Le cas de l'ouvrage de la chapelle St Etienne (ou de Biela tel que nommé ultérieurement) à l'Est de Sospel est lui aussi discuté. Le Gal DUFIEUX serait d'avis de ne pas construire le barrage de la Bévéra à cet endroit, mais sur l'autre versant, au pied du mont Agaisen. Particularité de cet ouvrage, il doit être complété d'une annexe avancée - un petit ouvrage d'infanterie avec mitrailleuses sous roc - au bout de la galerie technique du viaduc de la Basséra juste en face de la sortie du tunnel de Grazian.

  • l'ouvrage du Razet est à supprimer. Selon DUFIEUX, soit on fortifie, soit on ne fortifie pas, mais on évite de faire entre les deux, tel que proposé dans le projet initial des Alpins.

  • Enfin, l'ouvrage de Menton initialement prévu au couvent de l'Annonciade au dessus du Careï ne convient à personne, DEGOUTTE compris. Il est sans vue sur la frontière et la côte, en zone urbanisée et particulièrement visible du Gramondo italien. La Gal DEGOUTTE souhaiterait le reculer juste à l'ouest sur la cote suivante, à un endroit nommé la Ferme Russe. De son côté, DUFIEUX s'est convaincu lors de sa visite des lieux que la "Ferme Russe" n'est qu'un pis aller, et que la meilleure solution est de construire bien plus en arrière sur le Cap Martin. Si initialement ce commentaire n'a pas d'écho car la "Ferme Russe" est finalement choisi, c'est bel et bien cette option Cap Martin qui sera finalement choisie en fin de compte.


  • Ce projet de "Programme Réduite de Défense de Nice" approuvé, le travail peut commencer. Les reconnaissances détaillées sont organisées en Septembre 1927 par les généraux MITTELHAUSSER (29° DI), BECQ (Génie 15° RM), SARAMITO (cdt du SF des Alpes-Maritimes) et le Lt-Col ANDRE (Direction du Génie de Nice). Les dessinateurs se mettent au travail dans la foulée.

    Préfiguration du programme général demandé au Gal DEGOUTTE, ce programme réduit est bien sur intégré tel quel dans le projet global que le général dévoilera le 15 Décembre suivant à la demande du Ministère.

    Pour être complet, il convient de mentionner qu'en marge de ce projet dédié aux Alpes-Maritimes, l'armée des Alpes réserve sur les 8,4 millions octroyés une somme de 400.000 F pour de premiers travaux en Maurienne. Ceux-ci consistent en l'amorce de rectifications de routes militaires (Termignon-Replat des Canons par exemple) et la création de deux couples abri-casemate à la Turra et au col d'Arrondaz.




    Contenu du programme d'organisations défensives Sud-Est - 15 Décembre 1927


    Principes directeurs


    Basé sur les réflexions déjà menées lors des études et reconnaissances de 1925 et 1926, les principes à appliquer pour ces organisations défensives sont les suivants :

  • Création sur la ligne principale de résistance, donc au plus près de la frontière, de zones fortifiées (1)(2) appuyées sur les massifs montagneux impénétrables. Ces zones sont constituées de centres de résistances composés d'un ensemble de points d'appuis. Des points d'appuis isolés à des endroits de passage moins critiques sont admis.

  • L'organisation prévue est établie en profondeur, avec ligne d'arrêt, positions de barrage et bretelles éventuelles en arrière des saillants.

  • les zones passives entre les zones fortifiées ne sont tenues dans leurs parties perméables que par des éléments légers de troupes de montagne spécialisées.

  • Un point d'appui est constitué essentiellement de :
    - petits ouvrages d'infanterie : essentiellement des blockhaus ou paires de blockhaus éventuellement reliés à un abri par communication souterraine. Ceci forme l'ossature principale. L'armement prévu est à base d'armes automatiques et d'engins à tir courbe (mortiers Stokes ou 81mm par exemple). Il accueille jusqu'à une trentaine hommes.
    - fortins : petit ouvrage d'infanterie auquel on adjoint une ou deux casemates d'artillerie (une par direction) pour canon de 75mm. Dans l'esprit du type de fortification de ce programme, les fortins sont des exceptions à construire aux endroits stratégiques. Par exemple, l'ensemble du front des Alpes n'en comporte que 5. L'effectif de fonctionnement est de 80 hommes environ.
    - batteries cavernes : soit par modernisation de batteries caverne existantes (Janus) ou bien nouvelles.
    - batteries à l'air libre en soutien arrière du point d'appui. Elles peuvent être pourvues d'un abri pour l'effectif.
    - abris pour troupes d'intervalle et PC. Ces installations accueillent l'équivalent d'une section (50 hommes).
    - observatoires. Les plus importants sont munis d'un abri caverne intégré pour 30 hommes (observateurs, télégraphistes, gardes…)

  • Les formes de fortification sont simplifiées, permettant une construction rapide et à moindre effort. Les blocs actifs seront autant que possible établis en caverne pour minimiser l'usage du béton. Elles ressemblent à ce qu'on peut voir dans les avant-postes des Alpes qui en sont l'application à posteriori.

  • Le mode de réalisation est mixte : les plus importantes réalisations seront à la charge d'entreprises civiles, les aménagements légers, ou avancés, ou en zones passives seront à la charge de la Main d'Œuvre Militaire (MOM)


  • La demande du Ministère est en outre de réutiliser autant que faire ce peut les fortifications déjà existantes sur le front, héritées de l'ère Séré de Rivières. Le Gal DEGOUTTE et les Alpins suivront cette recommandation à la lettre, tant pour accueillir de nouvelles organisations défensives de 1e ligne que pour installer des organisations de deuxième ligne ou de soutien.

    Du point de vue de l'équipement logistique ou arrière sont prévus la :

  • Création de nombreuses rocades de liaison permettant la mobilité des troupes parallèlement au front ou vers les zones fortifiées.

  • Création de téléfériques permettant un approvisionnement en tous temps des points d'appui ou des centres de résistance

  • Création de casernements avancés pour permettre une occupation rapide des points d'appui.


  • Le rapport n° 511 renvoie - pour mémoire - à des études ultérieures un certain nombre de points importants tels que l'établissement de destructions permanentes, de dépôts de temps de paix de munitions et matériels… et élude les questions d'effectifs nécessaires en temps de paix et de mobilisation - calculés par ailleurs comme bien supérieurs à l'effectif prévu de l'Armée des Alpes... -, ainsi que la nécessaire priorisation de l'effort. Le chiffrage global n'est pas établi non plus. Tous ces éléments seront largement reprochés par les instances décisionnelles.

    Voici plus précisément l'organisation prévue :


    Tarentaise


    La ligne principale (LPR) en Tarentaise se développe des Chapieux jusqu'à Villaroger en suivant peu ou prou le rive ouest des cours d'eaux (torrent du Versoyen et Isère). Elle se compose de deux centres de résistance (CR) autour de Bourg St Maurice (CR du Truc et de Courbaton). Deux points d'appuis d'ailes sont prévus, l'un aux Chapieux pour verrouiller la descente du col de la Seigne, et l'autre à Villaroger pour interdire le vallon de la Sassière et la descente du col du Mont.

    Une deuxième ligne de défense est constituée juste en arrière, s'appuyant sur les anciennes organisations de l'ère antérieure (La Platte, Truc, Vulmix, Courbaton, les Têtes).

    La LPR est couverte en avant par une position de couverture avancée dans les pentes à l'Est de Séez.

    Programme Degoutte - Tarentaise




    Cette position ne fera pas particulièrement débat lors de rencontres de validation de la CDF. Elle sera largement reprise avec quelques nuances par la CDF et la CORF après 1930.

    La liaison entre position de Tarentaise et de Maurienne sera par contre moins consensuelle. Si la CDF finit par admettre la proposition de DEGOUTTE d'une position de haute montagne passant par la Haute-Isère, les pentes ouest du col de l'Iseran, les glacier de Méan-Martin se raccrochant aux défenses de Maurienne à la Madeleine au-dessus de Lanslebourg, cette approche sera finalement changée par la CORF qui contre-propose en 1931 un tracé nettement plus court par le col du Palet, le col de la Vanoise avec raccordement à la Maurienne à Modane, abandonnant ainsi toute la Haute-Maurienne aux troupes de couverture.


    Maurienne


    Le tracé de la LPR en Maurienne est au plus proche de la frontière pour l'essentiel. Il se développe de la Madeleine au col du Mont Cenis, puis coupe au plus court le saillant de haute vallée d'Ambin pour retrouver la frontière jusqu'aux cols de Fréjus, Roue, Vallée Etroite. La position est composée de trois centres de résistance : le CR du Mt Cenis, composé de deux PA à la Turra et au Mt Froid, le CR de l'Hortière-Planay avec deux PA sur ces localités et une position à l'Esseillon, et enfin le CR de Fréjus avec 4 PA à Arrondaz (couvrant le col de Fréjus) et Lavoir (couvrant les cols de la Roue et de la Vallée Etroite), Modane (2e position et verrouillage de la vallée), l'Arplane (2e position et verrouillage des cols du Sud). La haute vallée est couverte par un petit PA d'aile isolé à la Madeleine, entre Bessans et Lanslebourg.

    La 2e position, parallèle à la vallée et la frontière, se porte du glacier de Méan-Martin à la dent Parrachée puis le col d'Aussois avant de se rabattre sur le Sapey, Modane et le plateau de l'Arplane.

    Il n'y a pas de position avancée, car la LPR est déjà sur la frontière, par contre une bretelle faisant barrage intermédiaire dans la vallée est prévue entre Dent Parrachée et l'Hortière en passant par Aussois et les forts de l'Esseillon.

    Programme Degoutte - Maurienne




    Là encore, le tracé est repris sans changement majeur par la CDF en Février 1929, considérant celui-ci comme inévitable malgré sa proximité de la frontière. Il sera par contre amplement remis en cause par la CORF en 1930 pour raison d'économie. Les positions du Mt Cenis et d'Hortière-Planais sont abandonnées au profit d'un repli de la LPR sur Modane.


    Briançonnais et Queyras


    La défense du Briançonnais se concentre de part et d'autre de la ville, avec un centre de résistance annexe en Queyras au Sud. La position principale part du col des Rochilles (avec un PA en verrou de l'accès à la rocade du Galibier), puis sur le versant Névache-Clarée du massif Galibier-Granon. Ce massif est relativement peu perméable dans le nord, donc seul un PA est prévu à mi pente sous le col du Chardonnet. La partie sud est poreuse et il y est donc prévu un grand centre de résistance Buffére-Granon avec deux PA importants descendant quasiment jusqu'à la Clarée, avec ligne principale à peu prés à mi pente de cols. La 2e ligne passe par la ligne de crète elle-même et les cols. En avant de la ligne principale, un môle défensif fortifié est prévu sous l'ancien fort de l'Olive avec deux batteries cavernes, l'une de 4 pièces à l'Olive couvrant le col de l'Echelle, et l'autre de deux pièces sous la batterie du Sapey couvre le col des Acles.

    La défense du sous-secteur sud est étagée entre la Vachette en fond de vallée et les pentes du Lasseron au dessus des Aittes en s'appuyant sur le plateau en avant du massif des Gondrans et le sommet du Chenaillet, qui surplombe la frontière. Ce centre de Résistance Montgenèvre-Gondrans est composé de quatre points d'appuis (Vachette en verrou de vallée, Janus sur les pentes surplombant le col du Montgenèvre, Gondrans en protection du vallon montant du col de Montgenèvre, et Cervières avec le Chenaillet en point fort). Le CR est couvert par la batterie caverne modernisée du fort du Janus et une batterie caverne frontale à construire sous le sommet 2232 interdisant les cols frontière de Gimont, Bousson et Chabaud.

    Une ligne d'arrêt est à préparer à la mobilisation en arrière de Briançon (Prorel, Villar St Pancrace, Fort de la Croix de Bretagne, Grande Maye, Lauzette), utilisant les anciens forts et ouvrages de la ceinture de Briançon.

    Programme Degoutte - Briançon Nord



    Le CR annexe de Château Queyras est composé de 2 PA, au Bois Noir (Nord du Guil) et sur les pentes Est du sommet Bucher (Sud du Guil), complétés d'un réduit à Château Queyras. A l'inverse des autres secteurs, on est là très éloigné de la frontière. Le choix fait par les Alpins est cependant logique : la haute vallée n'est pas d'un intérêt stratégique important et se trouve très excentrée en enclave du territoire italien. Une défense à Abriés serait mal desservie et isolée. La ligne principale de défense est juste suffisamment avancée pour protéger l'importante rocade routière du col de l'Izoard


    Programme Degoutte - Briançon Sud




    Cette position dans la partie nord du Dauphiné sera fortement contestée par la CDF début 1928 car généralement jugée trop proche de la frontière et donc vulnérable à une attaque brusquée. C'est particulièrement le cas dans la partie centrale entre Janus et Chenaillet qui fera l'objet d'une discussion acharnée entre la CDF, le Mal PETAIN et le Gal DEGOUTTE. La CDF aura gain de cause et la position sera reculée sensiblement sur tout le parcours entre les Rochilles et les Aittes, sauf au niveau de la Vachette. Les successeurs conserveront cependant plusieurs dispositions proposées par DEGOUTTE :

  • Le fort de l'Olive sera en effet équipé d'une batterie caverne avancée.

  • La casemate d'artillerie du fort du Janus sera effectivement modernisée par intégration dans l'ouvrage CORF.

  • La batterie caverne sous le sommet 2232 ne sera pas réalisée, mais un ouvrage sera tout de même prévu à cet endroit qui commande les cols frontaliers.

  • enfin, le Chenaillet sera traité tel que proposé par PETAIN au travers d'un avant-poste… qui sera lui-même mis en attente jusque tardivement.


  • Le Queyras ne verra pas de changements ultérieurs majeurs, la position proposée donnant satisfaction à tout le monde. Cette zone étant d'une criticité inférieure, elle sera placée en 2e cycle pendant la décennie suivante. Les positions construites à la mobilisation reprennent néanmoins textuellement ce qui était prévu par les Alpins. On ira même construire un point d'appui avancé à Abriés.


    Tournoux et annexe des Fourches


    La liaison entre Queyras et Ubaye s'établit sur les sommets entre le Sommet Bucher, la Tete de la Cula puis les crêtes au dessus - Nord-Ouest - de la vallée de l'Ubaye jusqu'aux pics de Font-Sancte.

    La zone fortifiée de Tournoux (Ubaye) comporte trois grands centres de résistance.

  • Le CR de l'Ubaye, avec position de résistance à la Blachière et dans le vallon de Fouillouze (Plate-Lombarde). Il est composé de deux PA (Blachière et Fouillouze) et d'un réduit à Grande-Serenne/le Chatelet.

  • Le CR de l'Ubayette, avec position de résistance par Viraysse, Larche et la crête de Roire. Il est constitué de quatre PA, les PA avant de Roir-Alp (incluant la position de Viraysse), de Mallemort et de Certamussat, soutenus par un PA réduit à Meyronnes formant 2e ligne, intégrant les redoutes de Roche la Croix.

  • Un CR annexe au Sud au niveau des Fourches, avec deux points d'appui : PA des Fourches au Nord, englobant les anciennes organisations d'avant guerre, et PA de las Planas au sud, faisant liaison avec la 15° Région Militaire et la Région Fortifiée de Alpes Maritimes.


  • Programme Degoutte - Tournoux




    Les deux premiers centres de résistance sont suffisamment éloignés de la rocade Guillestre-Col de Vars-Jausiers/Barcelonnette-Col de la Cayolle-Nice pour en assurer la protection et la liberté d'usage à distance. Cette contrainte amène cependant la ligne principale de résistance très proche de la frontière en Ubayette, ce qui sera sérieusement reproché au projet.

    Tout comme en Queyras, la très haute vallée de l'Ubaye - fort peu perméable - est à priori abandonnée à l'ennemi.

    Le centre des Fourches, annexe sud de celui de Tournoux comme celui du Queyras l'est pour Briançon, est là encore au plus près de la frontière pour interdire des infiltrations ennemies vers la rocade du col de la Cayolle et vers la moyenne-Ubaye. Cette défense est alors estimée par les Alpins comme plus difficile à partir du massif de Restefond. La position vise à interdire directement les cols du Fer et de Pouriac vers lesquels les italiens sont en train de construire des pistes carrossables. Une seconde ligne double la ligne principale et rejoint la crête principale de Haute-Tinée, où elle se raccorde à la seconde ligne de la RF des Alpes-Maritimes.

    Programme Degoutte - Les Fourches




    Une ligne d'arrêt est enfin prévue sur la forteresse de Tournoux. Le Gal DEGOUTTE reconnait cependant que celle-ci ne permet pas la conservation de la rocade Col de Vars-Ubaye-Col d'Allos et Restefond.

    Cette partie du Tournoux-Fourches du projet sera littéralement taillée en pièces par la CDF, qui reproche là encore la grande vulnérabilité et le développement excessif de la position. La crainte de la commission est de voir toutes ces positions capturées ou neutralisées par l'adversaire avant même que les troupes de défense n'aient eu le temps de s'y installer correctement. Comme souvent dans ce type de conflit de chapelle, le Mal PETAIN arbitrera à la Salomon en donnant raison aux deux parties : il valide le tracé alternatif plus éloigné de la frontière et plus court proposé par la CDF tout en accordant aux Alpins la possibilité de couvrir leur position proposée par des avant-postes. Ainsi, les projets suivants de la CDF et de la CORF concernant l'Ubaye s'écarteront sensiblement de ce projet de 1927.


    Région fortifiée des Alpes Maritimes


    Les Alpes-Maritimes acquièrent le statut de Région Fortifiée dans le projet du Gal DEGOUTTE car la grande perméabilité du relief, additionné à un tracé de frontière totalement défavorable à la France, vont l'amener à proposer une organisation pratiquement continue entre Tinée et Menton. La Haute-Tinée, jonction avec la 14° Région Militaire et massif montagneux un peu moins perméable, est traitée spécifiquement.


    Haute-Tinée


    Conformément à la tactique des Alpins, le ligne principale de défense est tracée au plus près de la frontière, juste derrière le cours de la rivière, du moins tant que la frontière n'atteint pas celle-ci entre Isola et Valabres. A cet endroit, la position se décale à flanc du Mt Gravières. La ligne principale demeure une position théorique à organiser légèrement au moment du besoin. Seuls quatre PA légers et isolés sont prévus à St Dalmas (incluant le col de Jallorgues), Col du Pal, Col de Crous et Beuil. Encore faut-il se méfier de ces noms car au moins pour les cols et Beuil ils mentionnent le réduit ultime du PA, les principales défenses étant très en avant de ces points.

    Le verrou principal de la vallée est le CR de Tinée, autour de Marie et Rimplas. Ce Centre de Résistance est composé de trois PA, le PA de Rimplas avec un fortin à construire à la chapelle de la Madeleine en arrière du village, le PA de la Colminane surplombant la Vésubie et enfin le PA de Marie, servant de réduit à l'ensemble. Ce fortin de la Madeleine est l'ancêtre de l'ouvrage de Rimplas, et est déjà retenu comme prioritairement à construire dans le cadre du Programme Réduit de Défense de Nice.

    Une ligne d'arrêt est prévue, là encore à organiser au moment du besoin juste sur l'arête principale de séparation des eaux entre Tinée et Var. Les cols principaux sur cette ligne d'arrêt sont néanmoins équipés d'une casemate comme réduit des PA mentionnés ci-dessus.

    Programme Degoutte - Tinée




    Là encore, le tracé proposé va être contesté par la CDF en 1928, qui placera ultérieurement sa position principale de défense sur la deuxième ligne de DEGOUTTE, à savoir la ligne de crête des cols. Le rationnel derrière cet avis opposé est que la Haute-Tinée est considérée totalement indéfendable car facilement accessible de l'Italie en un rien de temps et aisément verrouillable dans le défilé de Valabres. La valeur de la haute vallée n'est pas telle qu'il faille y stationner des troupes en permanence comme proposé par les Alpins. La CDF puis la CORF proposeront plutôt de d'installer les détachements avancés à Guillaumes et Beuil, permettant d'armer rapidement les défenses des cols avant que les italiens n'y arrivent.

    A contrario, le CR de Rimplas ne soulève pas d'objection tant il est logique, à la croisée de la Tinée et du Valdeblore. C'est heureux car au moment de ce débat l'ouvrage de Rimplas avait déjà commencé à être construit, approuvé par ailleurs par le ministère...


    Vésuvie - Authion


    La vallée de Tinée et celle de la Vésubie sont séparées par le massif du Tournairet. La ligne principale proposée par le Gal DEGOUTTE s'étage sur les flancs du massif, de la Colmiane jusqu'à Belvédère puis remonte vers le col de Raus et englobe le massif de l'Authion par le vallon de Caïros, la Béole, le vallon de la Maglia et enfin le col d'Agnon. La deuxième ligne de défense (ligne d'arrêt) passe par Tournairet-Col du Fort, puis à la Bollène et enfin par une ligne Cime du Tueis-Authion-Plan Caval-Cimes de Ventabren et enfin par le massif Gonella-Arboin.

    La vallée de Vésubie, incluant le massif du Tournairet est organisé en Centre de Résistance (CR de Vésubie), composé de trois PA là encore. Les deux PA frontaux sont ceux du Tournairet (avec organisation du col du Fort et des Granges de la Brasque), et du plateau de Flaut (avec organisations sur le plateau, en fond de vallée à la chapelle St Julien et à Castel Vieil). Un PA arrière, formant réduit et ligne d'arrêt, est constitué à la Bollène.

    A la droite du CR de la Vésubie se trouve le CR de l'Authion (ou Aution comme on l'écrivait à l'époque). Ce CR est important car il constitue le pilier angulaire de la ligne de résistance des Alpes-Maritimes. Il forme verrou devant l'enclave de la vallée de la Roya partiellement française. A partir de l'Authion, la ligne défensive s'oriente plein sud vers la côte. Ce CR est aussi composé de trois PA : le PA de l'Authion au Nord, couvrant le col de Raus et avec organisations sur le sommet éponyme et à Camp d'Argent, le PA de la Béole, intégrant le 2eme fortin de la Région à la redoute de la Béole, ainsi que des organisations arrières à Plan Caval

    Programme Degoutte - Vésubie-Authion




    Le fortin de la Béole est prévu avec de l'artillerie sous roc permettant de battre la haute-Roya, alors territoire italien.

    Ce tronçon est là encore âprement discuté lors de la revue par la CDF. Il est approuvé selon les recommandations de la commission, légèrement en arrière du tracé DEGOUTTE, notamment au niveau de l'Authion. Le barrage proprement dit de la vallée de Vésubie - déjà étudié dans le cadre du "Programme Réduit de défense de Nice" établi quelques mois plus tôt - est d'ailleurs laissé relativement dans le flou car les autorités concernées de la 15° Région différent quant à sa position exacte. L'état-major local et la 29° DI hésitent entre fortifier en avant du confluent de la Gordolasque à la Chapelle St Julien à Roquebillière ou établir cette position en arrière de là à Lantosque. DEGOUTTE a de son côté une préférence marquée pour le plateau de Flaut, entre les deux, mais cette position est déconseillée par la Direction du Génie qui met en avant le terrain géologiquement peu propice. Ce sont ces atermoiements qui empêcheront le chantier local de démarrer en même temps que celui de Rimplas.


    Sospel - Menton


    Le dernier tronçon de l'organisation défensive des Alpes longe la frontière pratiquement en ligne droite depuis le col d'Agnon jusqu'à la mer à l'embouchure du Careï, à l'ouest de Menton. La position principale passe par le col de Brouis, celui de Perus, le golf de Sospel, puis gravit les pentes jusqu'au sommet du Mt Razet. Elle descend ensuite vers le cours du Careï dont elle suit la rive droite jusqu'à la mer.

    Programme Degoutte - Sospel-Menton




    En avant de cette position, le sommet du Bosc est tenu par un des rares fortins de l'organisation globale dont les créneaux pour canon de 75mm prennent en enfilade la vallée de la Roya vers le nord et le sud. En arrière, une ligne de soutien suit la crête Mangiabo-Agaisen-Torraca puis remonte vers le Barbonnet, le plateau de Segra, Mt Orso, Siricocca, Ste Agnès puis Roquebrune et le cap Martin. Ce dernier accueille - donc en 2e ligne - le dernier fortin des Alpes au-dessus du tunnel du Cap Martin avec action frontale au canon de 75mm.

    Une position de barrage est prévue d'être établie en arrière à la mobilisation, intégrant certaines des anciennes défenses de Nice, dont le fort du Mt Agel et les chiuses de Bauma Negra et St Jean la Rivière et le fort de Picciarvet. Le projet ne précise rien de plus sur cette position de barrage par manque de temps.

    Trois centres de résistance sont prévus entre Authion et mer :

  • le CR de Sospel, avec quatre points d'appui (PA) à Mangiabo et St Etienne en 1e ligne et Agaisen et Barbonnet en 2e ligne. Le PA du Mangiabo est le plus important, avec le fortin de la Cime du Bosc, cinq petits ouvrages d'infanterie au Mangiabo, au Col de Brouis et au col de Perus, quatre abris caverne et deux PC/abris.

  • le CR d'Orso, avec 3 PA dont Castillon et Garuche en 1e ligne et Orso en 2e ligne.

  • le CR de Menton, avec les PA de Ste Agnès et Menton en 1e ligne, et le PA de Roquebrune-Cap Martin en 2e ligne. Ce CR intègre le fortin du tunnel de Cap Martin et un ensemble de batteries préparées autour du Mt Agel.


  • Ce tracé sera rejeté par la CDF car jugé trop proche là encore de la frontière, notamment au niveau du Mr Razet et propose de se reculer sur le col de Castillon. Par ailleurs, des reconnaissances subséquentes faites par le Génie de Nice dans le cadre de la conception de l'ouvrage de la Ferme Russe (programme réduit de Nice) montrèrent qu'il était quasiment impossible de fortifier les faubourgs ouest de Menton tel que prévu du fait du peu de vues et de l'urbanisation. Ceci amena la CDF à ramener la LPR vers l'arrière sur l'ancienne 2e position du Gal DEGOUTTE, entre le village de Castillon et le cap Martin.


    Bilan chiffré


    Le total représente 381 organisations fortifiées (voir document joint) dont 5 fortins, 6 batteries sous roc, 160 petits ouvrages d'infanterie et 103 abris cavernes, le tout dispersé de Bourg St Maurice à Menton. Et c'est sans compter 200 kilomètres de routes nouvelles à établir, 225 km à améliorer et une bonne quinzaine de téléfériques militaires à haute capacité, dont le premier (Moulinet-Cabanes Vieilles) est déjà à l'étude.

    Le projet, tel que présenté par le général, ne contient pas de priorisation formelle de cet effort, ni de chiffrage global. La Gal DUFIEUX, mandaté une nouvelle fois pour évaluer le travail estime en Janvier 1928 l'ensemble entre 550 et 650 millions de Francs et propose une priorisation en mettant l'accent sur les Alpes Maritimes et la Maurienne. Dans un 2e temps, vexé par l'accueil critique du projet et le commentaire sur le manque de chiffrage de celui-ci, le Gal DEGOUTTE annoncera en Février 1928 une évaluation à 330 millions (Note 44/S du 22/02). Ce chiffre est contesté par la CDF lors de la réunion CDF du mois de Mars, et considéré à la limite du sérieux.




    Les suites données au projet DEGOUTTE


    Le projet général d'organisation défensive du Gal DEGOUTTE est purement et simplement rejeté en Mars 1928 lors d'une réunion plénière de la CDF en même temps qu'il lui est annoncé que celle-ci prend le contrôle des destinées de la fortification Sud-Est. Le désaveu est brutal et avant tout l'œuvre du Gal DEBENEY (alors chef d'état-major général).

    DEGOUTTE parvint néanmoins à convaincre PETAIN en 1930 de lui faire accorder des moyens et de la main-d'œuvre militaire pour construire des avant-postes selon ses vues. Quand on examine de près leur localisation et leur forme, on ne peut que constater l'incroyable concordance de ceux-ci avec les points que la CDF avait jugé ne pas devoir retenir du programme de 1927 !

    Ces avant-postes de Alpes sont donc rien d'autre que la concrétisation de la "ligne DEGOUTTE". Petite victoire à postériori.

    Les constituants du "Programme Réduit de Défense de Nice", financés par les 13,4 millions de 1927 eurent des destinées diverses.

  • L'ouvrage de la Ferme Russe fut finalement abandonné pour les mêmes raisons que celui de l'Annonciade et remplacé par celui du Cap Martin. L'étude d'un nouvel emplacement est demandée par l'EMA dés Novembre 1927, et Cap Martin est alors proposé par la DG de Nice en Janvier 1928 au Gal MITTELHAUSSER (29° DI). Quand la CDF prend contrôle du développement des fortifications sud-est ce changement est validé en Juin 1928 car parfaitement conforme aux vues de la commission… La graine plantée par le Gal DUFIEUX en Aout 1927 avait fini par germer.

  • L'ouvrage de la Chapelle St Etienne (ou Biela) connait un sort similaire. Les doutes quant à sa localisation se multiplient suite à la reconnaissance du gal DUFIEUX d'Aout 1927 et ses commentaires. Ces doutes internes à l'armée de Alpes sont entretenus par la mise en évidence qu'il est impossible de construire sous roc à cet endroit car le terrain est fait d'éboulis - les ouvrages cavernes ont la préférence des Alpins comme on le sait -. Bien que les projets se succèdent concernant cet ouvrage jusqu'en septembre 1928, avec un immense bloc bétonné frontal, la DG de Nice va malgré tout chercher plusieurs localisations alternatives permettant de revenir "sous roc". Elle fixe son choix finalement sur le mamelon de St Roch au pied du Barbonnet. La prise de contrôle de la CDF étant intervenue dans l'intervalle, celle-ci valide la localisation de St ROCH - la encore pile conforme à ses vues quant à la ligne à tenir - et le projet d'ouvrage de St Etienne/Biela passe à la trappe.

    Promontoire St Etienne


    Localisations respectives de l'ouvrage de St Etienne et de St Roch


    La 15° Région Militaire (Gal MANGIN) s'accroche cependant à la construction de l'ouvrage d'infanterie annexe avancé de la galerie de service du viaduc de la Bassera tant qu'elle le peut, prenant même le risque d'affronter frontalement la commission. MANGIN ordonnera ainsi formellement par note du 7 Janvier 1929 à la DG de Nice de continuer les études alors que l'instruction de l'EMA d'arrêter ces études venait de tomber. Il n'aura pas gain de cause.


  • Galerie de service de Grazian


    L'issue de la galerie de service du viaduc de la Basséra. Elle devait accueillir une casemate mitrailleuse. Une deuxième était prévue à côté et un poste projecteur/observation était à aménager au-dessus pour surveiller la sortie du tunnel de Grazian.


  • La localisation précise de l'ouvrage de barrage de la vallée de Vésubie reste en suspens plusieurs mois après approbation du programme réduit du fait là encore de divergences de vues internes aux troupes alpines. La localisation de Lantosque est rejetée dés Décembre 1927, suite à une nouvelle reconnaissance du Gal MITTELHAUSSER, car elle entrainerait l'abandon à l'ennemi de la rocade Turini-La Bollène alors en construction. Le promontoire de la Chapelle St Julien est donc préféré - tel que le recommandait DEGOUTTE -, mais on se rend vite compte que les vues de là sont très limitées, tant sur la Gordolasque que sur la Vésubie. Force est donc de changer l'approche : on fortifiera sous roc le mamelon en face de la scierie de Gordolon pour barrer la vallée, avec blockhaus d'arrêt à la station de la Bollène, et enfin un ouvrage de protection sur le plateau de Flaut. Cet ouvrage à Flaut devra être armé de deux mortiers de 150T, deux Stokes, et deux groupes de mitrailleuses jumelées, avec observatoire et liaisons optiques. Les choses n'en restent malheureusement pas là, car les premiers sondages effectués à Flaut en Juin 1928 - en même temps que débute le chantier de RIMPLAS - montrent la très mauvaise qualité du terrain. Cela remet en cause les décisions de construction au titre du "Programme Réduit" juste au moment de la transition avec la CDF, qui en profite pour reprendre la main sur ce dossier et le mettre en attente de décisions globales relatives à son propre programme pour les Alpes. Les Alpins ont laissé passer leur chance, place à la CDF… Il faudra une nouvelle reconnaissance conjointe des Gaux BIRCHLER et BELHAGUE sur place en Mai 1929 - presque un an plus tard - pour que la décision de construire le couple FLAUT-GORDOLON soit confirmée (DM 1715 3/11-1 du 26 Juillet 1929) à l'exclusion de toute autre construction.


  • Promontoire St Julien


    Promontoire de la chapelle St Julien


  • Les batteries préparées de la Lavina et des dessous du Mont Agel (plateau de Fontbonne) sont elles aussi supprimées à la faveur de cette période troublée de passation de responsabilité. Les premiers projets techniques de ces deux batteries (et de l'annexe de celle de la Lavina à Brouis) émis préalablement en Février-Mars 1928 sont pharaoniques : on y trouve casernements et magasins souterrains pour 80 hommes reliés par communication souterraine, emplacements bétonnés protégés, etc. De vraies batteries de côte… La délégation technique de l'artillerie et du génie désignée pour évaluer ces projets les rejette en bloc en Juin 1928 : trop couteux, trop concentré, trop luxueux… Un deuxième projet établi en fin d'année 1928 est à son tour rejeté de facto. Bref, tout se passe comme si les autorités centrales essayaient de jouer la montre. La CDF fait finalement supprimer le projet de la batterie de Fontbonne en Mai 1929 (Note 56/FA du Gal BELHAGUE) car jugé redondant avec l'ouvrage d'artillerie maintenant prévu sur le plateau du Mont Agel, juste au dessus. Celle de la Lavina le sera elle aussi, au profit de la construction prévue par la CDF d'un vrai ouvrage d'artillerie - identique en principe à celui du Mt AGEL - sur la tête de Lavina.

  • Finalement, seul l'ouvrage de RIMPLAS aura gain de cause et survivra à la prise de contrôle de la CDF. Sa localisation faisant consensus, les études et la passation de marché - en Mars 1928 - peuvent se faire avant que la CDF n'y mette son grain de sel. Le lancement du chantier met donc la CDF devant le fait accompli car cette dépense correspond à un programme qui a eu l'approbation ministérielle précédemment. Le premier avant-projet de la DG de Nice (28 Janvier 1928) est d'ailleurs simplissime, et typique des vues locales : Il s'agit d'une longue galerie rectiligne avec entrée arrière pour camion et téléférique desservant deux casemates sous roc pour un canon de 75mm (seule concession à la modernité : les pièces sont maintenant à demeure !), quatre locaux caverne pour groupes de mitrailleuses, quatre postes de tir protégés pour mortiers Stokes montés sur plateformes roulantes, et des postes optiques et pour projecteurs. Pour permettre des locaux de combat sous roc, le sommet doit être délardé sur le pourtour de manière à ce que cet escarpement accueille les embrasures. Un observatoire est prévu au sommet. On est là exactement dans la lignée des formes de fortification préconisées par le Gal DEGOUTTE : peu important, en caverne, et avec armement banal. Le contenu technique du projet est approuvé par le ministère le 3 Mai 1928. Les travaux débuteront sur cette base par le percement de la galerie centrale et par l'escarpement.


  • Du programme réduit de défense de Nice il ne reste en fin de compte que l'ouvrage de Rimplas, le téléférique Moulinet-Cabanes Vieilles, la route Peille-Mt Ours et les casernements de Lantosque et Breil. Et encore, l'ouvrage de Rimplas - après un long flottement de près d'un an durant lequel le Lt-Col ANDRE se démènera pour avoir des décisions du Ministère sur ce qu'il y a lieu de faire - aura t-il finalement une forme très "CORFienne" qui n'a plus rien à voir avec la vision qu'en avait les Alpins au départ.

    Concernant le programme général de défense des Alpes, il convient de rajouter à cette liste "réduite" les casemates sous roc pour canons de 75mm du fort de l'Olive et du fort de la Turra et l'abri caverne sous le col d'Arrondaz en Savoie (disparu de nos jours).



    Notes :
    (1) les zones fortifiées identifiées par DEGOUTTE sont la Tarentaise, la Maurienne, le Briançonnais, le Queyras, l'Ubaye, et les Alpes-Maritimes.
    (2) le terme initialement employé de "régions fortifiées" est banni par l'EMA car déjà utilisé sous une autre acceptation par la CDF pour le Nord-Est.

    Rédaction intiiale : Jean-Michel Jolas - © wikimaginot.eu - Février 2020

    Sources :
    SHD, cartons 7N3826, 7N3827, 4V1509



    © 2020 -Tous droits réservés wikimaginot.eu - Cette page a été mise à jour le 18/02/2020




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