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Plateformes de campagne de canons 75 Mle 1897

(Plateformes pour 75/97)






Avec la disparition de la CORF, de nombreuses réalisations on été confié à la MOM, bien que cette pratique soit déjà la règle en montagne pour les troupes alpine qui participent chaque année à des campagnes estivales d’aménagement des sites.

Dans de nombreux écrits, on retrouve des aménagement de canons de 75 mm sur plateforme Arbel. Or celle-ci a été développée postérieurement à l'équipement et à la transformation des forts alpin pour ces pièces d’artillerie. Et dans ce type de montage, le but est de donner à la pièce un champ de 360° dans une fonction "anti-char", ce qui est très utile sur un objectif mobile, mais le tir à débouché 0 lui retire une grande partie de sa portée. La confusion est souvent faite avec ce montage.

Plateforme Arbel


Retirer du champ d'action aux pièces fixes est contre productif dans la fortification. Mais l'emploi de plateforme se révèle indispensable pour accélérer le tir, en assurer la précision tout en diminuant la fatigue des servants. Des dispositifs antérieurs à 1935 - et obsolètes dans la lutte anti-char - furent rendus disponibles pour la fortification de campagne où de complément.

Ils s’agit des équipements suivants :

  • La plateforme à lambourde d'ancrage datant du fin de la grand guerre ( autre terminologie, plate-forme à lambourde d'ancrage),

  • La plateforme cuve datant du début des années trente et souvent nommée par erreur « plateforme à lambourdes d'ancrage » dans certains écrit ( autres terminologies : plate-forme cuve ou plateforme à cuve).


  • Nota : Les matériel de 75 mm modèle 1897/33 installé sans roues mais avec ses bêches sur simple support métallique sous casemate et les pièces 75 mm modèle 1897 sur affût de forteresse (casemates de Bourges) hérité des fortifications Séré de Rivières ne font pas partie de cette étude.


    Présentation de la plateforme à lambourde d'ancrage

    Description de la plateforme.

    La plateforme comprend :

  • un support de roues,

  • une lambourde d'ancrage,

  • un dispositif d'attache de l’affût,

  • un sabot de crosse.


  • Le support des roues est posé sur le sol; il se compose de deux sommiers de roues réunis par un madrier de pivot.
    Les sommiers de roues portent deux guides circulaires de roues et deux coins articulés destinés à former plan incliné pour monter la pièce sur la plateforme.
    Le madrier de pivot porte un pivot sur lequel se fixent les tirants de la lambourde d'ancrage et le collier du dispositif d'attache de l'affût.
    La lambourde d'ancrage - madrier de bois - sert à assurer l'immobilité de la plateforme et de la pièce pendant le recul du tir; elle est enterrée à environ 60 cm de profondeur dans le sol en avant de la pièce.

    Plateforme à lambourde d'ancrage




    Deux tirants sont fixés à la lambourde par des pitons, ils sont reliés au pivot par les anneaux à chape.
    Le dispositif d'attache de l'affût comprend un tirant de crosse et deux câbles de moyeu montés sur le collier de pivot. Ce dernier est fixé au pivot par une clavette qui pénètre dans une gorge du pivot.
    La tirant de crosse porte un tendeur; il est relié d'une part au collier de pivot et d'autre part à la crosse par l'intermédiaire d'une chape de soc fixée entre les fourches du soc de la crosse.
    Cette chape est montée une fois pour toute sur l'affût et fait partie intégrante du matériel; tous les affûts doivent en être munis.

    Les câbles de moyeu passent dans deux pitons d'un écrou à oreilles vissé sur une tige filetée fixée au collier de pivot.
    Chaque câble porte d'un côté une ferrure qui peut s'emboîter sur le moyeu d'une des roues et se termine par un crochet et de l'autre côté un bout de chaîne qui peut s'accrocher au crochet de l'autre câble.

    Pour faciliter le déplacement en direction de la pièce et s'opposer a l'enfoncement de la bêche dans le sol, la crosse est munie d'un sabot de crosse en bois qui lui donne une large base d'appui. La liaison du sabot et de la crosse se fait au moyen d'un étrier et d'une broche engagée dans les montants de l'étrier par-dessus la crosse et en avant du logement de la lunette.

    Deux leviers de pointage peuvent être emmanchés dans le sabot de crosse pour faciliter le soulèvement manuel de celle-ci et les grands déplacements en direction.
    Le poids de la plateforme y compris le dispositif d'attache de l'affût est d'environ 160 kilogrammes.

    Plateforme à lambourde d'ancrage - TURRA




    Mise en place de la plateforme.

    Cette opération se fait de la façon suivante :

  • assembler les tirants de la lambourde d'ancrage aux anneaux à chape du pivot.

  • poser l'ensemble sur le sol à l'emplacement de la pièce, en plaçant la lambourde d'ancrage et le madrier-pivot perpendiculairement à la direction moyenne du tir. Tracer le logement de la lambourde et ceux des tirants de lambourde.

  • creuser un fossé d'environ 60 cm de profondeur à l'emplacement de la lambourde, et deux rigoles inclinées pour loger les tirants.

  • faire reposer la lambourde au fond du fossé, la face d'appui plaquée contre la terre vierge.

  • remplir le fossé avec la terre de déblai et damer fortement,

  • creuser la fosse de flèche sur toute l'étendue du champ de tir horizontal en la raccordant à la plateforme par une rampe à pente douce pour dégager le passage du tirant de crosse. La profondeur à donner à la fosse dépend de l'angle sous lequel on veut pouvoir tirer. Une profondeur de 30 cm permet le tir à 32° degrés de hausse environ.


  • Localisation de ce type de plateforme en 1940.

    On retrouve la plateformes à lambourde d'ancrage aux :

    Ouvrages d'artillerie :

  • Fort du REPLATON, 3 fois dans la casemate C, Secteur Fortifié de Savoie,

  • Poste du TURRA, 1 fois dans la casemate 2 sous roc et 1 fois dans la casemate 3 sous roc, Secteur Fortifié de Savoie,


  • Casemates d'artillerie :

  • BIESENBERG, 2 fois avec guides circulaires de roues en fer, la lambourde d'ancrage et le madrier-pivot sont remplacés par une dalle en béton, Secteur Fortifié des Vosges,

  • WINDSTEIN, 2 fois avec guides circulaires de roues en fer, la lambourde d'ancrage et le madrier-pivot sont remplacés par une dalle en béton, Secteur Fortifié des Vosges.



  • Présentation de la plateforme cuve

    Description de la plateforme.

    La plateforme cuve est organisée en vue :

  • du tir contre les chars de combat, avec un champ de tir horizontal de 360 degrés ;

  • du tir aux grandes distances;

  • du transport dans les unités hippomobiles.


  • Elle comprend :

  • une plateforme cuve;

  • un dispositif d'attache de l'affût;

  • un sabot de crosse.


  • La plateforme cuve est constituée par une cuve métallique de 35 centimètres de hauteur environ, garnie extérieurement d'un revêtement en bois maintenu par deux cercles de fer. Elle est renforcée par deux cornières circulaires et deux cornières en croix. Le bord de la cuve et son revêtement servent de chemin de roulement pour les roues de l'affût.

    Plateforme cuve




    Une boîte en bronze fixée au centre de la cuve sert soit de moyeu pour le transport par roulement, soit de logement du pivot d'attache de l'affût pour le tir (Les premières plateformes construites ne comportent pas de boîte en bronze ; leur pivot est fixe ; elles sont réservées aux installations fixes).

    Le poids de la cuve est d'environ 310 kilogrammes. Une bande métallique, rivée sur le bord intérieur du chemin de roulement, sert de guide de roues.

    En batterie, la cuve enterrée est remplie de terre; elle est accrochée à l'essieu par les câbles de moyeu. Son poids s'oppose au soulèvement de l'affût dans le tir sous les petits angles, lorsque la crosse est au fond d'un fossé.

    Les dispositifs d'attache de l'affût et le sabot de crosse sont identiques à ceux de la plateforme à lambourde d'ancrage.

    Plateforme Cuve - REPLATON




    Mise en place de la plateforme.

    Cette opération se fait de la façon suivante :

  • creuser à l'emplacement de la pièce une excavation circulaire de 1 m. 65 de diamètre environ et de 35 centimètres de profondeur (En terrain résistant, il suffit d'enterrer la cuve de 20 centimètres.), les parois verticales, le fond horizontal;

  • le pivot étant fixé sur la cuve, la faire reposer au fond de l'excavation et la remplir avec la terre provenant des déblais. Combler le bord de l'excavation et damer fortement, spécialement sur le pourtour extérieur de la cuve;

  • si la pièce doit tirer à grande distance, creuser une fosse sur toute l'étendue du champ de tir horizontal envisagé à l'emplacement du sabot de crosse et raccorder cette fosse par une rampe en pente douce avec le bord de la cuve.


  • La profondeur de la fosse de crosse dépend de l'angle sous lequel on veut pouvoir tirer. Une profondeur de 60 centimètres permet le tir à 32 degrés de hausse environ.

    Localisation de ce type de plateforme en 1940.

    On retrouve la plateforme cuve aux :

    Ouvrage d'artillerie :

  • Fort du REPLATON, 4 fois dans la casemate A, 3 fois dans la casemate D, Secteur Fortifié de Savoie,

  • Batterie de VULMIS, 2 fois dans la casemate 2 double et 2 fois dans la casemate 3 double, Secteur Fortifié de Savoie,

  • Fort de L'OLIVE, 1 fois dans chacune des 2 casemates sous roc, Secteur Fortifié de Dauphiné,


  • Position d'artillerie préparée :

  • La LAUZETTE Crête, 2 fois en position préparé, Secteur Fortifié de Dauphiné,

  • Batterie des CAURRES, 2 fois sur la batterie haute, Secteur Fortifié de Dauphiné,

  • VALLON CLAOUS, 2 fois en position préparé sous tôle métro, Secteur Fortifié de Dauphiné,
    Blockhaus pour canon,

  • Bb7 - CHARLEMONT Nord, 1 fois dans un bloc construit dans une traverse abri du Fort Charlemont, Secteur Défensif des Ardennes,

  • Bb7-B - CHARLEMONT - Ouest, 1 fois dans un bloc construit en tôle métro sur le Fort Charlemont, Secteur Défensif des Ardennes.



  • Conclusions

    La lourde procédure de mise en place de ces deux plateformes par des unités dites mobiles explique leur relégation à la fortification.

    Avec un champ de tir horizontal maximal de 60 ou 360° et un champ de tir vertical maximal de 36°, soit plus de 10 km de portée avec un obus modèle 1917, ces équipements de campagne déclassés ne sont donc pas dépourvus d’avantages pour les travaux MOM.

    Ils sont connus des troupes, disponibles, et peu onéreux. Mais l’installation en casemate va limiter le champ d’action du fait de la taille réduite de l’embrasure afin de diminuer le risque de coups directs.

    Dans leur utilisation nous retrouvons 3 grandes familles :

  • Le réarmement d’anciens ouvrages type Séré de Rivières par les troupes alpines, dont la modernisation a été ajournée ou non envisagée par la CORF :

    - Fort du REPLATON, 4 fois dans la casemate A, 3 fois dans la casemate C, 3 fois dans la casemate D, Secteur Fortifié de Savoie (10 canons),
    - Batterie de VULMIS, 2 fois dans la casemate 2 double et 2 fois dans la casemate 3 double, Secteur Fortifié de Savoie (4 canons),
    - Fort de L'OLIVE, 1 fois dans chacune des 2 casemates sous roc, Secteur Fortifié de Dauphiné (2 canons),
    - Poste du TURRA, 1 fois dans la casemate 2 sous roc et 1 fois dans la casemate 3 sous roc, Secteur Fortifié de Savoie (2 canons),

    Soit un total de 18 canons de 75 mm modèle 1897 sous casemate qui ont prouvé leur utilité lors de l’attaque Italienne en 1940.

  • La mise en place par les chefferies locale dans le Nord-Est d‘une faible couverture d’artillerie dans des secteur qui en sont dépourvus :

  • - Deux casemates MOM d'artillerie (Biesenberg et Windstein) pour 2 canons, construites pour flanquer les casemates et inondations de la vallée de la Schwarzbach , Secteur Fortifié des Vosges. Ces casemates sont probablement évacuées le 12 juin 1940 avec le retrait des troupes d'intervalles.
    - Deux blockhaus à un canon sur le Fort Charlemont à Givet, Secteur Défensif des Ardennes. Lors de la bataille du 13 et 14 mai 1940, ils sont certainement intervenus en s'opposant à une tentative de franchissement de la Meuse, avant d’être évacués,

    Les tristes éventements de la débâcle de mai-juin 1940 sont bien résumés par le destin de ces installations.

  • L’utilisation de plateformes dans les batteries d’intervalle du secteur alpin. Rappelons qu’en milieu montagneux le déploiement est à peu prés obligé :

  • - Batterie des CAURRES, 2 fois sur la batterie haute, Secteur Fortifié de Dauphiné,
    - La LAUZETTE Crête, 2 fois en position préparé, Secteur Fortifié de Dauphiné,
    - VALLON CLAOUS, 2 fois en position préparée sous tôle métro, Secteur Fortifié de Dauphiné,

    La aussi ces positions préparées et aménagées à l’avance ont prouvé leur utilité lors de l’attaque Italienne en 1940.

    Mais on ne peut oublier que l’armée Française n’a pas - où bien peu - amélioré son « canon de la victoire » entre les deux guerres. Même si nos artilleurs ont fait des prouesses avec une pièce hors d'âge, le miracle de la Marne ne s’est pas reproduit.



    Rédaction initiale : Dominique DISS - 26/04/2020

    Annexes :
    1. Plan de la plateforme à lambourde d'ancrage extraie du « Projet de règlement provisoire de manœuvre d'artillerie de campagne : dispositions particulières de l'artillerie portée. 1918. »
    2. Plan de la plateforme cuve extraie du « Règlement de manoeuvre de l'artillerie. Première partie. Titre XI. L'organisation du terrain par l'artillerie. 1940. »


    Sources :
    wikimaginot.eu,
    fortiffsere.fr,
    lignemaginot.com,
    Gallica.bnf.fr / Service historique de la Défense.




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