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3 - Construction de la ligne Maginot (1928-1939) - l'œuvre de la CORF




La construction débute en Aout 1928 par le gros ouvrage de RIMPLAS dans les Alpes-Maritimes, dont la construction fut approuvée dés 1927. Cette décision assez surprenante est justifiée par le fait que l'Italie, dirigée par les fascistes dés 1922, est vue comme une menace bien avant l'Allemagne. RIMPLAS servira à bien des égards de prototype à ce qui viendra ensuite dans les Alpes et le Nord-Est. La frontière allemande est fortifiée à partir de 1929 et l'effort s’accentue avec l’arrivée des crédits, que le ministre de l’époque, André Maginot , fait voter le 14 janvier 1930 avec 90% des voix sur base du projet évalué par la CORF .

Cette loi programme pluriannuelle prévoit sur l'exercice 1930-1934 (5 années pleines) un montant global de 2.900 millions de Francs dont 1.000 directement disponibles, qui furent ensuite complétés par les lois de finance 1931 (2.400 millions à partir de 1932) et 1934 (1.275 MF).

De 1929 à 1935 la réalisation des travaux avance rapidement, en deux phases successives :

- construction des régions fortifiées prioritaires (1929-1932): Région Fortifiée de Metz (RFM) , de la Lauter (RFL) , Rive du Rhin, Alpes
- Extension de la RFM à ses deux extrémités (1931-1934): Longuyon-Rochonvillers et Anzeling-Téting, et fortification légère des Vosges entre Grand-Hohekirkel et Lembach.


Les ingénieurs de la CORF vont ainsi fortifier les frontières du Luxembourg de l’Allemagne et de l’Italie. Malheureusement les crédits ne permettront de fortifier que les secteurs les plus sensibles :
- les plateaux et vallées favorables aux invasions qui sont compris entre Longuyon et Boulay ;
- les sommets commandant les vallées de Bitche ;
- le nord de la plaine d’alsace ;
- les pénétrantes des Alpes de façon discontinue, la région de Nice et certaines zones sensibles de la Corse.

Les casemates des derniers secteurs les plus puissants sont couvertes par l’artillerie des gros ouvrages alors que le secteur de Boulay à St-Avold ne dispose que de petits ouvrages dépourvus d’artillerie à grande portée. Les secteurs du Rhin et des Vosges, défavorable aux offensives, souffriront des ajournements et les casemates et ouvrages d’artillerie qui y étaient envisagés ne verront pas le jour.

La grande crise financière de 1929, qui touche la France à partir de 1931, entraine l'inflation du coût des travaux, même si la crise donne une certaine marge de manœuvre de négociation à l'armée. A ceci se rajoute par ailleurs une sous-estimation initiale des coûts de certaines constructions. Ces réalités se traduisent par le report budgétaire progressif en 2ème Urgence de pans entiers de la ligne (RF de Belfort) et entame la réalisation des zones jugées prioritaires.

Le crédit supplémentaire de 1,275 Mds de F voté en 1934 permet d'apurer les dépassements des comptes précédents et de construire trois nouvelles sections de fortification CORF:

- prolongement de la RF de la Lauter vers la Sarre (3 petits ouvrages et 9 casemates, sans artillerie de forteresse)
- établissement de la tête de pont de Montmédy (4 ouvrages et 12 casemates)
- création du môle de Maubeuge-Eth (5 petits ouvrages et 9 casemates, sans artillerie de forteresse)


Bien que fabriqués à moindre coût, cette troisième phase de construction (appelée " Nouveaux Fronts ") bénéficie des enseignements des deux premières phases et certaines erreurs et limitations de la conception d'origine seront corrigées. La limitation du budget disponible entraine le report dés le départ de l'essentiel des blocs d'artillerie de ces nouveaux-fronts à des jours meilleurs.

La réalisation à ce stade - qu'on peut estimer à 50% de ce qui était planifié initialement - est toutefois impressionnante. La ligne Maginot est constitué de :

- 44 ouvrages d'artillerie
- 62 ouvrages d'infanterie
- 365 casemates et blockhaus CORF d'intervalle
- 89 abris
- 17 observatoires d'intervalle
- de nombreux petits blockhaus
- Un grand nombre de casernements, dépôts de matériels et de munitions
- 344 pièces d'artillerie de fortification
- 1533 cloches cuirassées
- 2 000 000 mètres cubes de béton
- 150 000 tonnes d'acier
- plus de 100km de galerie, ce qui est comparable à la longueur des lignes du métro parisien existant en 1935. Il a fallu trois ans pour les réaliser contre 40 années pour le métro.
- plus de 450 km de routes et voies ferrées.
- un réseau téléphonique militaire complet
- des dispositifs d'inondation programmée permettant de barrer des plaines complètes

L'ensemble est construit par:
- plus de 20 000 ouvriers en 1931
- plusieurs milliers en 1939-40 auxquels s'ajoutent des dizaines de milliers de soldats de la Main d'Oeuvre Militaire .

En 1935, la ligne Maginot n’est donc pas une fortification homogène et l’épuisement des crédits ne va pas permettre d’accroître la valeur stratégique globale du système fortifié français sur la même base.

Le retour de la Rhénanie à l'Allemagne suite au plébiscite de 1935, et le soubresaut politique lié à la déclaration de neutralité Belge en 1936, entrainent l'accord de crédits supplémentaires à l’état-major français. A partir de cette date, l’état-major devra faire avec ses crédits et ses moyens matériels, et cela se fera un peu au dépend de son armement de campagne. L’état Major a dissous la CORF le 31 Décembre 1935 et délègue à ses régions militaires la suite de la construction des fortifications.

Les travaux "CORF" continueront cependant jusqu'en 1940, notamment dans les Alpes du fait du retard pris par des chantiers fortement affectés par les conditions climatiques et logistiques montagnardes. Ces travaux se feront la plupart du temps par les troupes de montagne elles-mêmes et non les entreprises civiles.




L'ère des "Petits bétons" (1935-1940)


L'œuvre de la CORF achevée, force est de constater qu'il faut continuer l'effort. La nouvelle stratégie milite maintenant pour un front continu réalisé avec les moyens du bord. Après l’ère des puissantes fortifications permanentes succède l’ère de fortifications construites par la MOM, la Main d’Oeuvre Militaire .

Ce retournement de stratégie est majeur: on passe d'une fortification hautement technologique, sophistiquée et disposant d'un armement spécialisé à une fortification dispersée, plus ou moins standardisée (et sans vision d'ensemble), utilisant l'armement des troupes de campagne, et faite pour une utilisation de très courte durée. Cette nouvelle phase de construction n'est plus financée par un loi-programme pluriannuelle, mais par des allocations budgétaires discutées annuellement dans le cadre de la répartition du budget global de la défense. Malgré ce changement important de mode de financement, c'est quand même prés de 2.400 millions de F supplémentaires qui seront dépensés entre 1936 et 1939.

L'autre caractéristique de cette phase est que chaque direction du Génie et les Armées reprennent une assez large autonomie de conception. Des dizaines de plan-types différents vont voir le jour, avec toute la problématique d'absence de standardisation qu'on peut imaginer. On voit ainsi apparaître les gammes type RFM, 1ère Région Militaire, 9ème Armée, voire des plans portant le nom de certains généraux de grandes unités (Blocs Barbeyrac, Billote, Condé ou Garchery).

Le tout est construit par la Main-d'Oeuvre Militaire , donc par les troupes stationnées dans les différents secteurs.

A partir de 1936-37 la Section Technique du Génie (STG) tente de remettre de la standardisation dans ce foisonnement, et émet un certain nombre de plans types de casemates d'artillerie ou d'infanterie, beaucoup plus évolutives, solides et bien conçues, et qui seront construites dans les zones considérées comme prioritaires, comme la trouée de Belfort (ligne du Sundgau), et certains secteurs du Nord comme le môle de Maulde et du Mont-Noir.

A la mobilisation ce sont donc des milliers de petits blockhaus de tous type qui jalonnent les frontières du Nord, de l'Est et du Sud-Est, dans les zones délaissées par la CORF, dans les "courtines" chères à la CDF, ou entre les ouvrages puissants des Régions Fortifiées. Cela va encore s'accélérer pendant les 8 mois de "drôle de guerre", profitant de la main d'œuvre apportée par la mobilisation. Parallèlement à cette nouvelle vague de petits blocs, l'Etat-Major crée la Commission d'Etude des Zones Fortifiées (C.E.Z.F.) dont l'objectif va être de coordonner la construction d'une 2ème ligne de défense, faite de gros blockhaus STG en arrière de la ligne Maginot. Cette ligne C.E.Z.F. sera malheureusement à peine entamée en Mai 1940 du fait d'un hiver 1939-40 particulièrement froid et du manque de main-d'oeuvre. Les parties les plus avancées se situent dans la trouée de la Sarre.

Ajoutons enfin par souci d'exhaustivité le fait que le corps expéditionnaire britannique (BEF) construira lui aussi en 1939-40 environ 350 blockhaus dans sa zone opérationnelle autour de la ville de Lille, selon des principes et plans-types qui lui sont propres.

Le nombre total de constructions MOM de tous types est difficile à déterminer exactement. Le compte doit cependant être proche de 15.000 unités. L'ensemble, MOM et CORF, offre cependant un front continu de la mer du Nord au Glaserberg (Altkirch), auquel s'ajoute les importants barrages des Alpes du Nord, du Dauphiné, des Alpes-Maritimes et de la Corse, ainsi que l'amorce de fortification de circonstance dans le Jura.




Ainsi au terme de 12 années de construction, le pays dispose d'une ligne de fortification quasi-continue, mais de qualité objectivement très hétérogène, s'étalant de Zuydcoote à Bonifacio. Initialement à vocation offensive et centrée sur des Régions Fortifiées limitées mais puissantes et homogènes, ce grand projet dérive progressivement vers une stratégie purement défensive, globale et statique. Les tenants des petits blocs dispersés et de faibles coûts ont finalement eu le dernier mot.

Avec la montée du nazisme et de l'expansionnisme allemand, aboutissant à la déclaration de guerre en septembre 1939, l'heure de vérité pour cette "muraille de France" va bientôt sonner. Le quatrième chapitre traitera de cette période, mais avant cela examinons plus en détail les concepts de la ligne Maginot.









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