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Commission de Défense des Frontières

(CDF)






La Commission de Défense des Frontières a été instituée par décret le 31 décembre 1925 du ministre de la guerre, Paul PAINLEVE. Elle prend la suite des travaux menés par la Commission de Défense du Territoire (CDT) , laissés en suspend depuis Mars 1923.

Cette commission qui est rattachée au Conseil Supérieur de la Guerre est chargée :
- d'établir le tracé et l'organisation de la ligne défensive qu'il est convenu d'établir aux frontières
- d'établir les prescriptions techniques générales la concernant,
- de confirmer ce qui peut ou non être réutilisé des anciennes fortifications,
- de définir les priorités de construction et ce qui doit l'être en temps de paix ou en temps de guerre, et enfin
- de donner une estimation du coût des travaux.

Placée par souci de continuité sous la présidence du Gal GUILLAUMAT , déjà président de la CDT, elle est composée des généraux BERTHELOT - membre du CSG -, DEBENEY - nouveau Chef d'Etat-Major Général des Armées au décès du Gal BUAT en 1923 -, BINEAU - adjoint de DEBENEY-, DEGOUTTE - Commandant de l'Armée des Alpes-, FILLONEAU - Inspecteur Général du Génie -, MAURIN - Inspecteur Général de l'Artillerie-, et BIRCHLER - Adjoint de FILLONEAU - qui en était le rapporteur.

Pour minimiser le risque de querelles de chapelles, la CDF est placée sous l'autorité directe du Ministre de la Guerre. La CDF a tenu vingt réunions du 24 février 1926 au 30 janvier 1931. Elle rendra son "Rapport sur l'organisation défensive des frontières" le 6 novembre 1926, dix mois seulement après sa création. La première proposition de tracé général, issu du travail du secrétariat permanent en lien avec les délégations locales nommées dés Mars, est même prêt dés l'été.

Ce rapport de 105 pages du 6 Novembre, auxquelles se rajoutent cartes et annexes, constitue le document de référence du système de fortification à établir aux frontières qui sera plus tard nommé ligne Maginot. Même si la similitude de vue avec les travaux de la commission précédente est évident, il est marqué d'une plus grande dose de vues défensives que le rapport de la CDT - les esprits et la politique ont évolué dans le temps -.

Il pose le principe d'une fortification discontinue organisées en régions fortifiées (ou zones fortifiées dans le sud-est) et défini le plan de principe des ouvrages fortifiés qui la composeront. Il précise par ailleurs que le rôle de cette fortification est d'interdire toute invasion brusquée, de résister seule à une attaque massive et de barrer les principales voies de passage aux frontières pendant les quelques jours nécessaires à assurer la mobilisation générale. Plus spécifiquement, le rôle assigné à chaque RF est le suivant :

- RF de Metz-Longwy : ce front a une double mission dépendant de sa partie. Le côté Nord entre Longwy et Thionville est purement défensif : liaison avec les armées du Nord et protection du bassin de Briey et Thionville tout en protégeant le flanc gauche des armées de Lorraine. Le côté Est a une vocation plutôt offensive en servant de base de départ à une attaque ou contre-attaque de flanc d'un ennemi engagé dans la plaine de la Sarre. Le tracé de la partie Nord fait rapidement débat, car bien que très proche de la frontière Luxembourgeoise, il ne protège pas suffisamment les voies de communication en arrière.

- RF de la Lauter (Basses-Vosges)
: front purement défensif, fait de deux tronçons de part et d'autres des Vosges reliés par une zone de simples destructions éventuellement défendues par des fortifications légères. La mission est de protéger les armées de Lorraine sur leur droite et d'interdire l'accès aux nœuds ferroviaires et routiers de basse-Alsace. Le tronçon ouest longe les Vosges sur la ligne des 400m d'altitude, et le tronçon est se situe le long de la Lauter au plus près de la frontière. Une variante est proposée côté ouest, plus en avant par Rohrbach, pour éventuellement se relier aux positions futures de l'Albe dans la Sarre.

- RF de Haute-Alsace (Belfort) : essentiellement défensive, cette ligne doit protéger le nœud stratégique de Belfort, le bassin industriel Belfort-Montbéliard, et enfin forcer l'ennemi à éventuellement violer la neutralité Suisse et donc à faire basculer ce pays du côté allié.


Le secteur Ouest de la RF Metz-Longwy devait être traité sous la forme de simple destructions entre la Meuse (Mézières) et la Chiers jusque Longuyon. La défense des berges du Rhin est - à l'inverse de ce que préconisait la CDT - à construire dés le temps de paix sous la forme de trois lignes de défenses légères dont la plus importante est sur la rive même, considérée comme le champ de bataille, complétée d'artillerie sous béton. Concernant le Jura, compte tenu du faible risque d'attaque sur ce front, on se contentera là aussi de destructions préparées.

Régions fortifiées du Nord-Est - CDF



Rapport de la CDF - Nord-Est


La question du Nord de la France, abordée elle aussi, en reste au niveau du principe pour des raisons politiques vis à vis de la Belgique - alliée de la France, et glacis naturel de notre frontière. Là il sera question de créer à la mobilisation éventuelle des môles de résistance reliés par des "courtines" naturelles (canaux, rivières,...). Le tracé est relativement éloigné de la frontière, estimée comme indéfendable en l'état. Les bassins de Lille et de Maubeuge se trouvent donc en avant de la ligne de défense prévue, qui va droit de Valenciennes à Hirson par les forêts de Raismes et Mormal.

Les Alpes sont brièvement traitées dans le dernier chapitre. Il reprend à son compte les études pour le compte des 14° et 15° Régions Militaires du Gal DEGOUTTE, éditées en 1926, et qui prévoit le barrage purement défensif des vallées importantes de Tarentaise, Maurienne, Briançonnais et Ubaye par des zones fortifiées incluant un renforcement des fortifications existantes, et de le création d'une dernière zone importante, ayant quasiment statut de Région Fortifiée, dans les Alpes-Maritimes pour protéger les approches de Nice. Les intervalles entres ces zones, impropres à une attaque en force, devaient simplement être surveillés par des troupes mobiles.

La grande quantité de fortifications de circonstance à bâtir entraine la création de la notion de parcs de fortification, dépôts où tout ce qui est nécessaire à la création de fortifications de campagne sera stocké.

Concernant les formes de la fortification, on voit apparaître la notion de fort (concentré) ou centre de résistance (dispersé) principal, tous les 3 à 5 kilomètres, alternés avec des ouvrages intermédiaires assurant la continuité de feu d'infanterie entre les ouvrages principaux. Les forts sont armés de canons obusiers, lance-bombes, mitrailleuses et même lance-flamme. L'accent est mis sur la rapidité de cadence de tir plutôt que sur le calibre. Les infrastructures comprennent abris et PC, ainsi que réseau téléphonique, routier et logistique. L'alimentation énergétique des forts n'était pas autonome mais par l'arrière via des sous-stations bétonnées et un réseau souterrain. Des groupes de secours minimas prenaient le relai dans le fort en cas de besoin. La défense antichar est frontale, à partir de positions en arrière de la ligne de défense.

Cette première approche, novatrice par certains points comme la nature linéaire et en profondeur de la défense ainsi que le concept élargi de centre de resistance - proche des Festen allemandes et juste ébauché à la fin de la guerre 1914-18 en France -, reste cependant teintée de conceptions passées, matinées de l'influence des travaux 1917, pour ce qui est des forts.

Le cout prévisionnel du système ainsi défini est estimé à la somme de 5 milliards de Francs.

Si il y eut un consensus affiché tant politique que militaire sur le tracé proposé, la proposition de forme de fortification - trop standardisées et rigides - fut de son côté rejetée par le Conseil Supérieur de la Guerre, PETAIN en tête. La CDF relança donc un round de consultations pour affiner les concepts durant le cours de l'année 1927, et ce sont les thèses du Col TRICAUD, avec son "fort palmé", qui remportèrent l'adhésion. Le "fort palmé" de TRICAUD est conceptuellement très proche de ce qui sera réalisé par la suite. Il s'en suivit une nouvelle proposition pour les fronts en fortification permanente, basée sur une première ligne d'ouvrages principaux et intermédiaires essentiellement flanquant, suivis d'une ligne de soutien avec abris, PC et observatoires isolés, et en enfin une ligne arrière d'ouvrages à tourelles ayant une vocation frontale. Ces ouvrages à tourelle pouvaient être reliés aux galeries arrières des ouvrages de première ligne.

Dans l'intervalle, le Mal PETAIN, suite à une reconnaissance de terrain mi-1927, relança le débat en suggérant que les Régions Fortifiées avaient leurs fortifications placées trop proches de la frontière. Concernant la forme, le Gal DEGOUTTE (Armée de Alpes) contre-proposa une forme de fortification légère avec artillerie extérieure, en totale opposition avec les travaux et conclusions antérieures. Ces errements trouvèrent un terme en Septembre 1927, suite à l'approbation réticente par la CDF de certaines propositions de modification de tracé proposées par PETAIN :

- Recul de la ligne Nord-ouest de la RFM vers le sud pour l'éloigner de la frontière luxembourgeoise, passant maintenant par le sud d'Aumetz et Serrouville et Fillières.
- Choix de l'option Rohrbach plutôt que le flan des Vosges pour l'ouest de la RFL
- Leger recul de la ligne côté Est des Vosges vers le tracé initial du col de Pfaffenschlick.


Par contre ses propositions d'abandon du saillant de Cattenom et de créer une ligne d'arrêt très en arrière en fortification puissante ne reçurent pas d'echo de la CDF. A cette occasion, la RF de Haute Alsace fut placée en 2e Urgence ainsi que la position d'arrêt de Saverne. Le débat toujours ouvert autour du tracé de la position au nord-ouest de la RFM trouvera cependant un terme temporaire du fait de la décision du ministre Paul PAINLEVE de reporter la partie à l'ouest de Rochonvillers en 2° Cycle de la 1° Urgence fin 1927.

La CDF est en Septembre 1927 à l'instigation de la création de la Commission d'Organisation des Régions Fortifiées (CORF) qui sera chargée du détail de la réalisation du système fortifié le long des frontières. Dés cette date, les réunions de la CDF s'espacent (8 réunions entre octobre 1927 et fin janvier 1931). Trois rencontres en 1928 eurent un focus particulier sur la défense des Alpes, qui était restée l'apanage des 14° et 15° Régions militaires sans que la CDF n'ait pu influer significativement. Ceci fut corrigé à cette occasion par souci d'uniformisation, et le secrétariat "Sud-Est" de la CDF (Col OEHMICHEN) présenta en novembre un projet restreint mais d'un standard tout à fait comparable à celui du Nord-Est, avec ouvrages d'artillerie et barrages puissants des vallées principales. Cette même année, le projet pour la défense du Rhin du Gal BOICHUT - Gouverneur militaire de Strasbourg - , dérivé des propositions initiales constituées de 3 lignes successives, fut validé à son tour avec quelques réserves.

Entre fin 1929 et début 1930, la question du tracé à l'ouest de Rochonvillers revient sur la table de la CDF, relançant un débat acharné entre les tenants d'un tracé au plus prés de la frontière luxembourgeoise, englobant Longwy, et ceux tenants d'un tracé sur le plateau entre Chiers et Crusnes. Le cout prohibitif et les difficultés techniques du premier, additionné à l'imparfaite protection du bassin industriel qu'il permet de toute façon, entrainent finalement une décision mi-1930 pour le tracé par Bois-du-Four et Latiremont-Fermont puis le bois du Rafour au sud de Longuyon - à portée de la place de Verdun. Approbation est donnée le 30 Septembre 1930.

La CDF ne sera jamais dissoute mais simplement laissée en sommeil à partir de 1933, ses membres n'étant pas renouvelés.



Rédaction : reprise du draft d'origine par J-M Jolas - © wikimaginot.eu - Octobre 2017
Sources :
- Mémoire de DESS de J-L. Goby - 1986,
Ouvrages de MM Tournoux, Truttman
- Hommes et ouvrages de la ligne Maginot - J-Y. Mary et A. Hohnadel, T1
- SHD, cartons 7 N 3756 à 3761



© 2019 -Tous droits réservés wikimaginot.eu - Cette page a été mise à jour le 25/04/2018



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la CDF
5 messages, le dernier est de alainH le 25/04/2018






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