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ROCHE la CROIX - R...



ROCHE la CROIX - ROC

( Ouvrage d'artillerie )


L'ouvrage est ouvert au public









Secteur Fortifié
SFD - SF Dauphiné

Sous Secteur
Ubayette

Quartier
Meyronnes

Maître d'ouvrage
MIL - CORF

Constructeur
Entreprises civiles

Année
1938

Commune
MEYRONNES (04540)

Lieu-dit / Parcelle
Roche Lacroix

Coordonnées
44.468977 - 6.800374

Validité information
Verifié

Niveau de réalisation en 1940

Etat actuel





Notes et informations



CONSTRUCTION, Description


L'ouvrage de Roche Lacroix est un ouvrage d'artillerie CORF doté de 6 blocs et d'une cheminée.

Bloc 1 : Entrée réduite.
- 2 créneaux pour FM
Le bloc est relié au reste de l'ouvrage par un plan incliné descendant à 50%, avec chariot porteur.

Bloc 2 : Casemate d'infanterie (flanquement des fossés et de la route d'accés)
- 1 créneau de mortier de 50
- 3 créneaux pour FM (flanquement du tronçon du fossé entre les saillants 4 et 1, et de l'angle mort vers B3.)

Bloc 3 : Casemate d'infanterie (flanquement du fossé nord (front 3-4) et du chemin montant vers la forêt.
- 1 créneau de mortier de 50
- 2 créneaux pour FM (flanquement du fossé)

Dans les blocs 2 et 3 un des créneaux prévu pour FM pouvait être utilisé pour un projecteur.

Bloc 4 : Observatoire d'artillerie
- 1 cloche observatoire VDP (O2)
- 1 cloche GFM type A (cloche conjuguée)
Notons que dans ce bloc les habituels champignons de prise d'air sont remplacés par de simple tubes coudés émergeant de la dalle.

Bloc 5 : Casemate d'artillerie et tourelle
- 2 créneaux de mortiers de 75 mle 31 (K17)
- 2 créneaux pour mortiers de 81 mm en sous-sol (K18)
- 1 Tourelle de 75 mle 33 (K16)
- 1 créneau pour FM/observatoire vers Haut St Ours
- 1 créneau FM de défense de façade.
Une issue de secours est située en fond de fossé.
Le bloc était aussi équipé de deux créneaux optiques, vers l'abri Nord-Ouest de Fontvive et l'observatoire de Serre la Plate, créneaux qui furent obturés ultérieurement après mise en place d'une communication OTCF.

Bloc 6 : Observatoire
- 1 créneau projecteur couvrant en avant de Saint-Ours (non installé)
- 1 créneau pour FM et mortier de 50 (couverture du fond de la vallée)
- 4 créneaux FM utilisés comme observatoires (O32)
- 1 cloche GFM type A équipée d'un périscope J2 (O5), avec créneaux spécialement usinés pour permettre l'observation à -47° du fond de vallée. Cette cloche, destinée uniquement à l'observation comme les créneaux de l'étage supérieur du bloc, n'est pas armée et il n'y a pas de surpression.

Bloc 7 : Cheminée d'évacuation des gaz - Issue de secours
Ce bloc assure l'évacuation des gaz de l'usine électrique et de la cuisine ainsi que de l'air vicié de l'ouvrage. Il est aussi utilisé comme issue de secours

L'ouvrage est relié par une voie de 60 à la recette supérieure du téléphérique (fiche disponible sur wikimaginot) située à distance de l'entrée. Ce choix s'explique par le fait que le retournement de camions n'était pas possible au niveau de l'entrée. En 1937, une partie du chemin menant à l'entrée est recouvert de tôle métro pour la protéger des intempéries hivernales.

Les blocs 2 et 3 de flanquement des fossés ont éte construits en remplacement de la caponnière double de l'ancien fort.
Le bloc 6 non prévu dans les plans initiaux a été rajouté en 1936-37 pour couvrir la vallée.


CONSTRUCTION, Mission, ou Fonction de l'objet


La mission de l'ouvrage de Roche Lacroix est le flanquement de l'ouvrage de Saint-Ours Haut et la couverture d'artillerie vers le col de Larche et les cols de la frontière.


DENOMINATION, Dénomination officielle


L'ouvrage est aussi connu sous le nom de ROCHE-LA-CROIX.


DENOMINATION, Indicatifs et n° d'abonné


Le numéro d'abonne au réseau téléphonique de la fortification de l'ouvrage de Roche Lacroix est O 1224


Pour l'artillerie, les organes de l'ouvrage portent les indicatifs suivants :
Bloc 4 - Observatoire d'artillerie :O2
Bloc 5 - Mortiers de 75 : K17
Bloc 5 - mortiers de 81 : K18
Bloc 5 - Tourelle de 75 : K16
Bloc 6 : Observatoire d'artillerie O32 (créneaux FM) et O5 (GFM)


EFFECTIF, Commandement et/ou unité


L'équipage théorique de l'ouvrage est composé de 6 officiers, 28 sous-officiers et de 127 hommes, principalement issus des 162° RAP, 83° BAF et du 216° Bon du Génie de Forteresse.

Cdt de l'ouvrage : Cne FABRE (162°RAP)
Cdt l'artillerie : Cne HYVERT (13e Bie / 162°RAP)
Cdt l'infanterie : SLt ROUSSELIN, puis SLt LASSALE

Bloc 1 :
Bloc 2 :
Bloc 3 :
Bloc 4 :
Bloc 5 :
- K 16 (Tourelle de 75) : Lt PETIT
- K 17 (Créneaux de 75) : Lt BROUARDEL
- K 18 (Créneaux de 81) : Cne HYVERT


EQUIPEMENT, Divers


L'ouvrage était équipé, pour les divers transport, d'un téléphérique à 36 bennes dont la recette inférieure se situe dans le village des Gleizolles, et la supérieure à distance des entrées.
D'une longueur de 2323m, il est le plus long de tous les modèles installées dans les Alpes. Son dénivelé atteint par ailleurs presque 580m
La jonction entre la recette supérieure et l'entrée de l'ouvrage était assuré par une voie de 60 extérieure.

Ce téléphérique à remplacé celui qui desservait les deux redoutes initiales de Roche La Croix qui utilisé pour la construction qui était trop aux vues de l'ennemi


La cuisine est dotée d'une cuisinière à charbon. L'évacuation des gaz se fait par le bloc cheminée de l'ouvrage


La protection contre l'incendie intègre :
- 9 extincteurs à mousse type ECMG (Etablissement Central du Matériel du Génie)
- 3 extincteurs à bromure de méthyle (usine)
- 1 étouffoir et 6 caisses à sable.


EQUIPEMENT, Electrique


L'ouvrage est alimenté depuis le réseau civil par un transformateur raccordé à une ligne HTA provenant de Meyronnes et par une usine dotée de trois groupes électrogènes à moteur CLM 308 3 cylindres de 75 CV assurant la production électrique en cas de disparition du réseau civil.

Ces moteur sont alimentés par 33 m3 de stockage pour le gasoil et un réservoir de 1800 litres d'huile de lubrification.

Un groupe CLM auxiliaire 1PJ65 de 8 CV assure l'éclairage de secours et le gonflage des bouteilles d'air comprimé de démarrage des groupes principaux.

Le raccordement au réseau électrique extérieur a permis accessoirement de rajouter des radiateurs électriques dans les locaux le nécessitant (les PC, chambres, infirmerie…)


EQUIPEMENT, Hydraulique


L'alimentation en eau de l'ouvrage, initialement prévue par camion citerne, est finalement assurée par canalisation à partir d'une source captée dans le vallon de Séguret, 80 mètres plus bas que l'ouvrage. L'eau ainsi captée est remontée au moyen de deux béliers (un seul est nécessaire) à débit de 8 litres/m. L'option camion reste utilisable en cas d'indisponibilité du système d'adduction continu.

L'eau est stockée dans une citerne principale de 40 m3 et trois cuves de 11 m3 dans la centrale électrogène. La citerne principale alimente par pompe Japy une citerne journalière de 3 m3 et la citerne de refroidissement des pièces du bloc 5.

L'évacuation principale des eaux usées se fait par un égout sous le radier de la galerie principale, qui s'évacue à l'extérieur, vers le vallon de Séguret, par la galerie passant sous les locaux des latrines et lavabos. Un second égout, créé lors de la construction du bloc 5 pour drainer les fouilles du bloc, la fosse des latrines du bloc et le puits du monte-charge, a été conservé après les travaux pour drainer ces deux points bas. Cet égout spécifique servira ultérieurement de galerie menant à l'observatoire (B6) construit en 1938.
Source(s) :
SHD - carton 4V365



EQUIPEMENT, Mobilier et second œuvre


L'ouvrage intègre :
- 145 places couchées pour les hommes (4 chambres, 2 de 36, 1 de 18 et 1 de 12, 9 places dans le bloc 5 et 34 places dispersées dans l'ouvrage),
- 18 places couchées pour sous-officiers (deux chambres de 12 et 6),
- 6 places d'officiers (3 chambres de 2).

A noter qu'une chambre supplémentaire pour 6 hommes dans l'étage intermédiaire du bloc 5 - inutile au total - a été convertie ultérieurement en PC pour les pièces de 75mm.
Source(s) :
SHD - 4V365



EQUIPEMENT, Transmissions


Le PC Tir est doté d'un central type TM32 sous carter étanche à 16 directions. Ce carter était équipé de deux centraux TM32 à huit directions.


EQUIPEMENT, Ventilation


L'ouvrage n'est pas équipé de salle de filtres à gaz.

L'air admis est réchauffé par l'eau de refroidissement des moteurs (échangeur visible dans l'usine) et par une chaudière d'appoint au fuel située proche du bas du plan incliné.


ETAT ACTUEL , Etat - utilisation actuelle


Désormais propriété de la communauté des communes, l'ouvrage est ouvert à la visite. Voir la partie "Tourisme" du site.

L'accès s'effectue à partir du village de Meyronnes et est possible en voiture. La piste d'accès fait 6 km de long et est assez caillouteuse, bien que parfaitement carrossable. Compter 1/2 heure pour monter de la route de fond de vallée jusqu'au parking 700m avant l'ouvrage (au plan de l'Ancien Camp). 15 mn à pied ensuite.

2016 : L'intérieur de l'ouvrage est en bon état général, humide par endroits. Le Bloc 5 est encore équipé de ses armements principaux et la tourelle - plus manœuvrable électriquement - a encore belle allure.


2018 Juin. Les dessus ont été mis en sécurité par des grilles et des barrières (périmètre de la falaise du bloc 6, fossé et dessus du bloc 5. Le fossé a été en grande partie dégagé


HISTORIQUE, Chronologie


L’ouvrage de Roche la Croix ne sera pas directement pris à partie durant la campagne de 1940. Le 17 juin 1940, il tirera sur une patrouille italienne entrée sur le territoire français puis repoussera avec sa tourelle de 75 et l’aide de l’ouvrage de Saint Ours Haut la division italienne Forli lors de son attaque du 20 juin.
La tourelle de 75 tirera encore quelques salves dans les jours suivants: Le 22 la tourelle contre battra l’artillerie italienne, puis des effectua des tirs sur les forces italiennes avançant au niveau du Col des Monges avec l’appui des pièces du bloc 6 et de la batterie d’artillerie installée à Roche la Croix Supérieure. L’ouvrage interviendra aussi au profit de l’ouvrage de Plate Lombarde. Le 24, les pièces de casemate et la tourelle couvriront le Col Rémi et la Tête Dure ainsi que le Col de Larche.

L’armistice du 25 juin 1940 obligera les troupes françaises à évacuer le fort et à le livrer aux Italiens. Avant d’évacuer l’ouvrage, l’équipage procédera au démontage de pièces vitales nécessaires à la ventilation, au chauffage et au fonctionnement des matériels d’artillerie. Les italiens occuperont l’ouvrage et procédèrent au désarmement de l’ouvrage.
L’ouvrage aura tiré 1909 obus depuis sa tourelle, 401 depuis ses tubes sous casemate et 128 obus de mortier.

En août 1943 les italiens capitulent et se rangent aux cotés des alliés suite au débarquement allié en Italie. Les Allemands envahissent le sud de la France et réoccupent le fort Roche la Croix à la place des Italiens en septembre 1943. Ils prennent alors possession d’un ouvrage dont les équipements ne sont pour la plupart pas en état de fonctionner, ce qui leur fera défaut en 1945.
L’Ubaye sera libérée par le maquis local, et les alliés arrivés le 25 aout 1944 ne pourront rien tenter avant l’hiver. Le 4 décembre 1944, les Allemands qui tiennent toujours l’ouvrage de Roche-Lacroix, attaquent le fort supérieur tenu par les troupes françaises. L’artillerie française déclenche un tir de barrage “au plus près” du fort supérieur et disperse les attaquants.

Remis en état au début des années 50, l'ouvrage sera entretenu jusqu'en 1968. Il sera revendu en 1991 au syndicat intercommunal de la vallée de l'Ubaye en même temps que l'ouvrage de Saint-Ours Haut.

sources : wikipedia.org, docroger.over-blog.com/, Bernard Morel, Gérard Lesueur


HISTORIQUE, Construction


- 1929-30 :

La genèse de l'ouvrage Maginot de ROCHE la CROIX remonte à l'étude faite par le Col Oehmichen, du secrétariat Sud-Est de la CORF, qui propose en Aout 1929 (note 133/FA) d'aménager un ouvrage sous le site occupé par la Redoute de Roche Lacroix, fort du système Séré de Rivières construite de 1883 à 1889, plutôt que de moderniser et remettre en état ladite redoute.

La mission de cet ouvrage est de battre par artillerie le col de Larche, les descentes du col des Monges et de Sautron vers Larche, le plateau de Mallemort, et de flanquer les ouvrages futurs de Saint-Ours et le ravin du Pinet. L'ouvrage constitue donc la clé de voute du barrage de l'Ubayette.

Deux avant-projets de principe de l'ouvrage sont proposés coup sur coup en Novembre 1929 et Janvier 1930, le second étant un remaniement à la marge du premier (suppression d'une des deux cloches PM sommitales).

L'ouvrage proposé, construit sous le fort Séré de Rivières, comporte à ce stade :
- un bloc casematé frontal pour deux canons-obusiers de 75mm
- un grand bloc casematé armé d'un canon obusier de 75mm vers le col des Monges, et trois mortiers de 75mm orientés vers le plateau de Mallemort et St Ours. Ce bloc comporte aussi deux communications optiques vers HAUT SAINT OURS et l'abri de Meyronnes (futur abri N-O de FONTVIVE).
- une cloche FM sommitale assurant la défense périphérique des dessus,
- Une entrée en puits à la place du casernement ancien,
- Une issue de secours dans le ravin à l'ouest, en arrière de l'ouvrage.

Ce premier projet de 1930 est amendé par le Général BELHAGUE, qui propose de remplacer le bloc d'artillerie frontal prévu par une tourelle de CO de 75mm, ce qui permet de supprimer en contrepartie quatre pièces sous casemate. Force est donc de reprendre la conception quasiment à zéro… Autre changement important : là où on envisageait initialement un ravitaillement par camion et/ou mulets, l'ITTF propose de remplacer cela par un ravitaillement prioritaire par téléférique (note 888/ITTF du Gal BIRCHLER de Mai 1930) compte tenu de la relative exposition et grande longueur de la route d'accès.

Concernant les travaux sur place, la priorité - avant même de commencer la construction de l'ouvrage - est justement de mettre la route d'accès au gabarit requis par les futurs travaux. Le premier chantier à démarrer concerne donc la remise en état, l'élargissement quand nécessaire, et la rectification des virages de la route. En fin d'année 1930, 50% de ce travail est finalisé.

Le programme restreint de Défense de Alpes remanié par la CORF en Décembre 1930 (programme dit des "362 millions de francs") prévoit 19,1 MF pour les ouvrages actifs de l'Ubayette. Il s'en suit un premier avant-projet succinct de l'ouvrage le 26 Décembre 1930 reprenant les demandes de modifications précédentes, dont le bloc pour tourelle de CO de 75mm. La CORF et l'ITTF, évidemment consultées sur ce document, suggèrent de fusionner le bloc tourelle et le bloc d'artillerie de flanquement (qui ne comporte plus que deux mortiers de 75mm) par mesure d'économie.

- 1931 :

Ces remarques de l'ITTF et de la CORF amènent à la confection d'un avant-projet de plan de masse amendé, présenté courant Janvier 1931. Il est à nouveau jugé insuffisant, notamment au niveau de la défense propre de l'arrière de l'ouvrage et de son entrée. Ceci amène un nouveau correctif intégrant un coffre de flanquement supplémentaire - au bout de la galerie de l'abri caverne - permettant de flanquer le casernement et le bloc d'artillerie. Ce bloc sera finalement supprimé en reportant le créneau en question dans le flanc gauche de l'entrée de l'ouvrage. Parallèlement et en l'absence d'indications claires sur l'architecture des blocs d'artillerie de flanquement en montagne (la Notice correspondante qui aurait pu guider la chefferie du Génie ne sortira que 5 mois plus tard !) , le général BIRCHLER (ITTF) demande de nombreuses modifications sur la partie flanquante du nouveau bloc d'artillerie de l'ouvrage.

Le projet de plan masse final est daté du 18 mars 1931 (n° 261/S) est enfin approuvé par DM n°1211-2/4S du 11/04/1931, en même temps que celui de RESTEFOND. La construction de l'ouvrage peut démarrer et s'étalera de 1931 à 1939. Cette approbation, même si elle reste encore très générale, permet au moins d'entamer les travaux de percement des galeries sur site.

L'adjudication du marché de construction de gros-œuvre des locaux souterrains est donc lancée dés Mai 1931, et le marché passé dans la foulée le 28 du mois à l'entreprise HUMBERT de Gap avec échéance fin 1933. Le budget total du gros-œuvre de l'ouvrage est alors estimé à 5,5 MF, blocs compris. Les travaux commencent en même temps que la démolition des locaux des batteries casematées de l'ancienne Redoute du 19° siècle. Un partie des moellons de maçonnerie de ces batteries seront réutilisés dans les maçonneries intérieures de l'ouvrage, en l'absence de rocher de bonne qualité à proximité.

En Octobre 1931, une centaine de mètres linéaires de locaux souterrains sont déjà déroctés et 49 mètres supplémentaires sont à des stades d'avancement variables.

- 1932 :

Dans la foulée de la passation de marché pour les travaux souterrains, le marché de construction des blocs bétonnés est attribuée le 31 Janvier 1932 à l'entreprise DEBERNARDY & PERRIER de Fures (Tullins) dans l'Isère.

L'année 1932 est celle qui voit l'établissement de l'ensemble des dossiers techniques des blocs actifs et locaux souterrains.

Le premier à être produit par la Chefferie du Génie de Gap, en charge de la conception des ouvrages en Ubaye, est celui daté du 5 Avril et concernant le bloc B, à savoir le coffre de contrescarpe de protection du fossé. Ce bloc, initialement unique, est en définitive séparé en deux coffres simples indépendants (B-1 et B-2, qui seront renommés B2 et B3 après 1935) prenant chacun sa branche de fossé en enfilade. Le projet en question est approuvé le 30 Mai 1932 par le ministère (DM 2268 2/4-S) sous réserve que les questions restées sans réponse quant à la protection des dessus de l'ouvrage et du fort soient traitées ultérieurement de façon spécifique. En effet, les créneaux pour mortiers de 50mm des deux coffres ne couvrent que très imparfaitement les dessus.

Début Juillet, le projet détaillé relatif au casernement et aux locaux souterrains est proposé par la chefferie de Gap, et approuvé sans commentaires majeurs début Septembre (DM 3863 2/4-S). Chose notable, il ne prévoit qu'un seul égout d'évacuation, passant sous le bloc latrines/lavabos/urinoirs et s'évacuant vers l'arrière de l'ouvrage par une buse métallique. La crainte de voir cette buse bouchée entraine l'ajout d'un grand réservoir de 25 m3 à côté de la fosse des latines, relié audit égout et destiné à recevoir temporairement les eaux de l'égout principal de l'ouvrage le temps de réparer. Autre point notable : à ce stade, il n'est toujours pas prévu de mortiers de 81mm dans le bloc d'artillerie de l'ouvrage.

C'est le tour du projet du bloc C (observatoire, futur bloc B4) à entrer dans le processus d'approbation centrale, le 1er Aout. Ce projet est approuvé le 6 Septembre. A cette occasion, le débat sur la protection des dessus de l'ouvrage est relancée. La CORF fait remarquer que le cloche GFM de l'observatoire est nettement insuffisante pour couvrir les zones de l'ouvrage non couvertes par les mortiers des coffres de contrescarpe et qu'il serait judicieux d'ajouter un créneau lance-grenade au bloc d'entrée - encore à définir - pour compléter cette couverture ainsi que celle du chemin montant de Meyronnes. Cette suggestion, initialement retenue, ne sera cependant pas mise en œuvre comme on le verra plus loin. Dans cette même note, la CORF fait incidemment remarquer que l'ouvrage de BAS de SAINT OURS n'est pas couvert par les mortiers de 75mm flanquants du futur bloc d'artillerie ni vu par l'observatoire : la graine de l'arrivée des mortiers de 81mm dans le bloc d'artillerie est plantée, ainsi que celle du futur B6...

Sur le terrain, l'année est essentiellement dédiée à la poursuite des travaux en sous-sol. En Avril, le percement des galeries principales est achevé, et 50% des maçonneries de garnissage est réalisé. En juillet, les 2/3 sont réalisés et nn fin d'année, le travail de gros œuvre en sous-sol est considéré terminé. Les terrassements en surface débutent en vue de la construction des blocs.

Le Gal BELHAGUE, président de la CORF, fait une visite sur site en Septembre de manière à évaluer la question du bloc d'artillerie et l'épineuse question de l'observation et la protection de fond de vallée déjà discutée lors de la conception du bloc C. Ceci se traduit par une note d'orientation du 403/FA du 29 Septembre qui sera prise en compte dans la définition du bloc d'artillerie D. C'est ainsi que deux mortiers de 81mm sont ajoutés à l'armement prévu du bloc.

Le projet d'implantation du bloc D (futur bloc 5, bloc principal de l'ouvrage) est émis par la chefferie du Génie de Gap le 29 Octobre 1932 (dossier 1149/S). Un point ennuyeux est apparu à cette occasion : le point bas du bloc (fosse de tourelle et monte-charge et fond de fossé diamant) est plus bas que l'égout primitif de l'ouvrage ! Le Génie local va donc devoir proposer la construction d'un deuxième égout, spécifique au bloc D (B5) et qui sortira dans la falaise face à St Ours, offrant par là même à la direction du Génie l'opportunité de proposer d'ajouter un créneau d'observation dans la falaise en bout de galerie visitable de ce nouvel égout.

- 1933 :

Ce projet du bloc D (B5) s'attire de nombreux commentaires techniques de la CORF et de l'ITTF, qui font qu'il n'est approuvé que sous un nombre important de réserves à prendre en compte le 16 Février 1933 (DM 706 2/4-S). Ces corrections demandées portent essentiellement sur l'orientation des créneaux, sur la disposition des évacuations de douilles et sur les locaux de commandement, ainsi que sur les créneaux optiques. Concernant ces derniers, le Génie local a voulu leur donner plusieurs missions chaque, incluant des fonctions d'observation voir de tir au FM en protection des abords. Cette façon de voir est récusée par les instances centrales qui rendent à ces créneaux leur simple rôle principal optique, sauf pour celui orienté vers HAUT de SAINT OURS, coaxial avec les armes sous casemate, pour lequel il est admis une fonction d'observation du champ de tir du bloc D. Il sera donc d'un type différent. La défense périphérique de ce bloc massif reste néanmoins un souci en l'absence de ces créneaux "optique-FM" originellement envisagés, et en l'absence de cloche GFM. La protection des dessus sera assurée par pistolet-mitrailleur à partir de la cloche VDP du bloc C (B4) sous réserve que l'adaptation de cette arme à la cloche soit finalement mise au point...

Le dernier projet de bloc à passer par le processus de validation est celui du bloc A (bloc d'entrée), émis le 25 Avril 1933. Tel qu'initialement prévu, ce bloc comporte un créneau FM vers l'ancien ouvrage, correspondant au coffre de flanquement précédemment supprimé, et un créneau FM doublé d'un créneau lance-grenade (futur Mo50) flanquant la route et la voie étroite d'accès. Au bilan, le bloc d'entrée revient à 50.000 F de plus que le budget prévisionnel, que la DG propose de prendre sur le budget des ouvrages de Restefond. Consultée sur cela, la CORF refuse catégoriquement et demande à ce que les économies soient faites sur les chantiers de l'Ubayette. Ce projet est par ailleurs critiqué par la CORF au motif de la difficulté à insérer la courbe de la voie de 0,60m du fait du fossé du lance-grenade. Jugé finalement inutile, ce créneau est supprimé par la CORF par note du 12 Mai 1933. Ceci donnant l'opportunité de supprimer l'étage inférieure de l'entrée en déplaçant la pièce TSF, la Direction du Génie (DG) de Briançon est contrainte de revoir complètement son projet.

Un second projet de bloc, amendé et simplifié, est ainsi émis le 20 Mai, se concentrant sur la TSF à déplacer dans le bloc. Ce projet est approuvé par la Ministère par DM 3950 2/4-S du 26 Juin 1933. Les débats ne s'arrêtent pas là, portant ensuite sur la façon d'intégrer la voie de 0,60m dans des portes de type 4 et 5A non prévues pour cela tout en ménageant la courbe de 8m de rayon permettant de s'aligner sur le passage du pont levis ancien de la redoute.

L'année voit la réalisation de l'essentiel des fouilles et bétonnages extérieurs.

Le terrassement des blocs de contrescarpe (B2 et B3) sont finalisés en Mai de l'année, suivi de la coulée de ces blocs en Juin-Juillet.

La coulée du Bloc observatoire (B4) est effectuée entre Aout et Septembre 1933, suivie immédiatement de celle du bloc d'entrée, tout juste approuvé. A cette occasion, le tracé précis de la courbe d'entrée de la voie de 0,60m dans l'ouvrage est établi et approuvé avec l'aide du Service des Voies-Etroites de Versailles.

Les fouilles du bloc D (futur B5) sont réalisées entre Juin et Aout 1933. Le bétonnage est une opération rendue délicate par le manque de place : le bloc sera donc coulé en deux demi-blocs (demi-bloc A, correspondant à la casemate d'artillerie, et le demi-bloc B correspondant à la tourelle) avec joint médian. Cela représente 7 coulées au total, soit une pour la dalle de radier et trois pour chacun des demi-blocs.

La première des sept coulées est effectuée en Novembre, mais le chantier doit être laissé en l'état pour l'hiver, après sécurisation, la température interdisant la poursuite du bétonnage. Le ferraillage et les coffrages de la partie supérieure sont cependant posés en janvier 1934.

Les installations intérieures commencent en fin d'année, avec l'installation des fosses septiques (décembre) et de la cuisinière de l'ouvrage (octobre). Le marché d'installation de la centrale électrogène est passé à l'entreprise "Société Nouvelle des Usines de La CHALEASSIERE" de Paris

Au 31 Décembre 1933, les terrassements et maçonneries sont considérés achevés, le bétonnage est avancé à 50% (le reste représente à lui seul la finalisation du B5 !). Le gros-œuvre de l'ouvrage est considéré avancé à 85%. Côté pose de cuirassements, il reste les deux cloches du bloc C à poser; la tourelle de 75/33 et les trémies du bloc D. Il n'y a encore ni ventilation, ni chauffage, ni installation électrique, mais… les lits sont à pied d'œuvre.

- 1934 :

Tout comme pour HAUT SAINT OURS, les locaux souterrains à peine construits montrent une forte tendance aux infiltrations d'eau, et cela malgré deux campagnes importantes d'injection de ciment en arrière des maçonneries en 1933 et 1934. Dans le cas de ROCHE la CROIX l'explication, trouvée en 1935, n'est pas consécutive d'une malfaçon mais d'un affaissement du terrain à la jonction entre l'ancien casernement de surface et le terrain environnant, probablement aggravé par les travaux de construction du nouveau "casernement avancé" juste à la verticale. Ceci s'est traduit par une destruction du drain de surface de la toiture de l'ancien casernement. L'eau de pluie drainée par le toit ou ruisselant du bloc observatoire (640 m3/an !) s'infiltre directement le long du mur vertical de l'ancien casernement et de son extension vers la galerie principale juste à l'aplomb en dessous… Le problème est solutionné dans un premier temps en drainant la surface du casernement vers l'ouest et la cour de la Redoute. Cela ne sera pas suffisant et nécessitera ultérieurement des travaux de drainage et d'étanchéité dans les galeries et locaux eux-mêmes.

Les coulées restantes du bloc D (B5) sont réalisées courant de l'été 1934.

A cette même période se déroule l'étude de la voie de 0,60m entre la recette haute du téléférique et l'entrée de l'ouvrage. Cette voie doit entrer par une courbe dans l'ouvrage pour éviter la rupture de charge d'une plaque tournante en plaine zone exposée. Ceci nécessite, malgré une courbure de voie très serrée de 8 mètres, de supprimer le pont levis et le fossé situé sur la piste d'accès en amont de l'entrée, reliquat de l'ancienne redoute Séré de Rivières. Ces travaux de démolition et comblement sont réalisés par la MOM, ainsi que le pose de la voie de 0,60m d'un développement de 820 mètres durant le mois de Juillet 1934.

- 1935 :

La construction des deux coffres de contrescarpe et la destruction de la caponnière ancienne a laissé béante la gaine d'accès à ladite caponnière. Un projet de comblement de cette galerie et de fermeture de son débouché dans le fossé est approuvé en Septembre et sera réalisé début 1936.

L'équipement de l'usine électrogène est réalisé courant 1935. Des essais de groupes ont lieu en fin Juillet en présence du Gal BELHAGUE de la CORF, présent sur place pour une inspection des chantiers.

Fin 1935, la décision d'arrêter tous les travaux non vitaux comme suite à la détente avec l'Italie (conférence de Stresa) et aux difficultés financières met un coup d'arrêt aux travaux dans l'ouvrage. L'essentiel de l'équipement de l'ouvrage est donc remis sine-die. La tourelle de 75mm/33 n°219 de l'ouvrage est cependant réceptionnée provisoirement le 12 Novembre, sans dysfonctionnement sensible. La réception définitive est planifiée pour le printemps 1936.

- 1936 :

Seuls les travaux financés sur enveloppe 1935 sont réalisés dans l'ouvrage, et portent sur des aménagements de détail :
* équipement des latrines et lavabos
* aménagement d'un atelier d'entretien d'artillerie dans l'ancien magasin caverne, près de l'entrée.
* recherche d'une source d'approvisionnement en eau.
* travaux (programme réduit) d'étanchéité des galeries.


Rédaction : Jean-Michel Jolas - © wikimaginot.eu - Février-Novembre 2019
Source(s) :
SHD - carton 7N3847, 2V246, 2V259 et 4V365 et suivant, 6V11125



- 1937 :

En 1937, un projet de liaison en puits entre l'ouvrage et le casernement modernisé de la redoute (renommé "Casernement Avancé de Roche la Croix" !) est envisagé. Ce projet restera sans suites. Par contre, le projet de création d'un tunnel piétonnier en tôle métro pour protéger l'accès du risque d'avalanche, présenté en Aout, est approuvé et sera construit avant l'hiver 1937-1938 en profitant de la réouverture accélérée de crédits pour la fortification après le moratoire de 18 mois.

Ces même crédits permettront, sur base d'un projet de Juillet 1937, l'ajout et la prolongation des tuyaux d'échappement des gaz à la sortie du bloc cheminée (B7) pour éloigner les échappements nocifs du nouveau "casernement avancé". Certains de ces tuyaux sont encore visibles de nos jours.

Cette même année voit un changement majeur dans l'adduction d'eau de l'ouvrage. Initialement prévu pour n'être ravitaillé que par camion citerne, cette situation inquiète l'état-major tant du point de vue de la sureté d'approvisionnement que de celui du cout. Engagées dés 1936, les études d'une adduction continue à partir d'une source locale aboutissent à la rédaction d'un projet technique en Mars 1937 et à la passation d'un marché de réalisation des travaux dés le 5 Mai 1937, commun à ROCHE la CROIX, HAUT de SAINT OURS et Nord-Est de SAINT-OURS.

Dans le cas de ROCHE la CROIX, la source à capter se situe en dessous de l'ouvrage dans le ravin de Séguret. L'option choisie consiste à capter la source classiquement puis de descendre le flux d'eau vers une station de pompage constituée de deux pompes bélier permettant de remonter les 100 mètres de dénivelé. Les pompes bélier sont préférées à une simple motopompe car elles sont sans entretien et ne nécessitent pas d'énergie électrique, la remontée d'eau se faisant par effet hydrodynamique utilisant la pression d'eau descendant en amont et son énergie cinétique.

Le marché en question est passé à l'entreprise DEBERNARDY, qui était déjà intervenue sur le gros-œuvre de l'ouvrage, et à l'entreprise GIANOLA & Fils pour ce qui est de la fourniture des béliers permettant de remonter l'eau vers l'ouvrage.

Fin 1937, la chefferie de Gap estime le degré de réalisation de l'ouvrage à 98%, hors le nouveau bloc 6 (Observatoire avant) restant à réaliser complètement. Pour le reste, l'armement est en place ainsi que les équipements intérieurs à quelques détails près. Les réseaux de protection extérieurs sont cependant à finaliser totalement. La dépense cumulée à ce point - uniquement pour le génie et hors armement et munitions - est de 8.019.000 F, auxquels devront se rajouter les 1.190.000 F prévus pour le bloc 6 et 5.000.000 F pour les cuirassements. Le prix de revient total "clé en main" est finalement évalué à 16.050.000 F tout compris, soit plus du triple de l'estimation initiale de 1931...

- 1938 :

Le ministère demande en Mars 1938 à ce que les locaux d'entretien et de stockage du Génie et de l'Artillerie des ouvrages soient améliorés, dans le cadre d'un projet plus large "d'amélioration des conditions d'habitabilité" incluant la création de morgues, de locaux de traitement des gazés, etc... Pour répondre à cette demande dans le cas de ROCHE la CROIX, la chefferie de Gap propose un projet le 18 Novembre 1938 intégrant le remplacement du petit atelier, jugé trop exigu compte tenue de la charge générée par la présence d'une tourelle de 75/33, par la création de deux nouvelles alvéoles face à face en bout de garage à droite du pied de plan incliné d'entrée. Ce projet fait suite à une première ébauche qui avait été faite en 1934 mais reportée sine-die par manque de moyens. On prévoit dans l'alvéole côté Est du garage un grand atelier commun Génie/Artillerie suivi d'un local de stockage de matériel d'Artillerie, et côté Ouest un local de stockage du matériel du Génie. Ce projet ne verra cependant jamais le jour avant le conflit.

Le bloc 6, dit Observatoire de l'Egout, sera ajouté tardivement au plan de l'ouvrage à la demande de l'état-major local, de manière à permettre une meilleure surveillance du fond de vallée qui échappe complètement au bloc 4. Ces travaux se dérouleront sur 1938-39.

- 1939-1940 :

Le système d'adduction d'eau par béliers hydrauliques s'avère à l'usage insuffisant en débit. Dans ces conditions une demande est faite de le compléter par une station de pompage classique par motopompe électrique, installée sur une seconde source plus bas que la station de pompage par béliers. Ces travaux seront réalisés fin 1940

L'ouvrage sera totalement achevé en 1940, à l'exception du système de filtrage de l'air et des projecteurs du bloc 6

Rédaction : Jean-Michel Jolas - © wikimaginot.eu - Octobre 2019
Source(s) :
SHD - 4V366



L'histoire de la conception et de la construction du Bloc 6 est particulière et mérite un zoom.

Dés 1934, alors que les travaux de construction de l'ouvrage sont en cours, l'artillerie déplore que le bloc observatoire sommital (B4) ne permette aucune vue vers le fond de la vallée (BAS St OURS). Cette même année, la Direction du Génie de Briançon émet donc un premier projet visant simplement à ajouter au bout de l'égout du B5 de l'ouvrage, en avant du bloc, une simple paroi équipée d'un périscope, projet approuvé par la CORF mais finalement ajourné suite au contexte de détente avec l'Italie.

La question est reposée à l'automne 1936 par le Génie local, qui inscrit 350.000 F sans plus de détail au programme d'investissement 1937 pour la construction de l'observatoire. Cette demande est ramenée à 100.000 F par le Gal GARCHERY, commandant la Région Militaire, compte tenu de la modicité des budgets accordés. La chefferie de Gap, insatisfaite avec le projet de 1934, propose un avant-projet en Février 1937 permettant en outre de répondre aux demandes additionnelles de prise en compte du réglage de toutes les pièces du secteur et celle du commandement du SF du Dauphiné de rajouter un créneau de mortier et un projecteur. Par contre, la demande initiale de l'Artillerie d'arracher la cloche VDP du bloc 4 pour la mettre dans ce nouvel observatoire et de la remplacer par un poste optique bétonné est tout simplement ignorée… Ce premier jet, avec chambre de repos et deux étages, sort à 400.000 F ce qui est hors de proportion relativement aux 100.000 F accordés au budget !

N'ayant même pas présenté ce premier projet à l'approbation, le Génie local revient le 15 Avril avec un projet de bloc plus raisonnable. Ce nouveau projet comporte un bloc en protection 1 - du fait du supposé défilement - équipé donc de :
* quatre grands créneaux permettant une visibilité à 180 dégrés de toute la vallée, jusqu'au col de Larche
* un créneau pour projecteur pouvant éclairer en avant des ouvrages de St Ours, jusqu'à 3 kilomètres,
* la possibilité de tirer avec un mortier de 50mm par l'un des créneaux d'observation,
* et d'un periscope sommital.
La fonction de prise d'air frais de secours pour l'ouvrage de l'ancien égout est conservée.

Ce projet, estimé à 120.000F, est examiné en Juin et s'attire de nombreuses critiques du Génie : protection trop faible contre des coups venant du plateau de Mallemort, créneaux bien trop vastes (1,90m x 1,40m !) car devant permettre d'observer aussi bien les crête que le fond de vallée, créneau projecteur constitué d'un grand vide en l'absence de clarté sur les caractéristiques d'un tel projecteur longue-portée qui n'existe pas encore...

Le projet est sèchement rejeté début Juillet 1937 par la direction du Génie et il est demandé à la chefferie de Gap de totalement revoir sa copie :
* en séparant les fonctions d'observation, quitté à rajouter une cloche GFM (qui pourra être prise sur les cloches rebutées pour autant que la cause de rebut n'entache pas sa résistance). Il est même suggéré de remplacer purement et simplement le bloc par un observatoire cuirassé.
* en passant en protection minimale de 2, sachant que le bloc d'artillerie (B5) est en protection 3.
* en limitant la taille des créneaux.
La STG fait par ailleurs remarquer à juste titre que la luminosité d'un projecteur grande puissance était de nature à sérieusement gêner l'observation de nuit à partir des créneaux à proximité.

Un nouveau projet tentant de reprendre les préconisations est présenté par la chefferie de Gap le 16 Septembre 1937, qui s'attire à nouveau les critiques de la STG et entraine à nouveau son retrait.
* le créneau obs. ajouté face au col de Larche est jugé trop exposé.
* deux des quatre créneaux observation ont sensiblement le même angle de vue.
* Les créneaux de la cloche GFM type B ajoutée ont exactement les mêmes directions de vue que les créneaux sous béton, entrainant une redondance inutile.
* enfin le devis fourni (on passe à 550.000 F...) est par ailleurs incomplet.

Relevant des incohérences dans le projet, la STG demande mi-octobre des clarifications à la chefferie de Gap, notamment sur l'orientation exacte des créneaux d'observation; le champ vu de la cloche GFM rebutée ajoutée en toiture et enfin la zone vue par l'observatoire de SERRE la PLATE. En réponse, la CG de Gap corrige les plans défectueux du projet de Septembre et justifie les créneaux redondants par la nécessité de prévoir plusieurs observateurs par direction compte tenu du grand nombre de pièces à régler !

Mécontente, la STG finit par faire le travail de Gap et renvoie en Novembre 1937 à la chefferie un ensemble de plans corrigés et optimisés par ses soins sur la base du projet local et permettant de traiter tous les défauts soulignés par les experts :
* créneaux d'observation dérivés du créneau FM standard, tout comme le créneau pour mortier de 50mm,
* traitement de la redondance inutile de couverture des orientations d'observation
* réservation de 1,5mx1,5m pour le créneau projecteur, à combler en cas d'échec de mise au point de l'appareil dont les tests seront réalisés à l'été 1938, sans succès.
* rajout d'un ventilateur pour la surpression de l'étage inférieur, qui avait été "oublié" par Gap. L'étage supérieur ne sera pas surpressé car non armé (cloche et créneaux d'observation pure).
* Ajout de cinq piliers d'ancrage en béton de 1m de diamètre et 1m de profondeur dans le rocher pour empêcher le basculement potentiel du bloc dans le vide.
Le total arrive à 700.500 F tout compris. Ce chiffre sera rapidement révisé par le service local à 1.200.000 F environ incluant les cuirassements…

Ce projet STG est approuvé par DM le 27 Décembre 1937 (DM 12378 2/4 S). Le cout total est "optimisé" début 1938 en coupant sur les locaux et la taille de la galerie de liaison avec le B5 pour finalement rentrer dans les 700.000 F tout compris… La chefferie de Gap réécrit donc un dossier technique sur la base du travail de la STG, dossier qui est émis le 15 Avril 1938. Le marché de construction est passé le 7 mai 1938, au terme d'une adjudication compliquée par les surenchères importantes des entreprises consultées, à la société ANDRAU de Barcelonnette, pour 500.000 F sur l'année 1938 et 200.000 F sur 1939.

Les travaux de déroctage débutent le 15 Juin après que l'armée ait dument informé les Eaux et Forêts du risque de sécurité lié aux chutes de rochers sur les forêts situées sous la falaise. A peine débutés, la Direction du Génie de Grenoble demande à ce que le plan de la galerie d'accès au bloc soit modifié par élargissement de 0,80m à 2,75m sur 15 mètres de long pour créer une réservation pour l'installation future éventuelle de filtres à gaz sur la prise d'air de secours de l'ouvrage. L'opération de démolition en vue de son élargissement de l'ancienne galerie faite en 1934 par DEBERNARDY & PERRIER laisse apparaitre de sérieuses malfaçons sur le travail de l'époque : maçonneries de 10 à 15cm au lieu des 50 demandés, vide non comblé entre maçonnerie et rocher,... Ces malfaçons sont constatées par agent assermenté en prévision d'un recours contre l'entrepreneur.

La cloche GFM récupérée, strictement réservée à l'observation et non armée, fait l'objet d'une étude spéciale de réusinage des créneaux pour permettre de voir le fond de vallée. A cette occasion, il est décidé de revenir à une cloche grand modèle rebutée de type A, plus facile à modifier (décision du 4 Juillet 1938). Elle sera installée sans cuvelage mais avec plancher mobile quand même.

Les terrassements se déroulent de Juin à Septembre 1938, immédiatement suivis du bétonnage du bloc, en 3 coulées sur Septembre/Octobre 1938. L'hiver est réservé à l'équipement intérieur du bloc et à de longs échanges avec la 4° Direction et le service Electromécanique du Génie relatifs à la nature des cuirassements à prévoir sur les créneaux d'observation et de la cloche GFM. Ces débats sont tranchés en Mai 1939 : ce seront des trémies dérivées du créneau FM type A équipés de montages type cloche GFM A récupérés parmi ceux libérés par la conversion des cloches GFM A en GFM B dans le Nord-Est ! Le tout sera équipé de simples blocs jumelles GFM, 4 pour les créneaux sous béton et deux pour la cloche.

La cloche GFM (en fait uniquement "G" !) est réceptionnée en Avril 1939 et le Génie de Gap lance l'adjudication du marché de transport routier de celle-ci depuis la gare de Prunières sur la ligne Gap-Embrun et l'ouvrage, ainsi que son montage. A cette date, la ligne de chemin de fer Prunières-Barcelonnette est bien en construction mais est largement inachevée, nécessitant ce transport routier délicat qui est adjugé à la société Farçat de Grenoble le 7 Juillet 1939.

La construction du bloc s'achève en Septembre 1939, avec l'installation sur site de la cloche d'observation ex-GFM. Lors de la mise en place, la cloche est finalement tournée de 15 grades vers la droite par rapport à ce qui était prévue en Avril 1938 pour améliorer la couverture du col de Larche.

Rédaction initiale : Jean-Michel Jolas - © wikimaginot.eu - Octobre 2019
Source(s) :
SHD - cartons 2V259 et 4V366



SOURCES, Bibliographie ou documents de réference


Bernard Morel et Gérard Lesueur, Forts de Roche-la-Croix et du haut de Saint-Ours : la ligne Maginot en Haute Ubaye, Barcelonette, Association des fortifications de l'Ubaye, 1998, 28 p. (ISBN 2-908103-05-2).

Jean-Yves Mary, Alain Hohnadel, Jacques Sicard ;Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 5 (ISBN 978-2-35250-127-5)


Description touristique


La visite commence par une présentation générale de la ligne Maginot en extérieur, puis conduit de l'entrée aux secteurs logistiques (usine, casernement, etc) jusqu'au bloc 5, où des démonstrations de manœuvre de mortier de 81mm et de canon-mortier de 75/31 sont effectuées.
La visite se termine par la tourelle de 75/33.


Horaires d'ouverture au public


Consultez le site suivant pour les horaires d'ouverture :

http://www.ubaye.com/sortir/fortifications-vauban-fort-tournoux-roche-la-croix-saint-ours.html



© 2019 -Tous droits réservés wikimaginot.eu - Cette page a été mise à jour le 31/10/2019


ROCHE la CROIX - R...


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