Les missions de la CEZF sont complétées dans la note 0227-3/FT du 23 Septembre suivant. En liaison avec les armées concernées, elle doit établir les plans d'ensemble de ces 2èmes positions, voire d'une éventuelle position intermédiaire entre 1e et 2e position, ainsi que définir les éléments constitutifs de cette nouvelle ligne.
Pour l'étude et la réalisation, la CEZF s'appuie sur des éléments du Génie détachés des armées concernées "... sans nuire à la réalisation des travaux sur la 1ère position." (sic). Elle définit enfin la répartition qui parait adéquate entre ce qui est à réaliser par la MOM et ce qui relève de marchés civils compte tenu du caractère spécialisé.
Dés la fin Septembre, le Gal BELHAGUE précise un certain nombre de décisions structurantes concernant la nouvelle fortification :
- les blockhaus à construire seront conformes à la "Note provisoire relative à l'organisation de blockhaus double pour canon antichar de campagne et mitrailleuse Hotchkiss" STG, approuvée le 29 Décembre 1938, avec dalle de 2,00 m.
- Compte tenu des délais prévisibles pour l'approvisionnement des cuirassements, les cloches observatoire par éléments de 15 cm d'épaisseur - attendues pour Avril 1940 - sont doublées d'un orifice de toiture permettant l'utilisation temporaire d'un périscope type V. Ces cloches disposeront d'un doublage intérieur mais sont équipées d'un plancher fixe.
- Les carters de trémie définitifs, livrables à partir de mi-1940, sont temporairement remplacés par des trémies Condé avec carter léger et affut spécial (mitrailleuses) ou une trémie en tôle épaisse soudée temporaire (canon de 25mm). Le canon de 47mm bi-flèche, un temps considéré, est mis de côté au profit de l'utilisation exclusive du canon de 25mm Mle 1934 ou 1937.
Une prévision de quoi équiper 900 à 1000 blockhaus est estimée et les commandes sont passées.
Après reconnaissance de terrain, le tracé général de la position est validé dans ses grandes lignes dés la fin Septembre 1939 mais subira des ajustements significatifs jusqu'en Décembre 1939. Le processus est long, car la CEZF se trouve en position de devoir arbitrer au niveau Groupe d'Armées entre les idées parfois antagonistes de commandements d'Armées dont les propositions de tracé ne se raccordent pas nécessairement... Ces ajustements expliquent en partie le démarrage tardif (fin de l'année) de certains chantiers, notamment à la jonction entre les 1° et 9° Armées.
Il est décidé début Octobre que là où des travaux importants dans les zones en 1ère ligne sont en cours, la ligne CEZF sera réalisée sous contrôle des Armées concernées (1°, 2° et 3° Armée), mais que dans les zones de constructions peu actives, comme en arrière de la 9° Armée ou du Jura, la CEZF gérera directement les chantiers de construction. Les chantiers et l'organisation de terrain de la CEZF dépend de chefferies de travaux créées pour l'occasion sur le modèle de l'ancienne structure de la CORF.
La première position de la 4° Armée (Sarre) étant peu puissante, la CEZF se voit confiée la réalisation d'une ligne intermédiaire entre 1° et 2° ligne, de part et d'autre d'une position Guessling-Francaltroff-Val de Guéblange. Cette ligne a déjà été partiellement équipée par ses propres moyens par la 4° Armée en 1938 avec des blocs légers.
Dans tous les cas, le tracé de la ligne et l'implantation des blocs est défini par les armées, avec accord de la CEZF. Autre décision fonctionnelle importante : la ligne CEZF sera constituée de deux lignes de blockhaus parallèles, une ligne principale précédée d'un obstacle antichar, et une ligne d'arrêt à environ 2 kilomètres en arrière de celle-ci, elle-même avec obstacle antichar. L'obstacle antichar sera constitué entre les blocs sous la forme d'un fossé à profil trapézoïdal de 2,50m de profondeur pour 5,50m de large, avec un talus vertical recouvert de fers IPN. Autour des blockhaus il est constitué de 5 ou 6 rangées de rails. Cet obstacle est doublé d'un réseau de barbelés de 6 mètres de large.
Les entreprises civiles pour les chantiers sont sélectionnées début Octobre, en parallèle du transfert des unités du Génie ou des régiments de travailleurs affectées aux travaux :
- 219° Régiment de Travailleurs de Réserve Général (RTRG) de Paris sur le ban du DAA (Ardennes)
- 27° RTRG d'Amiens affecté à la 2° Armée (Meuse)
- 33° RTRG de Rouen affecté à la 4° Armée (Sarre)
- 35° RTRG de Rouen affecté à la 7° Région Militaire (Jura)
Le chantier débute entre Novembre et Décembre 1939, constitué de 10 zones de travail d'une quinzaine de kilomètres chaque représentant 180 km au total et un ensemble de 350 blocs et 250 kilomètres d'obstacle antichar. Dans un deuxième temps, ces noyaux devaient être prolongés progressivement à leurs extrémités au travers de trois autres tranches de travaux de 140-150 km chaque étalées sur 1940 et 1941.
Les zones de travail prioritaires (1° tranche) définies en Septembre 1939 sont:
- 1° Armée :
* bretelle des Monts à Watten : 20 km
* Iwuy-Briastre devant Cambrai :14 km
* Montay-Bois l'Eveque devant le Cateau-Cambresis : 10 km
* Signy L'Abbaye-Poix-Terron : 18 km
* Omont-Stonne : 17 km
* Beauclair-Brandeville : 16 km
* Cote de Romagne-Han devant Pierrepont : 20 km (chantier géré par le Génie de la 2° Armée)
* Forêt de Hémilly-Bois de Guessling : 13 km
* ligne intermédiaire 4° Armée de Guessling à Val de Guéblange : 28 km
* Sarre-Union-Butten : 13 km
* bretelle Morteau-Consolation : 15 km,
* 1ère position de Gilley, d'Arçon au Larmont (Est Pontarlier), remplacé par un tronçon Maisons-du-Bois - Les Etraches : 7 km
* verrou prioritaire de Remorey-Granges Ste Marie : 6 km
Les blockhaus dont la construction a été lancée sont inachevés du fait des délais courts, du manque de personnel, du conflit de priorité qu'il y a avec les travaux de première ligne et enfin du fait de la rudesse de l'hiver 40. Les travaux se sont concentrés sur la ligne principale, à l'exception notable du tronçon Beauclair - Brandeville (secteur de MONTMEDY) où la ligne d'arrêt en arrière immédiat de la ligne principale a connu un début de construction.
Sur les 172 blocs prévus en 1° tranche, seuls une cinquantaine furent coulés, et un certain nombre furent entamés de façon plus ou moins avancée (piquetage, fouilles, radier). Ces constructions, dépourvues de leurs cuirassements hormis quelques exceptions, ne seront pratiquement pas utilisées comme position de rétablissement par les troupes alliées en repli.
Seul contrexemple - de taille - à cette inutilité générale : les combats tenus par le 291° RI le 15 Juin 1940 sur la seconde position de la Sarre entre Grostenquin et Francaltroff, qui eurent le mérite de ralentir suffisamment les allemands pour faciliter le repli du gros des troupes. Les blocs STG de cette section présentent encore les traces de ces combats.
L'effort considérable que constituait la construction d'une deuxième ligne d'une puissante certaine dans un laps de temps aussi court était tout simplement hors de portée pour une organisation sans moyens propres adaptés et devant dépendre largement de la bonne volonté des unités en ligne dont la priorité était naturellement ailleurs. Dans un contexte où la probabilité d'arriver au bout d'un tel programme alors que l'Allemagne fourbissait ses armes était objectivement mince on peut sans doute se poser la question de la pertinence stratégique d'un tel effort fait au détriment d'autres renforcements. Par ailleurs assurer un pilotage de ce projet par une organisation calquée sur celle de la CORF - qui avait certes fait ses preuves en temps de paix - sans pouvoir ni moyens réels en temps de guerre s'est sans doute avéré inadapté.
Jean-Michel Jolas - 02/10/2017, 24/09/2018 et 14/03/2019
fonds Hohnadel, coll. Musée de la Moselle en 1939-45, Hagondange.
SHD : carton 27 N 144, 29 N 52, 29 N 90