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Secteur Fortifié ...
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Secteur Fortifié de Faulquemont

(SFFA)







Généralités

Le secteur fortifié de Faulquemont (SFFA) couvre la partie la plus à l'est de la Région Fortifiée de Metz (RFM). Ce secteur, bien que faisant partie de la première vague de construction CORF, n'a été construit qu'en 2ème temps, comme prolongation du tronçon Rochonvillers-Anzeling côté sud-est. Pour plus de détail sur l'histoire de ce développement, voir le document joint à cette page.

Lors de sa création, en Août 1939, il s'étend d'une ligne Falck-Mommerstroff côté Nord-Ouest à une ligne Merlebach-Macheren (exclus)- Altviller (exclus)-Guessling côté Sud-Est. Il est bordé à gauche par le SF de Boulay , et à droite par le SF de la Sarre .

Bien que faisant partie intégrante de la Région Fortifiée de Metz (RFM) qui est la région fortifiée la plus puissamment dotée de la ligne Maginot, le caractère tardif de la construction du SFFA, dans un contexte déjà entaché de coupures budgétaires, a largement entamé ce qui était prévu au départ comme pour son symétrique de l'autre côté de la RFM, le SF de la Crusnes . La genèse du tracé de la position a d’ailleurs été le siège de nombreux changements et remises en cause entre 1926 et 1930.

Article sur la genèse du tronçon Est-Nied de la position principale de la RFM

D'un point de vue géographique, le SFFA est établi sur la ligne de côte qui surplombe de 100 à 150 mètres le bassin houiller de Creutzwald-Carling-Merlebach-Forbach, l’un des plus importants du pays (1), et s'achève au niveau de la vallée de la Nied. Il dispose donc d'une vue surplombante très large sur la frontière franco-allemande. En contrepartie, compte-tenu de la doctrine Maginot de construction de la LPR à minimum 10 km de la frontière, il laisse découvert la totalité du bassin houiller qui ne sera protégée que par quelques avant-postes et constructions tardives. On est là exactement dans la même situation que pour les mines de Longwy vis-à-vis du SF de la CRUSNES. Ainsi, 1 milliard de francs d’investissement industriel productif (valeur 1939) n’est en rien protégé et à portée de n’importe quel coup de main ennemi…

Plus tardivement, le SF de Faulquemont intègre deux sous-secteurs issus du SF de la Sarre et très représentatifs de ce secteur : voie d’invasion relativement ouverte et avec de nombreuses communications, mais avec possibilité d’obstacles d’eau. Ces deux sous-secteurs (Lixing et Leyviller) ne sont pas équipés de constructions CORF mais uniquement de fortifications légères.


Insigne du SF de FAULQUEMONT

Insigne du SF de FAULQUEMONT



Organisation de la position

La fortification permanente du Secteur Fortifié de Faulquemont est composée de constructions CORF ( Commission d'Organisation des Frontières - 1932-35) complétées par des éléments construits par la Main d'Oeuvre Militaire (MOM) ou décidés par la STG ( Lien 100036 non trouvé ).
A ce dispositif effectivement réalisé se rajoute une 2e ligne de défense ébauchée par la CEZF sur l'arrière de la position en 1939-40.


Ouvrages d'infanterie CORF

Trois ouvrages ont été construits dans le SFFA, qui auraient initialement dû être de gros ouvrages d'artillerie mais les restrictions budgétaires ont amené à reporter en deuxième cycle (càd à jamais) la plupart de leurs blocs dont les blocs d'artillerie.



Petits ouvrages d'infanterie CORF

Les petits ouvrages CORF initialement prévus en tant que tel sont au nombre de 5.


Eux-mêmes ont subi des coupures budgétaires et des ajournements de composantes, bien qu’ils aient été initialement dés le départ à bas cout



Casemates d'infanterie CORF

La couverture d'infanterie dans les intervalles entre ces ouvrages est assurée par 13 casemates d'infanterie CORF, de la casemate C65-Nord de BISTERBERG 1 à la casemate C77-BOIS de LAUDREFANG Sud.


Infrastructures

A ces éléments constituant la Ligne Principale de Résistance (LPR), il convient de rajouter pour la partie infrastructure les casernements des troupes de forteresse bâtis durant cette période ainsi que les dépôts et autres éléments d'infrastructures divers (routes, système téléphonique, etc).
Les casernements de sureté principaux ceux de BAN SAINT JEAN , ZIMMING et TETING , puis plus tardivement LIXING et LEYVILLER .


Constructions MOM ou STG

La CORF n'ayant pas pourvu le secteur fortifié de Faulquemont d'observatoire d'artillerie isolé (l'observatoire du MUTSCHERSBERG sera finalement relié comme B4 à l'ouvrage de KERFENT), d'abri d'intervalle ou de casemate d'artillerie, ces lacunes seront partiellment comblées par le rajout de constructions STG pour deux canons de 75mm Mle 1897



Viennent ensuite, construits par la Main d'Oeuvre Militaire (MOM) avant 1940, 33 blocs de type RFM Modèle 1935 (16 unités) ou 1936 (17 unités) - codés de Ab1 à Ab36 - placés entre ou en arrière des organisations CORF.
Les blocs Mle 1935 sont codés Ab1 à Ab16 (sans Ab5 et Ab11, mais avec Ab1bis et Ab9bis).
Les modèles 1936 sont codés dans l'ordre de Ab17 (Nied) à Ab 30 (Coume) et - insérés sans ordre apparent - Ab33 (Laudrefang), Ab35 (Bisterberg) et Ab36 (Téting).
Les numérotations des blocs type RFM 1935 et 1936 ne sont pas confondues mais séparées et parallèles, à l'inverse de ce qu'on observe sur le versant Ouest de la RFM.


Hors ces gros blocs basés sur des plan-types, on trouve :

34 emplacements pour tourelles démontables Mle 1935 - 37 (At1 à At30 avec des "bis")
7 cuves pour canon de 65mm en position antichar, codés Ac1 à Ac7
4 blocs équipés de cloches Pamart (Acp1 à Acp4) autour de Téting
8 boucliers pour canon antichar (Abo1 à Abo8)
8 observatoires de campagne (Ao1 à Ao8). Sur ces 8 blocs, 4 sont composés de carcasses de chars FT17 et 4 ont des guérites.
Une quarantaine d'abris/PC.


Les blocs visibles dans les sous-secteurs appartenant précédemment au SF de la Sarre sont d’une nature différente, car issus de services du Génie d’autres unités (20° Région puis 4° Armée) . Ils sont complétés d’inondations défensives de grande ampleur. A partir des blocs légers de protection de ces inondations, le programme BILLOTTE de renforcement de la frontière (1938-39) se traduit par la construction de gros blockhaus STG, versions simplifiées des casemates CORF. L’ensemble est complété par des casemates pour canon de 75mm de forteresse, mais à une seule pièce à l’inverse des grandes casemates doubles de la RFM. A l’inverse de la partie ouest du Secteur, cette partie Est a vu la construction d’une 2e ligne de défense dès 1937-38, sur une ligne Guessling-Grostenquin-Francaltroff. Cette amorce est reprise à son compte par la CEZF .


En avant de la LPR, le no-man‘s-land est protégé par 13 maisons-fortes de la GRM (Garde Républicaine Mobile) dont le rôle est servir de sonnette d'alarme à la ligne Maginot et de retarder l'avance ennemie par le biais de destructions de route.

Comme ailleurs, la période de la drôle de guerre (Septembre 1939 - Mai 1940) verra la multiplication de petits blocs MOM légers placés de façon plus ou moins anarchique dans les intervalles.


Ligne CEZF

Enfin et pour clôturer la liste, 5 à 10 kilomètres en arrière de la LPR, à l'extrémité Sud-Est de celle-ci, on trouve des blockhaus de la ligne CEZF ( Commission d'Etude des Zones Fortifiées ).
Constituée de gros blockhaus de type STG Mle 1939 simples ou doubles, cette ligne dont la construction est lancée en fin 1939 et à peine entamée lors des hostilités.
Quelques blocs seront coulés, mais aucun n'est équipé de ses cuirassements (cloches, type C et trémies).




Organisation humaine

Etat-Major

A la mobilisation, le SFFA est commandé par le Gal Jules BAUDOUIN jusqu'au 14 Avril 1940, date à laquelle il est muté adjoint au commandant de la 7° Région Militaire (Besançon) puis prend la tête de la 13° DI un mois plus tard. Le Col CARBONNIER, puis le Gal de Brigade Joseph MENDRAS (47° DI) prennent sa suite pendant 2 semaines en intérim, puis le Gal de Brigade Charles de GIRVAL commande à partir du 29 Avril jusqu'à la disparition du SFFA et sa transformation en division de marche.
Le PC de secteur est localisé à la ferme d'Helfedange . Le PC de paix est dans la ferme, et un PC de guerre bétonné était en construction en arrière de celle-ci en Mai 1940


Chef d'Etat-Major : Cdt VERGOZ

Commandant de l'Infanterie : Col VOGEL (2)

Adjoint : Cne Fernand MOLINIÉ


Commandant de l'Artillerie : Col Emile CARBONNIER – PC initial au château d’HELFEDANGE, puis à la mairie de Guinglange à partir du 21 Septembre 1939.

Adjoint : Cne de CASTELNAU, puis Cne Charles ROBERT (ex – 7° Bie/39° RAMF)
SRA : Cne Jacques LAURENT, Directeur des Aciéries de Rombas dans le civil qui y retourne rapidement, remplacé par le Lt BOUCHON
Transmissions d’artillerie : Lt ALLEAUME, puis à partir du 23/11/1939 le Lt VUILLAUME (ex 163° RAP)
Munitions : Lt BAZIRE
Détails : Lt BOUCHON, puis Lt Raymond MAYER (ex – 8° Bie/39° RAMF)


Commandant du Génie : Lt-Col COLLIER (jusqu'en Mars 1940, ancien chef du Génie de la chefferie de Metz-Sud avant la mobilisation), puis Cdt BURDEYRON

Rattaché au Génie, la 2° Cie Auxiliaire de Destructions Minières (CB Michel GERVAIS) (3)


Service de Santé : Médecin Lt-Col STREISSEL
Train : CE PERIN
Transmissions : Cne CHAMPEL
Officier Z : ?, adjoint Lt Jean BUNDGENS (sera ensuite en Mai 1940 officier interprète au 2° Bureau)
Services : Intendance (Int. Adj. GAUTIER), Poste (Chef de Section CHARCOSSET), Trésorerie (Off. Payeur TROUTOT), Justice Militaire (Off. JM Adj. RENAULT), Gendarmerie (Lt COLLIN)

1er Bureau (Personnel) : Cne POISSONNEAU
2ème Bureau (Renseignement) : Cne COURTET


Unités Organiques

Infanterie

Le Secteur Fortifié de Faulquemont est composé initialement de 3 sous-secteurs, puis seulement de 2 sous-secteurs suite à l'affectation du Sous-secteur de Narbéfontaine au SF de Boulay le 25 Septembre 1939.
Le 15 mars, les sous-secteurs de Lixing et Leyviller sont rattachés au secteur.

Après la mobilisation, on trouve d'Ouest en Est les unités suivantes:


160° RIF (Régiment d'Infanterie de Forteresse)

Sous-secteur de Narbéfontaine (Pour mémoire car il passe au SF Boulay dés le 25 septembre 1939)
Lt-Col BOUET), PC au Gros Bois
3 bataillons


Sous-secteur de Haute-Vigneulles, renommé du Steinbesch (ou Zimming)
Lt-Col MILON, PC à l'Eperon
3 bataillons


Sous-secteur du Bois des Chênes (ou de Teting)
Lt-Col PRAT, PC à Steinbesch puis au Bois de Pontpierre à partir de nov 39
3 bataillons


69° RMIF

Sous-secteur de LIXING (Rattaché le 15 Mars 1940)
Lt-Col Jobin, PC au Bois de Brill


Sous-secteur de LEYVILLER (Rattaché le 15 Mars 1940)
PC au Vieux Bois


En support et pour les travaux :
I/460° Régiment de Pionniers (RP)


Groupe franc du secteur (à compter de Décembre 1939) : Cne Henri VERNHES puis Lt BUCHOUD


Artillerie

163° RAP (Régiment d'Artillerie de Position)

Sous-secteurs de NARBEFONTAINE et ZIMMING
Lt-Col GUILBERT puis au 15/05/1940 le Lt-Col HANOTEAU), PC à Elvange.
Trois groupes de batteries totalisant 18 batteries de 75mm (9), 155mm C (3), 155mm L Mle 1877 (3) et 155mm L Mle 1916 (4).


39° RAMF (Régiment d'Artillerie Mobile de Forteresse)

Appui du sous-secteur de TETING
Col BRIGUET
2 groupes de 75mm et un groupe de 155mm C.



Ainsi que quelques unités diverses, dont le III/153° RAP - batteries de 155mm L - positionné sur le sous-secteur de NARBEFONTAINE. Notons aussi le rattachement à l’artillerie du secteur du 142° RALH (Lt-Col VIEUX – 2 groupes de 105mm L 13 hippomobiles) resté sur place sur la Sarre au départ de la 4° Armée - et dont l’un des groupes appuie le sous-secteur de Lixing alors que l’autre se place en appui du 146° RIF à Bambiderstroff - ainsi que deux régiments d’artillerie polonais (1° et 201° - Col BREZINSKI) en appui du sous-secteur de LEYVILLER. Tardivement l’artillerie est renforcée de 30 canons de 47mm et 26 canons de 65mm de Marine destinés aux blockhaus STG en construction et aux plateformes bétonnées antichar, mais bien peu des 47mm auront le temps d’être installés.

L’organisation tactique de l’artillerie de secteur reste classique : il existe un » groupement d’appui » par sous-secteur, composé de détachements du 163° RAP et du 39° RAMF, et un « groupement d’action d’ensemble » constitué des éléments lourds de l’artillerie de position (155 C et L) renforcés d’éléments pris dans l’ALCA (Artillerie Lourde de Corps d’Armée – en l’occurrence l’ALCA 20 en Juin 1940).

A ces unités de combat s’ajoutent les unités de support et d’approvisionnement suivantes :

701° Parc d’Artillerie de Secteur pour la maintenance.
Une SMA (section de munitions d’artillerie)
La 22° Batterie de Repérage, pour le repérage du tir d’artillerie ennemi.


Génie

201° BGF
- 201/1° Cie de Sapeurs Mineurs
- 201/2° Cie de Sapeurs Mineurs
- 201/81° Cie de Sapeurs Téléphonistes
- 201/82° Cie de Sapeurs Télégraphistes


2° CADM - Compagnie Auxiliaire de Destructions Minières


Autres unités

Train : 231/20 compagnie auto
Santé : 151° Groupe Sanitaire de Secteur Fortifié


Unités de Renforcement

Comme ailleurs, les unités de renforcement ont varié en fonction des mouvements de troupes et réorganisations de front.

Les II et III/ 617° Régiment de Pionniers seront rattachés au SF de Faulquemont pour aider aux travaux de fortification.

Au 10 Mai 1940, la couverture de renforcement était sous la responsabilité du 6° CA de la 3° Armée (NARBEFONTAINE) et du 9° CA de la 4° Armée (BOIS des CHENES et STEINBESCH). D'ouest en est, on trouve donc :

Sous-secteur de NARBEFONTAINE : La 26° DI (Gal de brigade Marcel BONASSIEUX), composée des 86°, 98° et 105° RI (Régiments d'Infanterie) et 36° RAD et 236° RALD pour l'artillerie.
Sous-secteur de STEINBESCH et BOIS des CHENES : 41° DI, puis 47° DI (Gal de brigade Joseph MENDRAS), composée des 44°, 109° RI, de la 23° DBCPyr (Demi-brigade de Chasseurs Pyrénéens) et des 5° RAD et 205° RALD pour l'artillerie.

Ces deux unités sont des divisions de réserve de catégorie A, plutôt bien équipées, voir renforcée pour la 47° DI. Elles complètent les sous-secteurs correspondants avec leur artillerie divisionnaire.



Historique

La drôle de guerre (Sept 39 - avril 40)

La mobilisation des troupes du SFFA se déroule entre les 21 et 28 Aout 1939, sous supervision de la 3° Armée. Dés le 1er Septembre l’ordre est donné aux populations civiles entre frontière et LPR d’évacuer la zone, avec bétail et bagages… La 3° Cie de la 7° Légion GRM occupe les avant-postes et le 37° GRDI assure couverture le temps que la 42° DI s'installe en renforcement, puis participe avec la 6° DIC à l' "offensive" de la Sarre entre le 7 et le 20 Septembre 1939, destinée à soulager la Pologne envahie par l’Allemagne. Parallèlement, les activités minières sont sécurisées et organisées pour maintenir leur état de marche à minima (pompage de l’eau, etc), sous protection de l’armée.

Le SFFA détache un certain nombre de batteries du 163° RAP et du 39° RAMF pour soutenir l'offensive, ainsi que les trois "3ème bataillons" de ses RIF, qui forment un fort régiment de marche (nommé Détachement Avancé VOGEL du nom du Col qui le commande et qui est normalement commandant de l'infanterie du SF) dont le rôle sera de prendre les hauteurs en Allemagne dominant la plaine française, et de nettoyer puis tenir la forêt du Warndt en Allemagne tout en protégeant la zone industrielle (III/160° RIF dans le secteur d'Uberherrn devant Creutzwald, le III/156° RIF entre Lauterbach et Ludweiler devant Carling, et le III/146° RIF à sa droite devant l'Hopital et II/151° RI devant Merlebach-Rosbruck, GR 37 à gauche – au nord de Creutzwald - en liaison avec les troupes avancées du SF Boulay). Ce détachement de circonstance constitue l'aile gauche de cette "offensive de la Sarre" pendant que les Ier et IIe bataillons des RIF tiennent les deux quartiers de leurs sous-secteurs respectifs.

Pendant deux semaines donc, le régiment de marche VOGEL va guerroyer sur le difficile terrain boisé du Warndt après y être entré sans résistance notable. La forêt est abondamment piégée par les Allemands (plusieurs milliers de mines seront relevées) et les pertes liées sont notables. Le détachement sera par ailleurs soumis à une guérilla permanente et des infiltrations ennemies nocturnes relevant des principes de la guerre psychologique. L’avance maximale atteinte se limite finalement à 5 kilomètres au mieux, aux limites sud-ouest de Ludweiler, point atteint dés de 10 Septembre. Si la valeur tactique d’une telle offensive est pour le moins minime, elle a au moins un mérite : elle permet une couverture et une protection bien meilleure des activités minières de Carling, Creutzwald, Merlebach…

Le 17 septembre, la Russie envahit à son tour la Pologne. On ne peut plus rien pour aider les Polonais, signant la fin de l’aventure sarroise. Le III/160° RIF et le GR 37 passent sous responsabilité du détachement avancé du SF de Boulay, préfiguration d’une réorganisation plus vaste. Le retrait du Groupement VOGEL entre le 18 et le 20 Septembre 1939, et son remplacement pas des unités de renforcement, remet l'ensemble des forces à la case départ et cela pour de longs mois de "drôle de guerre", la structure de la LPR restant inchangée à deux quartiers par sous-secteur (initialement le IIIe bataillon se positionne simplement en soutien des deux autres à son retour du Warndt).

Un changement important s'organise les 24-25 Septembre 1939 avec la réorganisation du front. La 4° Armée récupère le contrôle du SFFA, qui perd le sous-secteur de NARBEFONTAINE (160° RIF). Celui-ci demeure rattaché à la 3° Armée et passe donc sous contrôle du 6° CA (tactiquement) et du SF de Boulay (techniquement et administrativement). Le SF de FAULQUEMONT dépend alors du 17° CA (corps d'Armée – Gal NOEL) - avec renforcement de la 41° DI - puis du 9° CA à partir du 4 Octobre 1939, avec renforcement par la 6° DIC. Le secteur de responsabilité du SF de Faulquemont se limite alors au sous-secteur de STEINBESCH (156° RIF) et à la moitié nord du sous-secteur de TETING (II/146° RIF) et ce nouveau secteur est ensuite dénommé Secteur F. La moitié sud du sous-secteur de Téting (dont l’ouvrage de TETING !) est rattaché à la 41° DI (EM, I et III/146° RIF). En contrepartie, le SF reçoit de cette DI la responsabilité tactique du 104° RI.

Mi-Octobre, les troupes d’intervalle encore dans le Warndt se replient en France consécutivement à la contrattaque allemande sur la Blies, difficilement contenue par le 20° CA. A droite du SF, c’est l’abandon de l’enclave de Forbach-Stiring… qui devient allemande pour de nombreuses années et où ceux-ci n’hésiteront pas à construire une avancée de la ligne Siegfried… en territoire français ! Les mines n’étant plus sérieusement couvertes, les opérations d’entretien, de pompage et de maintien en état sont arrêtées le 21 Octobre et le personnel dédié à cela replié en France de l’intérieur. La tranquillité relative du secteur permit cependant d’évacuer tout le matériel industriel et logistique qui pouvait l’être.

Le 104° RI de la 41° DI reste rattaché au SF de FAULQUEMONT jusqu'au départ de la 41° DI mi-décembre 1939. Ce régiment sera employé sur la ligne L1 (un bataillon rattaché au groupement avancé E, au contact de la frontière entre Carling et Merlebach), et en avant-poste de la LPR (les deux autres bataillons sur une ligne Dourd'hal-Valmont-Wenheck-Petit Ebersviller). Au départ du 104° RI, il est remplacé dans sa mission de défense des avancées du SF par le 25° RTA (tirailleurs algériens) de la 4° DINA.

Durant cette période post-offensive de la Sarre, et jusqu'au printemps 1940, le secteur sera le siège d'une "guerre des patrouilles" entre français et allemands le long de la frontière et dans le no-man's-land du Warndt. Il ne se passe quasiment pas un jour sans patrouilles, embuscades, reconnaissances des deux côtés, avec parfois des incidents et combats sporadiques et localisés en avant de la ligne L1, alors tenue en permanence par le GRCA 11. Ce changement de profil de combat entraina côté français la création en fin 1939 de groupes ou corps francs dans chaque division, équivalent local des Stosstruppen allemands, pour mener cet échange de coups de mains, patrouilles et actions commando à l’avant pendant que le gros des troupes coulait du béton à l’arrière de là. Ceci ne fut pas sans pertes au demeurant. On peut citer par exemple l’incident du 13 Novembre 1939 : échauffourée lors d'une patrouille aux abords de la cité d'Aspenhübel (Carling). Le caporal-chef Frédéric le SAOUT et le soldat André OUNIER du 104° RI sont blessés gravement. Le SAOUT est capturé par la patrouille allemande et décède le surlendemain de ses blessures en Allemagne.

Entre février et avril 1940 la 47° DI prend progressivement la place des unités précédentes du 9° CA. Pendant la période relativement calme d'Octobre à Mars 1940 les troupes en position construisent de nombreux blockhaus entre les installations existant avant la mobilisation. Une deuxième ligne à quelques kilomètres de la LPR est amorcée du plateau au sud de Boulay jusqu'en avant de Faulquemont. Cette période de fin 1939 à Mars 1940 voit un incroyable défilé de troupes de renforcement de passage, qui ont à peine le temps de s’adapter à la ligne fortifiée et à ses avancées avant de devoir laisser la place à la suivante : 22° RIC, 44° RIC, 113° RI, 85° RI, 26° RI…

Deuxième changement majeur, le 15 Mars 1940 le SF de FAULQUEMONT récupère le contrôle technique des deux sous-secteurs de l'aile droite du SF de la SARRE (Secteur G). Ce dernier changement se place dans le contexte de la grande réorganisation des troupes de forteresse voulu par GAMELIN en fin 1939 (subordination des troupes de forteresse aux grandes unités de renforcement – avec réajustement des frontières de secteurs pour en assurer la cohérence - et créations de DIF et CAF). A cette occasion le Gal BAUDOUIN perd son rôle de commandant de secteur pour devenir l’adjoint technique du Gal commandant le 9° CA et le « secteur F-G » passe sous responsabilité du Gal MENDRAS (Cdt de la 47° DI). Insatisfait de cette situation, BAUDOUIN demande son départ au Gal LAURE – avec lequel il a d’anciennes et excellentes relations – qu’il obtient : le 14 Avril, il quitte Faulquemont pour devenir adjoint au commandant de la 7° Région Militaire. Il est remplacé deux semaines plus tard par le Gal de GIRVAL.
Ces nouvelles limites sont cohérentes avec celles du 9° CA, qui a la haute main tactique. Les sous-secteurs de LIXING (69° RMIF) et LEYVILLER (82° RMIF) sont renforcés par la 29° DI.


Combats de Mai-Juin 1940

10 Mai 1940 : bombardement intensif sur toute la ligne de défense et sur certains villages (Dourd’Hal). L’ouvrage d’EINSELING reçoit des bombes, ainsi que les organisations du Steinbesch (le cantonnement de Steinbesch est mitraillé : 1 blessé, 1 tué).

17 Mai 1940 : les éléments du renforcement des avant-postes (44° RI) sont retirés. Seul le GRCA 11 et le groupe franc de SF (Cne VERNHES) restent en défense de la ligne L1 et des avancées. Le lendemain, l’ennemi teste les AP sur la frontière : ceux en liaison avec la 3° Armée et le SF de Boulay doivent être évacués. Le Lt Eugène VARACHAUD, commandant l’une des sections du groupe franc et issu du 146° RIF, trouve la mort dans ce mouvement.
Ce même jour, le Gal de GIRVAL reprend le contrôle administratif et technique des troupes de forteresse de son secteur (146°, 156° RIF, 69° et 82° RMIF).

20-24 Mai 1940 : les avancées et les villes de Carling et de l’Hôpital sont bombardées par l’artillerie.

25 Mai 1940 : les avancées de Carling sont complètement abandonnées en préparation du repli du 9° CA. Les défenses avancées se repositionnent au niveau de Merlebach.

27 Mai 1940 : Départ du 9° CA comme conséquence de l'effondrement des armées du Nord du pays. Le commandement du SF prend à sa charge l'ensemble des troupes restées après départ du Corps d'Armée, incluant les sous-secteurs de LIXING et LEYVILLER (placés sous le commandement du Col VOGEL). Le SFFA redevient tactiquement responsable de tout le secteur, du KERFENT à Cappel. Dès le lendemain, le reste de la ligne L1 sur la frontière qui n’avait pas été vidée le 25 est évacué et les éléments restants sont repliés sur les avant-postes.

29-31 Mai 1940 : les allemands – constatant l’abandon de la ligne L1 - arrivent au contact des avant-postes du SFFA. La 4° Armée disparaît pour rejoindre le GA n°4. Le 20° CA, seul à rester sur place, devient le "Groupement Sarre" et supervise le SFFA dont le PC se déplace à Landroff.

1er-3 Juin 1940 : combats de retardement sur les avant-postes, encerclés dès le 2 à mi-journée. Ils sont dégagés par une contrattaque, mais on déplore le décès du Lt COLOMBERO, chef du groupe franc du 82° RMIF (le chef du groupe franc du 69 °RMIF, le Lt GUILLEMINOT, sera tué le lendemain dans des conditions similaires). Les bouchons avancés d’Henriville et Marienthal sont évacués le 2 au soir. Le 3, les autres AP du côté droit (Holbach, …) sont évacués à leur tour. Les avancées du Grossberg et de Cappel sont directement testées par les Allemands mais tiennent grâce à l’appui de l’artillerie de position.

4 Juin 1940 : l’attaque allemande s’étend vers le carrefour de Wenheck au sud de St Avold. Le combat en vient au corps à corps avec le groupe franc qui avait été envoyé là pour faire des prisonniers. Durant l’incident, le Cne VERNHES est tué à bout portant par un officier allemand qu’il venait de faire prisonnier. L’officier allemand est abattu à son tour par le Lt BUCHOUD son adjoint. Le groupe franc rejoint les lignes françaises avec deux autres tués et 6 blessés.

5 Juin 1940 : les deux sous-secteurs de LIXING et LEYVILLER sont transférés à la 52° DI qui est encore en place (20°CA). Le SF de FAULQUEMONT retrouve sa structure à deux sous-secteurs.

10 Juin 1940 : les allemands reprennent leur attaque contre les avancées de Grossberg et de Cappel, qui résistent encore.

13-14 Juin 1940 : Face à la situation catastrophique du front dans le reste de la France, l’ordre est donné le 13 Juin d’abandonner la ligne Maginot et de se replier vers le Sud (3). Dans la nuit du 13 au 14 Juin, les troupes de la moitié gauche (156° et 146° RIF) du SF de FAULQUEMONT hors groupement de défense des fortifications débute son repli. La division de marche de GIRVAL est constituée et les troupes restant dans les casemates, ouvrages et blockhaus – ainsi que deux sections d’infanterie par bataillon - pour couvrir le retrait passent sous commandement du Cdt DENOIX du SFFA (Détachement Denoix) avec pour mission de tenir jusqu'au 17 Juin pour ce qui est des ouvrages. La division de marche sera encadrée à gauche par la 26° DI (6° CA), et à sa droite par la 52° DI (Gal ECHARD). Côté artillerie, seules les pièces mobiles participeront au repli. Les pièces lourdes seront soit enlevées par train à Bénestroff (155mm L de tous types), soit détruites sur place (155mm C ou 120mm L). Un groupe complet de canons de 90mm avec 300 coups par pièce récupéré le matin en dépôt à Morhange et transporté sur la LPR est détruit dans la soirée sur place…
La bataille de la Sarre (offensive de la 1° Armée allemande) débute le 14 au matin et implique directement les 69° et 82° RMIF, dont le repli ne devait débuter que dans la nuit du 14 au 15. Le 14 Juin, les 146° et 156° se sont repliés sur la Nied Allemande de Fouligny à Faulquemont-Lelling. Devant les deux sous-secteurs est, les combats font rage : à 9h30, l’avancée de Cappel est prise, suivie par le village à 11h et le château de Barst à 15h. La ligne principale de résistance n’est cependant pas entamée.
L’embarquement des pièces lourdes à Bénestroff s’avérant impossible (refus du chef de gare au vu des embouteillages de trains), celles-ci partiront – sans munitions – par la route vers les Vosges où elles seront « jetées dans des ravins » au moment de l’annonce de l’armistice…
Au même moment ailleurs : les Allemands entrent dans Paris et de lourds combats se déroulent en Champagne en direction de St Dizier.

15 Juin 1940 :
- DdM de GIRVAL : Le repli des 69° et 82 RMIF sous pression et au contact des Allemands est difficile. Les deux régiments décrochent dans la nuit du 14 au 15 pour se mettre en avant-garde loin des combats, vers Château-Salins. Les 146° et 156° RIF se placent en arrière garde le 15 au matin entre Han sur Nied, Landroff et l’étang de Bischwald (ligne CEZF) pour soulager ces deux unités qui se sont battu durant toute la journée précédente. Cette arrière-garde combattante composée d’une bonne partie des 146° et 156° RIF, du GRCA 15 (Col AZAÏS), et de deux groupes d’artillerie de soutien (39° RAMF) sera commandée par le Col VOGEL. Le PC de la division s’installe dans la matinée à l’école d’agriculture de Château-Salins.
- Sur la LPR : pendant que la DM de GIRVAL continue son repli, le Détachement DENOIX tient la ligne qui est maintenant au contact côté avant. Dans la soirée, ordre est donné de quitter et saboter blockhaus et casemates et de replier les troupes de retardement restées sur place. Ce Repli débute à 21 h avec l’espoir de rattraper le gros de la DM de GIRVAL. Il ne reste donc plus sur place que les équipages d’ouvrages. Dans la journée, le BAMBESCH demande l’appui de la tourelle d’EINSELING pour freiner les infiltrations ennemies. La casemate de 75 de TETING, encore occupée, participe par son feu à la défense de la ligne principale de résistance. Dans la nuit, le Cne CATTIAUX (LAUDREFANG) fait réoccuper les casemates de QUATRE-VENTS. Les hommes désignés pour faire jouer les destructions durant la nuit constatent l’impossibilité de se replier et rejoignent l’ouvrage de LAUDREFANG, mission accomplie.
- Au même moment ailleurs : après une résistance héroïque, le SF de la SARRE est percé et les troupes de retardement se replient poussées par la 1° Armée allemande (von Witzleben). La percée en Champagne est effective aussi, et les divisions blindées allemandes déferlent vers le sud et le Jura. Sans le savoir, les sorts de la DM de GIRVAL et du détachement DENOIX sont déjà scellés.

16 Juin 1940 :
- DdM de GIRVAL : le gros des régiments de la Division de Marche de GIRVAL se sont repliés de 35 km et se positionnent sur la Seille au sud de Château-Salins (entre Montcel et Burthécourt, avec de gauche à droite le I/156° RIF, le 69° RMIF et le I/146°RIF). En arrière garde, les bataillons II et III des 146° et 156° RIF et le GRCA 15 sont encore en « bouchons » sur une ligne Delme-Château-Salins. Le 82° RIF est au repos au Sud dans la forêt de Bézange-la-Grande.
La liaison est cependant perdue à droite avec la 52° DI… qui est déjà plus au sud, ouvrant un grand trou à la droite de la division de marche ! Côté gauche, la liaison est toujours bien assurée avec la 26° DI. Les combats de la journée se déroulent au niveau des arrières gardes en avant puis autour de Château-Salins et sont assez intense. Le 146° RIF encaisse le gros de l’attaque, étant sur la ligne directe d’avancée allemande de Morhange vers Château-Salins. Vers 16h, Il est contraint de décrocher vers Château-Salins pour en défendre les entrées Nord et Est alors que le 156° et le GRCA 15 sont eux aussi maintenant au contact. Dans la soirée, le 146° menace d’être tourné, obligeant le commandement de la division à ordonner à 22h le repli de l’ensemble de l’arrière garde sur la rive Sud de la Seille, à la place des 69° et 82° RMIF qui de leur côté descendent simultanément vers le canal de la Marne au Rhin. La position sur la Seille est atteinte entre 22h et 2h du matin malgré la destruction prématurée du pont de Salonnes, forçant le 146° à se rabattre sur celui de Chambrey.
- Sur la LPR : Les Allemands s'infiltrent en arrière entre la LPR et la DM de GIRVAL en direction de Metz et des Vosges. Ils sont maintenant derrière les ouvrages les plus au sud du SF Faulquemont et commencent dès ce jour leurs actions de harcèlement selon une technique systématique en 4 actes : 1 – identification des zones mortes de la défense, 2 - neutralisation des cloches pour aveugler l’ouvrage, 3 – destruction à quasiment bout portant des créneaux et des armes, 4 – neutralisation de l’ouvrage en détruisant prises d’air, échappements… Ce scénario répétitif sera facilité par l’absence quasi-totale d’artillerie de protection, hors les 81mm de LAUDREFANG.
L’ouvrage de TETING est particulièrement concerné ce 16 Juin car le premier à tirer sur les éléments ennemis contournant la ligne de défense par le village et Mainvillers vers la forêt de Hémilly.

17 Juin 1940 :
- DdM de GIRVAL : le gros de la division est sur le canal de la Marne au Rhin entre Einville et Henamenil au nord de Lunéville, protégée par l’arrière-garde (identique à la veille) qui en début de journée se bat sur la Seille, toujours appuyée par les 75mm des I et II/39° RAMF. Le risque de débordement par la gauche (toujours sans liaison avec la 52° DI et traversée ennemie de la Seille à Moyenvic) se traduit par un ordre de décrochage de cette arrière-garde dès 8h30. Elle se replie lentement de la position de la Seille vers le canal plus au sud en tenant dans la journée une ligne Montcel-Bezange-Arracourt (cours de la Loutre-Noire). En début de nuit, le PC du SFFA se place à Laronxe, au sud-est de Lunéville et l’ordre est donné aux 69° et 82° RMIF de placer des avant-postes dans la nuit sur les hauteurs en avant du canal. L’objectif sera de tenir sur ce canal « sans esprit de recul » (sic), et permettre aux 146° et 156° RIF de passer en réserve derrière les RMIF par le pont d’Einville qui est le dernier encore en place. Seul le III/146° reste en ligne sur le canal à droite. Le 156° est replié en réserve de CA avec le GRCA 15 en forêt de Mondon. Toujours au contact, l’arrière-garde atteint le canal en début de nuit : des éléments du 146° RIF combattent durement à Athienville en avant de celui-ci pour protéger le repli du gros de la troupe.
- Sur la LPR : Au même moment, l’investissement de la LPR s’accélère. Les troupes allemandes ont fini par encercler complètement ce qui reste du SF de FAULQUEMONT. Les Stosstruppen sont au contact immédiat avant comme arrière de l’ensemble de la LPR du secteur. Le bombardement d’artillerie débute ce jour, concentré principalement sur TETING. Après consultation avec les commandants des SF de Thionville (Col O’SULLIVAN) et Boulay (Col COCHINARD), le Cdt DENOIX annule l’ordre de repli des équipages d’ouvrage qui devait prendre effet dans la soirée. On se battra sur place jusqu’au bout… Dans la journée, une première tentative de médiation allemande sur les avants du KERFENT et renvoyée sans ménagement.
Ailleurs : les blindés de Guderian et Kleist atteignent Besançon et le Jura. L'encerclement est effectif.

18 Juin 1940 :
- DdM de GIRVAL : Au matin, le 69° RMIF occupe le canal autour de Einville, et le 82° RMIF à sa droite, jusqu’à Hénaménil. Les III/146° passe en 2e ligne juste en arrière pendant que le reste de ces deux régiments se replie vers la lisière nord de la forêt de Mondon. Dans la journée, à sa gauche la position sur le canal de la 26° DI est percée par l'ennemi et des infiltrations ont lieu à droite en forêt de Parroy (52° DI) après que l’écluse d’Hénaménil soit tombée (82° RMIF dont l’aile droite reflue vers Crion). Le I/49° RAD de la 52° DI se met aux ordres de la DdM de GIRVAL (5). La Division de GIRVAL risque une fois de plus l’encerclement par ses flancs. Elle doit donc abandonner le canal et continuer son repli après y avoir détruit les ponts, mais le 82° RMIF a pratiquement disparu dans la bataille. Dans la nuit du 18 au 19, les restes de la division se placent aux débouchés Sud de Lunéville et sur l’orée Nord de la forêt de Mondon.
- Sur la LPR : L’ennemi prend la matinée à installer son artillerie sur les arrières des ouvrages. Des parlementaires allemands sont reçus vers 16h30 au LAUDREFANG par le CB DENOIX et le Cne CATTIAUX. La demande de reddition qui est naturellement rejetée. Le canonnage de réglage des ouvrages s’étend progressivement à l’ensemble du secteur. Les ouvrages répondent en harcelant avec leurs tourelles tous éléments ennemis aperçus autour d’eux. L’ouvrage de TETING perturbe sérieusement la circulation allemande sur la route Téting-Faulquemont.

19 Juin 1940 :
- DdM de GIRVAL : La division de marche se place dans la nuit en position au sud et sud-est de Lunéville, entre Hériménil et Marainviller en lisière Nord de la forêt de Mondon, 69° RMIF à gauche, les restes du 82° RMIF au centre, le 146° RIF à droite sur la forêt et le 156° RIF en réserve à Laronxe-Chenevières. Le dispositif et appuyé par le 36° RAMF et les I et II/163° RAP et le I/142° RA. Cela se passe alors que les Allemands sont pratiquement au contact et sont entrés dans Lunéville. Le I/163° RAP échappe d’ailleurs miraculeusement à la capture alors qu’il se retrouve dans les lignes ennemies mais parvient à s’échapper par des routes de traverse. L’ennemi arrive à pénétrer dans la forêt de Mondon par la lisière tenue pas le 146°, forçant la DdM à se rabattre vers Laronxe-Chenevières et se positionner de part et d’autre de la Meurthe. Les restes du 82° RMIF et le I/156° RIF sont en réserve au sud de la forêt de Mondon à St Clément. Le contact est pris à Laronxe en début d’après-midi. Des combats de contrattaque se déroulent à Thiébauménil puis Laronxe (146° RIF) alors que la dernière réserve du 156° remonte en ligne au Nord de Fraimbois pour soutenir le 69° RMIF qui se replie plein sud pour retrouver sa liaison avec la 26° DI à gauche. En soirée, la division doit se rabattre derrière la rive gauche (Ouest) de la Meurthe, entre Flin et Fraimbois. La liaison à droite avec la 52° DI est définitivement perdue, créant une brèche béante.
- Sur la LPR (groupement DENOIX) : Le bombardement général des ouvrages démarre à la levée du jour et se généralise. La cloche Sud du B3 de TETING est neutralisée par un tir tendu d’artillerie. La chambre de tir sud du BAMBESCH est prise à partie de l’arrière.

20 Juin 1940 :
- DdM de GIRVAL : ce 20 Juin est le jour charnière qui va sceller en grande partie le sort de la division. Au petit matin la nouvelle position s’établit entre la Mortagne au nord de Gerbéviller (69° RMIF), la lisière nord de la forêt de la Taxonnière (146° RIF) jusqu’à 1 km ouest de Flin (156° RIF qui est sur la Meurthe). Le GRCA 15 essaye toujours de trouver la liaison avec la 52° DI sur la droite (Est) du dispositif. Les munitions d’artillerie manquent, et on peut encore trouver quelques caisses de munitions de 75mm au dépôt de Clézentaine. Du fait du vide avec la 52° DI, les Allemands franchissent la Meurthe à Flin sur le flanc droit. La division de marche manque à nouveau d'être encerclée dans la matinée, isolée et attaquée sur tous les fronts dans le triangle Fraimbois, Flin, Gerbéviller. La division reçoit alors l’ordre de se replier à l’ouest de la Mortagne entre Gerbéviller et St Pierremont sans savoir que les ennemis arrivent par l’ouest vers cette ligne de repli alors qu’il est attendu à l’Est et au Nord... Les restes du 69° RMIF sont capturés d’emblée. C’est au tour d’une grande partie du 156° RIF de subir le même sort à Vathiménil et entre Moyen et Vallois alors qu’il tente d’échapper à l’encerclement. A bout de force, le 163° RAP n’est plus en état de gérer l’alternance tir-repli-tir-repli… Il laisse ses dernières munitions au 39° RAMF et se dégage très au sud, vers Rambervillers (6). L’infanterie reflue en désordre vers le Sud, mélangée avec des unités perdues de la 52° DI, et Clézentaine est pris par les Allemands en début d’après-midi. Dans l’après-midi, les restes non capturés de la division se regroupent autour de Moyemont-Romont. Le PC de la division s’établit dans la soirée dans le bois de Romont, au nord-ouest de Rambervillers. Le Gal de GIRVAL ordonne à 18h30 à son unité – ou du moins ce qu’il en reste – de décrocher vers Rambervillers et de passer à nouveau sur la rive droite de la Mortagne.
- Sur la LPR (Détachement DENOIX) : Dans la nuit, c’est au tour du canon de 25mm de la tourelle de TETING d’être neutralisé. Dès le petit matin, l'ouvrage du BAMBESCH (B1) est tiré à vue au 37mm puis au 88mm. Attaqué et canonné lourdement toute la journée, les cloches et chambre de tir du B2 sont neutralisées (chambre percée) puis celles du B3 et le système de ventilation est détruit. La tourelle du B1 est elle aussi neutralisée. L’ouvrage est coiffé à 18h30 par l’ennemi et se rend entre 19h et 21h (selon sources) après que l’équipage ait été contraint de se réfugier dans les dessous.
Ailleurs au même moment : les Allemands on atteint une ligne Angers-Tours-Châteauroux-Clermont Ferrand-Lyon.

21 Juin 1940 :
- DdM de Girval : Dans la nuit, la division perd le I/142° RA qui se retrouve isolé et part dans une autre direction. Après avoir stationné en début de nuit au Sud-Est de Rambervillers sur l’orée de la forêt, les éléments dispersés de la division sont au petit matin au nord-ouest de St Dié. La situation est préoccupante puisqu’outre les troupes allemandes arrivant du Nord-ouest, et avec lesquelles la division combat depuis 4 jours, on apprend maintenant que les troupes qui ont traversé le Rhin se portent sur l’arrière de la division, fonçant droit sur St Dié par Laveline, après avoir franchi la crête des Vosges. L’encerclement – qui était virtuel depuis le 17 Juin – devient maintenant parfaitement réel. La division se concentre en conséquence sur les sommets du massif de la forêt de Mortagne, entre les cols du Haut-Jacques, de la Croix-Idoux et des Quatres-Chemins. Le 21 au soir la position est prise et le périmètre sécurisé englobe des dizaines de milliers d’hommes d’origine disparate. Les quelques pièces restantes de la division (un 75mm et quelques 47mm Mle 1937) sont placées en bouchons antichar. Ce dernier carré n’est pas attaqué : la nuit suivante est calme.
- Groupement DENOIX sur la LPR : Le scénario de la veille se reproduit à l'ouvrage du KERFENT qui chute à 12h, après avoir subi le même sort que celui de BAMBESCH. Attaque vers l'ouvrage d'EINSELING, repoussée par la tourelle mitrailleuses et les mortiers de 81mm du LAUDREFANG. Ce dernier ouvrage est sérieusement bombardé à tir tendu par l’artillerie adverse. Un créneau du B1 est détruit, ainsi que la cloche GFM du B2 où l’équipage déplore un tué (Pierre GAUER). Un sergent sera tué le même jour en essayant d’atteindre le bloc Ab33 (Sgt Roger POTRIE). Ce même jour, des Allemands vont essayer de coiffer l’ouvrage de TETING : ils seront repoussés avec pertes.

22 Juin 1940 :
- La Division de Marche de Girval stationne dans le secteur du col de Haut-Jacques sans action particulière. Des plénipotentiaires allemands menés par un colonel de la 7° Armée (Gal DOLMANN, qui a percé sur le Rhin) prennent contact avec le Gal de GIRVAL pour discuter la reddition du dernier carré. Ils sont réceptionnés par l’officier BUNDGENS, interprète du SF, qui les accompagne ensuite rencontrer le Gal CONDÉ (ex-3° Armée, réfugié à la Pimpierre près de Rouge-Gazon et commandant les troupes du massif de Mortagne). L’entrevue est digne et le colonel allemand est impressionné par son interlocuteur (« Ein feiner Herr » - Un homme bien – dira t-il en étant raccompagné vers ses lignes). Vers 13h tombe la nouvelle : sur ordre du Gal CONDÉ, les unités autour du Haut-Jacques cessent le combat, avec effet à 15 heures. L’artillerie doit être sabotée et rendue inopérante, les armes d’infanterie seront assemblées par unité, le matériel roulant est détruit. L’évacuation est prévue le lendemain et d’ici là tout le monde reste sur ses positions.
- Groupement DENOIX sur la LPR : Les ouvrages de LAUDREFANG et TETING sont lourdement bombardés et une attaque en force par l’arrière est menée contre EINSELING, sans succès. La chambre de tir du B3 de TETING est crevée comme celles de BAMBESCH et KERFENT…

23-25 Juin 1940 :
- DdM de GIRVAL : les troupes restantes de la division quittent au matin du 23 leur réduit du Haut-Jacques en bon ordre et prennent le chemin de la captivité, le 156° RIF devant (7h), suivi du 146° RIF (10h), du 69° RMIF (14h) et du 82° RMIF (16h). Les prisonniers sont d’abord envoyés à pieds au Trois-Epis par le col du Bonhomme (24/06) puis Neuf-Brisach (25/06) et Sélestat où tout le monde est parqué dans des conditions difficiles.
- Groupement DENOIX sur la LPR : poursuite des bombardements sur les ouvrages restant du SF de FAULQUEMONT. Le 23, l’un des mortiers du LAUDREFANG est endommagé mais sera réparé. EINSELING est à nouveau attaqué sans succès, par l’Est cette fois ci. Ces bombardements sont considérables : des officiers allemands préciseront au Cdt DENOIX que 72 pièces ont tiré sur le LAUDREFANG le 24 Juin, du 37 au 210. Le cessez le feu du 25 Juin à 0h35 trouve donc les trois ouvrages sud du SF invaincus.

27 Juin 1940 : le CB DENOIX est informé que le sort des ouvrages, et de ses équipages sera réglé à Wiesbaden par la commission d’armistice et qu’il recevra ses ordres en conséquence.

30 Juin-2 Juillet 1940 : suite aux accords de Wiesbaden, les couleurs sont amenées sur les ouvrages, qui sont remis aux allemands le 2 Juillet conformément aux négociations locales de mise en œuvre des accords. Le Col MARION est chargé fin Juin par la commission d’armistice de notifier ces ordres aux équipages d’ouvrages invaincus (7). Les défenseurs partent en captivité vers St Avold, marquant la fin du SF de FAULQUEMONT. Un détachement d’entretien et de passation de consignes aux allemands est néanmoins laissé sur place sous le commandement du CB DENOIX jusqu’au 13 Juillet, puis du Lt VINCENT. Une partie des officiers du SF sera internée initialement à l’Oflag XVIII C à Spittal an der Drau en Autriche



Notes
(1) Les mines de Creutzwald à Forbach-Rosselle avaient produit 4 millions de tonnes de houille en 1938, soit 7,5% de la production française et employaient 13.000 personnes, à quelques encablures de la frontière allemande…
(2) Le Col VOGEL est un ancien blessé grave de la grande guerre comme beaucoup, amputé du bras gauche durant le conflit. Il était de l’avis du Gal BAUDOUIN quelqu’un de grande qualité et unanimement apprécie de ses troupes.
(3) Font en particulier partie de cette compagnie le chef d’escadron Emile HUCHET (ancien patron des houillères de Sarre et Moselle) et l’un de ses ingénieurs divisionnaires, le CE Jacques de VERNEJOUL, qui seront tous deux rendus à leurs fonctions civiles, le 1er Décembre 1939 et le 15 Février 1940 respectivement, pour assurer la sécurité et l’éventuel redémarrage de l’exploitation. Emile HUCHET décèdera en 1940. Il existe d’autres CADM dans le SF de Thionville et de la Crusnes, ainsi qu’un équivalent dans le Nord. La 2° CADM a été créée le 26 Mai 1939 (DM 5901 1/EMA). Elle est repliée vers Nomeny le 15 Mai, puis Carmaux à partir du 15 Juin jusqu’à se dissolution le 31 Juillet 1940.
(4) L’ordre prévoit par ailleurs le repli le 15/06 à minuit des sections d’intervalle restées sur la LPR pour « faire du bruit » et retarder l’ennemi. Ces sections devront rejoindre le gros de la troupe par leurs propres moyens. Les 75mm des casemates d’artillerie STG, intransportables, seront sabotés. Les ouvrages seront sabotés et abandonnés à « une date ultérieure » à préciser. La précision vint le lendemain 14 Juin : sabotage et repli le 17/06 à 22h…
(5) Le commandement de la 52° DI a donné l’ordre à son artillerie d’abandonner et détruire son armement et de se replier à pied. Le I/49° RAMF préféra se mettre au service de la DdM de GIRVAL plutôt que d’obéir à cet ordre jugé « prématuré »…
(6) Le Col CARBONNIER aura un mot très élogieux pour le 163° RAP dans ses rapports, soulignant l’incroyable courage de cette unité ayant accompli son devoir jusqu’à la limite dans des conditions absolument épouvantables pour une unité purement statique au départ et « … improvisée artillerie de campagne sans moyens de transport, sans entrainement, avec des moyens de transmission restreints, et sans cuisine roulante. Il faut s’incliner bien bas devant l’effort accompli par ce beau régiment pendant les jours si pénibles de cette retraite… ».
(7) Le Col MARION, chargé d’assurer la liaison avec les ouvrages de la partie Est de la RFM, puis ensuite jusqu’à Rochonvillers, découvrira avec stupéfaction le nombre d’ouvrages toujours occupés par leurs défenseurs, chose que le commandement français semblait officiellement ignorer au moment des tractations d’armistice. Il tentera d’intercéder auprès des autorités allemandes pour un retour des équipages vers la zone libre, mais sans succès : en vertu des conditions d’armistice, toute unité encerclée et privée de sa liberté de manœuvre devait être prisonnière.

Sources:

SHD – 33 N 25 à 33 N 27
Hommes et Ouvrages de la ligne Maginot - Tomes 1 à 3,
Les grandes unités françaises : historiques succints - Tome 3 : Divisions et Forteresse
site atf40.fr





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