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Secteur Fortifié ...
Secteur Fortifié ...



Secteur Fortifié de Boulay

(SFB)








Généralités

Dépendant de la Région Fortifiée de Metz, le secteur fortifié de Boulay s'étend de l'abri de l'HUMMERSBERG jusqu'à la casemate Sud du MOTTENBERG. Sa mission principale est le verrouillage de la trouée de Boulay et de la Nied, ainsi que le passage Waldwisse-Monneren-Metzervisse (initialement, car ensuite cela passera au SF de Thionville), seule pénétrante d’importance au Nord de la Nied.

Le secteur est géographiquement beaucoup plus ouvert sur la Nied, et le sud de celle-ci, zone où il est malheureusement aussi le moins bien muni.

Ce secteur est comme celui de Thionville l'un des premiers secteurs de la ligne Maginot à avoir été mis en chantier mais à la différence de son voisin, autant la partie nord est richement pourvue en ouvrages d'artillerie, autant la partie sud est plus chichement dotée, ne comptant pas d'ouvrage d'artillerie, d'observatoires d'artillerie CORF ou d'abri pour réserves locales du type CORF. Ceci s’explique par le fait que la construction du tronçon « Est Nied » (ou Nied-Faulquemont) n’a été décidé que plus tardivement dans un contexte où les moyens commençaient à être limités.

Comme pour les autres secteurs de la région, la défense s’établit en profondeur partant des barrières frontières, pour certaines protégées par des maisons-fortes de la GRM (Garde Républicaine Mobile) ou des détachements de Régiments Régionaux. Une deuxième ligne de maisons-fortes, complétées parfois de blockhaus d’avant-postes - est construite à mi-chemin entre la frontière et la ligne principale de résistance. Cette ligne de couverture intermédiaire, dont le rôle principal est d’assurer le ralentissement d’une attaque brusquée, est renforcée par des Dispositifs de Mine et autres destructions permettant de couper les voies entrantes. Ceci devait donner les quelques heures nécessaires pour mettre la ligne principale de résistance (LPR) en état de combat.

La LPR est le cœur et la colonne vertébrale de la défense. Comme évoqué, cette LPR présente deux physionomies très différentes. De très gros ouvrages d’artillerie au nord de la Nied, et seulement des petits ouvrages sans artillerie et des casemates au sud de la rivière. Cet état de fait a amené à concentrer l’artillerie organique, et notamment sa composante mobile, le 23° RA, plutôt de ce côté sud pour pallier le manque d’artillerie d’ouvrage. Ce manque d’artillerie avait d’ailleurs été partiellement traité dès 1937 par la création de deux grosses casemates d’artillerie pour deux 75mm sur affut de forteresse (BOVENBERG et BOIS d’OTTONVILLE). Juste en arrière de la LPR a été constituée une ligne d’arrêt, jalonnée d’abris dès le temps de paix dans la partie puissante du secteur.

Encore en arrière, une ligne antichar est en cours de constitution en 1940, au droit de la ligne des PC de Régiments de Forteresse, derrière les casernements de sureté établis dès le milieu des années 30. Ces différentes lignes actives, construites en temps de paix ont été lourdement complétées durant la « drôle de guerre » par une masse considérable de petits blockhaus standards de type STG.

Enfin, et à près de 30 kilomètres de la frontière, on trouve les grands dépôts de munitions et de matériel du Génie, et autres infrastructures desservant l’ensemble.



Organisation

Le SF de Boulay a une structure type secteur fortifié type Nord-Est renforcé.

Commandement

Le commandement du secteur a été assuré par le Col (puis Gal) BESSE , puis localement par le Col Raoul Auguste COCHINARD après le départ des troupes de forteresse.


- Chef d'état-major : CB CLAUDEL, CB EBERLE, Cdt FRANCOU à partir de mai 1940. Adjoint : Cne Maurice BOS.
- Commandant l'infanterie : Col Raoul COCHINARD, avec Cne Paul MAGRON comme adjoint après le 5 Avril 1940.
- Commandant l'artillerie divisionnaire : Col GRISOT puis Col HELLER à partir de mai 1940
- Commandant le Génie : CB puis Lt Col DEMEZIERES

* Service Electromécanique : Cne Maurice RAPILLY
* Cne KELLER et Cne LOUDENOT pour les autres services

- Commandant les Transmissions : Cne SAPIN
- Commandant le Train :
- Santé :
- Intendance :
Officiers d’EM : Cne ANDRÉ, Lt LAMBERT, Lt d’HESPEL, Cne Louis Elie METZGER (3° Bureau) a/c du 1 Novembre 1939

Le PC du Secteur a été installé initialement au Chateau de CHELAINCOURT . Cette localisation de PC changera cependant plusieurs fois, en particulier du fait des évolutions de frontière du secteur fin septembre 1939. Les localisations ultérieures sont :


- 25/09/1939 au 04/10/1939 : Boulay
- 04/10/1939 au 21/12/1939 : Charleville sous Bois
- 21/12/1939 au 23/05/1940 : Pommerieux (on notera la position éloignée de ce PC)
- 23/05/1940 au 13/06/1940 : Château de Hayes et de Landonvillers


A partir du 13/06/1940, le repli du gros des troupes du SF entraine le déplacement du PC successivement à Borny, Pommerieux, Custines au nord de Nancy, Coyviller au sud, puis enfin Xirocourt et Germonville non loin de Charmes, où il est capturé.
Le PC des troupes restées sur la LPR est dans ce temps-là installé à l'ouvrage d'ANZELING.


Infanterie

Sous-secteur Hombourg-Budange (pour mémoire, car rattaché au SF de Thionville au 10 Mai 1940)

164°RIF - PC au Chateau de Hombourg Budange puis ouvrage d'Anzeling
Lt Col PRIGNET puis Cdt ORGEBIN a partir de juin 1940
Le CE EBRARD (Hackenberg) prend le commandement du sous-secteur au retrait du 164° RIF le 13 Juin 1940.
3 bataillons de mitrailleurs le Ier, IIe et (IIIe a 2 compagnies seulement) quartiers d'Ising, Helling et Klang


Sous-secteur Burtoncourt

162°RIF - PC au Camp de Bockange puis Huhnerbusch (Bois de Villiers)
Cdt : Lt–Col. BOCKLER, puis en décembre 1939 par le Lt-Colonel SOHIER
2 bataillons, quartiers Valmunster et Freistroff
1 bataillon d’instruction, le XXI/162° RIF


Sous-secteur Tromborn

161° RIF - PC à Boulay (PC GAEL)
Cdt : Lt-Col GLEYZES puis VIRET à partir d'avril 1940
3 bataillons, quartiers du bois d'Ottonville et de Teterchen


Sous-secteur Narbéfontaine

160° RIF - PC du Gros Bois à Narbéfontaine
Cdt : Lt-Col BOUET
3 bataillons, quartiers Nord, Centre et Sud (initialement Ban St Jean et Zimming)


II/460° RP


Artillerie

153° RAP - CE CHARLY

Servant l'artillerie des ouvrages, soit la 34e et la 35e batteries du Hackenberg, la 33e du Mont-des-Welches et la 31e d'Anzeling, ainsi que quatre groupes de position – totalisant 10 batteries administratives - armés avec quarante canons de 75 mm modèle 1897, huit 105 mm L 1913 Schneider, vingt 155 mm L 1877 de Bange, douze 155 mm L 1918 Schneider et quatre 240 mm L 1884 Saint-Chamond


23° RARF aussi nommé parfois 23° RAM (M pour mobile, ou mixte selon les documents) - Lt Col PENINOU

Composé trois groupes tractés armés avec deux groupes (soit vingt-quatre canons) de 75 mm 1897/1933 TTT et un groupe (soit douze pièces) de 155 mm C 1917 Schneider TTT


702° PAF

702° Cie d'ouvriers
702° Cie de munitions auto


Génie

202°BGF - CB puis Lt Col DEMEZIERES

Le bataillon est dissous le 16 mars 1940 et ses compagnies deviennent indépendantes bien que toujours coordonnées par le Lt-Col DEMEZIERES.
- 202/1 et 202/2 Cie du Génie (Dirigées par le Cne RAPILLY, adjoint du Lt-Col DEMEZIERES)
- 202/81 Cie de sapeurs Radiotélégraphistes
- 202/82 Cie de sapeurs Téléphonistes


Autres unités

Postes frontières

GRM - 4° Groupe de la 7° Légion
8° GRCA (Groupe de Reconnaissance de Corps d'Armée)


Intendance

Service des Subsistances de Secteur Fortifié n°2, devenu 152/6° GED (Groupe d'exploitation divisionnaire) en mars 1940


Santé

Groupe Sanitaire de Secteur Fortifié n°2, devenu 152° GS (Groupe Sanitaire) en mars 1940


Train

232/6 CASF (Cie auto de secteur fortifié)


Forces aériennes

299° Cie d'aérostiers
302/48 Poste de sondage


Instruction

202° CISF (Centre d'Instruction de Secteur Fortifié )


Unités de renforcement

6° CA Corps d'ArméeGal LOIZEAU


51° HID Highland Infantry Division - Gal FORTUNE ,

Sous-secteur d'Hombourg Budange, dépend du Corps d'Armée Coloniale


42° DI - Gal KELLER

Division d'active, Sous-secteur de Burtoncourt + partie nord Est du sous-secteur de Tromborn


26° DI - Gal BONNASSIEUX

Division de réserve A, partie Sud du sous-secteur Tromborn et sous-secteur Narbéfontaine



Historique

Appartenant à la Région Fortifiée de Metz, le secteur fortifié de Boulay est initialement composé des sous-secteurs d'Hombourg-Budange, Burtoncourt et de Tromborn à sa mise sur pied le 22 aout 1939. Il est alors sous le commandement de 6° Région Militaire dont le QG est à Metz.
Le 28 aout, le secteur passe sous le commandement de la 3° Armée et est placé sous l'autorité du 6° corps d'armée, composé de la 51st Highland Division (britannique), de la 42° division d'infanterie (d'active) et de la 26° division d'infanterie (de réserve, série A).

Dés mobilisation, des échauffourées se déroulent à la frontière. Le SF de Boulay constitue l’aile gauche de l’ « offensive » de la Sarre (6-21 Septembre 1939). Ses détachements avancés du Groupement du CE CONNAULT constituent les sous-secteurs Nord, Centre et Sud (de Merten à Waldwisse) de cette aile gauche. Le 6 Septembre, des éléments français entrent sur ordre en Allemagne et occupent les premières maisons de Niedaltdorf (en limite gauche du secteur) et Bedersdorff, face à Schreckling. La progression s’arrêtera là, se traduisant simplement par des échanges de coups de feu autour de la frontière et des incursions en territoire allemand (Überherrn le 1er Octobre, par exemple). Aucunes pertes à signaler durant cette phase.

Lors de la modification de la limite entre la 3° et la 4° armées du 25 au 29 septembre 1939, le secteur récupère le sous-secteur de Narbéfontaine (ouvrages de COUME, de COUME Annexe Sud et du MOTTENBERG) venant du SF Faulquemont et perd le sous-secteur d'Hombourg-Budange (ouvrages du HACKENBERG, du COUCOU, du MONT-des-WELCHES et du Michelsberg) au profit du 18° CA via un rattachement direct à la RF de Metz. Ce même sous-secteur sera finalement rattaché corps d'armée colonial (secteur fortifié de Thionville) le 21/12/1939 comme conséquence de la dissolution de la RF de Metz.

Le 17 Octobre, les dispositifs de mine permanents (DMP) à la frontière jouent après que les troupes qui étaient au contact se soient retirées sur la ligne des maisons-fortes. L’ensemble des autres DMP entre la ligne des avant-postes et la LPR restent surveillés par les sapeurs des Cies 202/1 et 202/2.

Début 1940, l’organisation de forteresse, qui était héritée du temps de paix, devient subordonnée aux troupes de renforcement. Le commandant du SF devient l’adjoint du commandant du corps d’armée le supervisant (6° CA pour l’essentiel).

La période suivante (hiver 1939-1940) est relativement calme, occupée essentiellement à couler du béton pour compléter le renforcement des différentes lignes de défense, mais aussi à faire sous l’impulsion du Génie du SF un certain nombre d’importants travaux d’achèvement ou d’amélioration des ouvrages :
- Construction du bloc DCEG (B9) d’ANZELING
- Finalisation des travaux d’aménagement de l’alimentation en énergie par l’arrière
- Conversion des tourelles JM en tourelles pour armes mixtes (largement inachevée)
- Mise en place des projecteurs blindés d’éclairement des intervalles…
- Etc…
…travaux rendus d’autant plus complexes qu’ils se déroulent dans des ouvrages occupés et en situation d’alerte.

- 10 – 20 Mai 1940 : le conflit entre en phase active. La pression ennemie augmente sur les avant-postes. Durant la période, les sapeurs des compagnies 202/1 et 202/2 font jouer les lignes de DMP suivantes.

- 20 Mai 1940 : le sous-secteur d’Hombourg-Budange est à nouveau rattaché au SF de Boulay. Les éléments du CIF de Thionville sont de même rattachés au secteur de Boulay. Trois jours plus tôt, l’ancien secteur de Boulay est séparé en deux secteurs divisionnaires, le secteur Nord couvert par la 51° (Highland)ID britannique, et le secteur Sud couvert par la 26° DI, le tout dépendant du 6° CA. Quelques jours plus tard, le 23, ces deux grandes unités se repositionnent en grande partie derrière la Ligne Principale de Résistance (LPR). En conséquence, le SF de Boulay retrouve ses prérogatives exclusives, tant tactiques que techniques telles qu’elles existaient à la mobilisation. La 51° HID britannique quitte les lieux, remplacée par la 56° DI.

- 10 Juin 1940 : l’ordre de repli derrière la LPR des éléments encore installés en couverture dans les avant-postes et avancées est donné et de déroulera par vagues successives jusqu’au 12 (un GRDI et deux bataillons de RI de renforcement). Le rapatriement des forces se passe bien et sans pertes. Il faut noter que le SF de Boulay est le dernier des SF de la région de Metz à rapatrier ses troupes avancées. Mais ce n’est que le début d’un repli de bien plus grande ampleur… Dans la soirée, l’ordre de repli des deux unités de renforcement (56° DI au nord, sur le sous-secteur de Hombourg-Budange et 26° DI) du 6° CA est apporté. Ces unités quittent les lieux - sous couvert des troupes de forteresse - entre le 11 et le 12, pour passer en réserve de GA N°2. Le SF retrouve son autonomie défensive.

- 12 Juin 1940 : les dernières unités du 6° CA encore sur place, dont les troupes organiques du SF, reçoivent l’ordre de constituer une « division de marche » et de décrocher dans la nuit du 13 au 14 Juin direction Nancy-Neufchâteau. En effet, la situation est grave cas les allemands ont percé en Champagne et menacent d’encerclement les armées de l’Est. Dans une dernière tentative, l’ensemble des troupes toujours présentes sur la frontière vont donc partir à pied, en véhicules ou en trains pour reconstituer une résistance sur la route des panzers. Seules restent – pour couvrir le repli pendant un court laps de temps – les équipages d’ouvrages, dans un rôle retardateur. Celui-ci devra durer jusqu’à la nuit du 17 au 18 Juin, date à laquelle ils auront mission de saboter leurs ouvrages, les quitter et retrouver le gros de la troupe (1).

- 13 Juin : le repli de la Division de Marche BESSE (SF de Boulay) débute dans la nuit du 13 au 14 Juin. Le Col COCHINARD, désigné pour commander les éléments restant sur place, laisse son PC installé au château de Hayes. Ne restent sur place qu’une section de fusiliers-voltigeurs par bataillon (quartier) et les équipages d’ouvrages avec pour mission de « faire du bruit ».
Cette division de marche est constituée des 160°, 161° et 162° RIF (la 164° RIF est de son côté rattaché à la division de marche POIZOT – ex SF de Thionville), des 53° et 57° BMM, du II/460° Pionniers, des éléments « déplaçables » des 23° RAM et 153° RAP et d’un bataillon de … chars FT. Alors que tout le monde part à pied, les 53° et 57° BMM sont retirés par camions.

- 14 Juin 1940 :
o La DdM BESSE stationne la journée au sud-est de Metz après une nuit de marche. Les éléments avant sont à Woippy, l’arrière-garde (161° RIF) est à Vigy. Le retrait s’est fait sans encombre majeure. Une dernière liaison par personne interposée est faite dans la journée avec le groupement COCHINARD resté sur place.
o Sur la LPR : les 4 sous-secteurs du secteur sont commandés du Nord au Sud par le CE EBRARD (HACKENBERG – S-Sct de Hombourg-Budange), le CB GUILLEBOT (ANZELING – S-Sct de Burtoncourt), le Cne COSTE (DENTING - S-Sct de Boulay) et le Cne FAUCOULANCHE (ANNEXE Sud de COUME - S-Sct de Burtoncourt), sous la responsabilité du Col COCHINARD, resté sur place. Dès le 14, les allemands occupent les positions d’avant-poste évacuées le 11 et parviennent pratiquement au contact de la LPR. Une première attaque menée contre Gomelange – tenu par une section – est repoussée. Le poste électrique de BETTELAINVILLE est arrêté et évacué, forçant les ouvrages à passer sur la production d’énergie de leurs usines.
A cette date, Paris tombe et les allemands sont à Verdun. L’offensive de la Sarre débute et la percée de Champagne est effective : les panzers foncent vers le Jura…

- 15 Juin 1940 :
o DdM BESSE : après une nouvelle nuit de marche (environ 12 kilomètres), les troupes de la DdM cantonnent dans les environs de Pommerieux. L’arrière-garde est sur une ligne Jury-St Julien. Dés cette date les nourritures de réserve sont épuisées : la division sera réduite à se nourrir « sur la bête » en fonction des circonstances. Dans la soirée, une grande partie du 164° RIF est embarqué en véhicules vers Nancy, laissant son 3° bataillon sur place à Metz. Celui-ci est à nouveau rattaché à la DdM BESSE et marchera avec le 162° RIF (colonne ouest). Le 160° RIF passe en arrière-garde de la division avec un groupe du 153° RAP et les chars FT.
o Sur la LPR : Les liaisons avec le commandement de la DdM BESSE sont perdues en fin d’après-midi. Les sections d’infanterie d’intervalle restées sur la LPR entament à leur tour leur repli à 22h. Celles des deux sous-secteurs Nord passent sans encombre les différentes coupures et cours d’eau en arrière, celles des sous-secteurs sud sont dirigées vers un pont provisoire à Brecklange, posé par les artilleurs. Dans la soirée, l’ennemi se montre plus entreprenant et tire à courte distance sur les organes fortifiés et tente des infiltrations, systématiquement repoussées.

- 16 Juin 1940 :
o DdM BESSE : la 3e nuit de marche est plus efficace (22 km) car la prévôté a dégagé les itinéraires de repli de la masse des réfugiés civils. La division s’installe entre Custines et les faubourgs nord de Nancy, avec la DdM POIZOT à sa gauche (ligne Domèvre-Marbache) et la 26° DI à sa droite (canal de la Marne au Rhin entre Maixe et St Nicolas de Port) mais sans liaison. La DdM BESSE reçoit l’ordre de se redéplacer au sud de Nancy entre Tonnoy (face à l’ouest !), le canal de liaison, Laneuveville et St Nicolas de Port pour retrouver une liaison formelle à droite. La pression allemande commence à se faire sentir, notamment de la direction Nord-Ouest. Dans l’après-midi, le bataillon HEMERIT (II/161° RIF) est déplacé d’urgence en camions vers Richardménil pour parer à l’arrivée des allemands par l’Ouest et couvrir le mouvement de la division.
o Eléments retardateurs d’intervalle : les sections partie la veille à 22h sont pour l’essentiel capturées par les allemands qui viennent de la trouée de la Sarre. Les derniers éléments (groupe sud) seront pris en tenaille par la jonction allemande ouest-est à Pont-à Mousson le lendemain.
o Sur la LPR : L’ennemi est toujours mordant et tente des infiltrations, mais se tient à distance côté avant. Ses premiers éléments, remontant de la percée de la Sarre (14-15 Juin) sont signalés en approche des arrières de la position et avance rapidement vers Morhange. Dans ces conditions, l’évacuation des ouvrages prévue le 17 n’est plus possible. Les derniers artilleurs sur place, dans la moitié sud du secteur, reçoivent l’ordre de se replier à leur tour en anticipation, après avoir détruits canons et munitions. Le Col COCHINARD prend la décision de suspendre la mesure C (destruction et évacuation des ouvrages) et transporte in-extremis son PC du château de Hayes dans l’ouvrage d’ANZELING alors que les allemands approchent. Les 4200 officiers et hommes des ouvrages résisteront sur place… Certaines casemates et blockhaus sont réoccupées par des détachements issus des ouvrages. Dans la nuit du 16 au 17, plusieurs ouvrages et casemates doivent repousser des infiltrations ou des prises à partie directes (HOBLING, HUBERBUSCH, …).

- 17 Juin 1940 :
o DdM BESSE : la 4e nuit de marche a emmené la division vers sa position de résistance sur la ligne Tonnoy-Richardménil (Moselle)-Laneuveville-St Nicolas de Port. Le III/164° RIF arrive en dernier dans la journée et s’installe, épuisé, au centre du dispositif. Dans la soirée, la division est informée qu’elle est transférée du 6° CA au 20° CA avec la DdM POISOT car le 6° CA se prépare à une « offensive » vers le Sud-est (Bourbonne les bains) pour dégager les troupes en passe d’encerclement. La division POISOT, qui était à l’ouest, passe à l’est de la DdM BESSE à la place de la 26° DI qui doit participer à cette action, et récupère au passage le III/164° RIF (Bon BRUYERES) qui s’installe à Maixe. Le secteur de la division BESSE est étendu à l’ouest jusqu’à Maron sur la Moselle, entrainant le début du mouvement des troupes situées à Richardménil-Tonnoy. Le 160° RIF est toujours en arrière-garde (couverture) dans Nancy.

Repli de la DM BESSE - 13 au 17 Juin 1940

Trajet de repli de la DdM BESSE


o Sur la LPR : la journée est plus calme, mais tout repli étant maintenant impossible, la mesure C est définitivement annulée (2). L’ouvrage de BOIS de BOUSSE et les équipes occupant les casemates d’EDLING ne reçoivent pas ou interprètent mal l’ordre de rester sur place et évacuent leurs installations dans la nuit du 16 au 17. L’ouvrage – qui ne répond plus aux appels – sera reconnu dans la journée par une patrouille de l’ANZELING et constaté comme vide et fermé… Cette évacuation inopinée a une autre conséquence : l’observatoire de HESTROFF est maintenant très isolé. Il sera évacué à son tour et son équipage rapatrié à ANZELING au cours de la nuit suivante.
Plusieurs incidents de patrouilles sont rapportés en arrière de la LPR, derrière MONT des WELCHES en particulier. Thionville et Château-Salins sont aux mains allemandes, Metz est en passe de l’être. Dans la nuit du 17 au 18 des tentatives d’infiltration vers le BEHRENBACH et les blocs arrière d’ANZELING sont repoussées, de même qu’une attaque contre DENTING.
A cette date, les allemands arrivent à Besançon et la frontière Suisse. La nasse des armées de l’Est s’est refermée…

- 18 Juin 1940 :
o DdM BESSE : L’ennemi est au contact des éléments de couverture. La contrattaque de dégagement du 6° CA prévue la veille étant annulée, le dispositif initial est repris. La division reste attachée à son CA d’origine et les éléments qui avaient fait mouvement… font le mouvement dans l’autre sens… En cours d’après-midi, l’ennemi attaque vers Laneuveville par des éléments avancés. Cette première attaque est repoussée, mais l’essentiel du II/160° RIF est encerclé et capturé dans Nancy, déclaré dans la journée « ville ouverte ». Seul un bataillon, le I/160°, réussit à échapper à la nasse et rejoint la division sur l’autre rive du canal de liaison. Il est mis en réserve de division. Dans la soirée, nouvelle attaque vers Laneuveville et prise de contact à la Madeleine : tentative de passage de la Meurthe repoussée, en particulier avec les chars FT du 30° BCC. Le 161° RIF, qui vient juste de retrouver ses positions de la veille, entre Richardménil et Tonnoy, face à l’ouest sur la Moselle, reçoit l’ordre de se préparer à traverser la Moselle pour se placer sur le même secteur, mais face à l’Est derrière la rivière (partiellement à sec en cette période). Le 18 Juin au soir, les ponts sur la Meurthe et sur le canal sont détruits par le Génie. Dans l’action, le Lt-Col DEMEZIERES est blessé et capturé par les allemands. Il est remplacé (pour 2 jours…) par son adjoint, le Cne RAPILLY.
o Sur la LPR : journée plus calme bien que marquée par de nombreuses infiltrations et le début de tentatives de négociation de reddition de tel ou tel ouvrage. Dans la soirée, DENTING est attaqué à nouveau. Dans la journée, les troupes allemandes venant de l’ouest et celles venant de la trouée de la Sarre font leur jonction à l’arrière des SF de Boulay et Thionville. Les ouvrages sont isolés. Dans la soirée une colonne motorisée allemande qui se perd vers l’EH d’ANZELING est détruite au canon de 37mm.

- 19 Juin 1940 :
o DdM BESSE : L’ennemi tente une attaque en force sur la Meurthe face à la Madeleine, tenu par le 162° RIF, qui repousse plusieurs tentatives de traversée. Les combats font rage, et ils constituent probablement l’action de combat la plus significative de la division. Baroud d’honneur, car à droite du dispositif, le XXI/162° RIF est malmené à Nicolas de Port, Lunéville tombe et le 20° CA est enfoncé sur le canal de la Marne au Rhin. L’ordre de repli d’abandon de la position de la Meurthe tombe : l’ensemble de la division doit se déplacer vers l’Ouest de la Moselle, de Méréville à Lorey face à l’est (une bonne partie du 161° RIF y est déjà depuis la nuit précédente). Il est juste temps, car les allemands ont franchi la Meurthe et Rosières et St Nicolas de Port (le XXI/162° RIF n’a pu résister bien qu’il ait reçu le soutien des chars FT de la division. Laneuveville tient cependant toujours, mais La Madeleine menace d’être tourné par le Sud. A 12h30, les restes du 160° RIF et le bataillon HEMERIT (II/161° RIF à la Madeleine) ont l’ordre de se replier derrière la Moselle à leur tour. Le mouvement se fait au contact de l’adversaire, dans des mauvaises conditions. Dans la soirée, le Gal BESSE reçoit le commandement des restes de la DdM POISOT, qui a été laminée à la gauche, sur la Moselle entre Toul et Pont-St-Vincent. A la droite du la division BESSE, la 26° DI est contrainte de se replier vers le sud sur une ligne Bayon-Gerbéviller, perdant la liaison avec la DdM BESSE et ouvrant une brèche importante dans laquelle les allemands vont s’engouffrer en traversant la Moselle. L’aile droite de la division (III/161° RIF – Cne de TARRAGON) est prise à revers. A l’autre extrémité du 161° RIF, la Moselle est aussi franchie à Flavigny malgré la destruction du pont sur la Moselle, entrainant la neutralisation et la capture complète de ce régiment en début de nuit, à quelques isolés près. Au nord de là, le 162° RIF est maintenant directement menacé : il reçoit l’ordre du Gal BESSE de se replier plein sud sur une ligne Haroué-Bayon - en direction de Charmes - avant que cette voie de retraite ne soit coupée (la 26° DI est à l’est de Bayon à ce moment).
o Sur la LPR : journée identique à la veille dans l’ensemble. Quelques tentatives d’approche des ouvrages du sous-secteur de Burtoncourt (en particulier ANNEXE Sud de COUME et MOTTENBERG), repoussées sans difficulté. Une colonne motorisée tente d’approcher de l’EH d’ANZELING et est neutralisée au mortier de 50 de cloche et avec l’aide des tourelles. Des documents et du matériel sont récupérés dans les décombres de véhicules. Dans la nuit suivante, nouvelle tentative contre la casemate d’EBLANGE et le PO de DENTING, à nouveau repoussées par l’artillerie d’ANZELING.

- 20 Juin 1940
o DdM BESSE : Au petit matin, les restes du 162° RIF et du 168° RIF ayant échappé à la tenaille allemande - et le I/167° RIF, ex-SF de Thionville, isolé sur le flanc gauche de la DdM BESSE – se positionnent sur la ligne Haroué-Bayon. La situation est cependant désespérée car la DdM BESSE a perdu sa liaison à droite avec la 26° DI qui se replie vers les Vosges sans avoir pu informer sa voisine. La brèche ainsi créée va permettre aux troupes mobiles allemandes qui ont percé à St Nicolas de Port et Rosières de couper la division littéralement en deux, isolant cette ultime ligne Haroué-Bayon des éléments encerclés entre Moselle et Madon. La ligne défensive Haroué-Bayon tient toute la journée alors que la division BESSE aurait dû être relevée par la 36° DI (Gal AUBLET), ce qui n’arrivera pas car cette grande unité est elle-même très amoindrie et pas en état de remonter au front (3). Les bataillons isolés des 161° et 162° RIF et les derniers FT du 30° BCC, tous restés eux sur place entre Moselle et Madon, position de la veille au nord de là, sont capturés et déposent les armes dans la journée ou le lendemain.

Repli de la DM BESSE - 13 au 17 Juin 1940

Combats de la DdM BESSE


Dans la soirée, la 26° DI – à droite – décroche encore, permettant aux allemands de prendre Bayon, puis Bainville aux Miroirs, entre les restes de la DdM BESSE qui attend toujours la relève de la 36° DI et son PC. Le PC BESSE à Germonville est isolé des restes des RIF et est capturé vers 19h30, marquant la fin de la division de marche. Quelques unités isolées continueront à échapper à la capture immédiate mais sont arrêtées les jours suivants. Par exemple, le 161° RIF, resté aux alentours de Ceintrey, ne rendra les armes que le 21 Juin à 17h30.
o Sur la LPR : La journée se résume à des échanges de tirs d’artillerie et quelques tentatives d’infiltration vers les ouvrages. Le bloc 9 d’ANZELING est particulièrement pris pour cible. Le SF apprend la chute du BAMBESCH, juste à sa gauche, puis du KERFENT le 21.

- 21 Juin 1940 : Sur la LPR : Le MOTTENBERG et sa casemate Sud sont à leur tour canonnées par l’ennemi à partir de la zone du KERFENT. Ce bombardement persiste durant la nuit suivante et le lendemain.

- 22 Juin 1940 : des plénipotentiaires allemands tentent d’obtenir la reddition des ouvrages du secteur, sans succès. À la suite de cette tentative, l’ouvrage du MICHELSBERG est attaqué sur ses avants et vers son entrée par l’ouest. L’attaque est arrêtée par l’ouvrage avec l’aide de ses voisins, dont le HACKENBERG. Les blockhaus Bb9 et 9bis, occupés par un équipage allégé, arrêtent la progression des allemands vers l’entrée du MICHELSBERG. Cet ouvrage intervient ensuite au profit du MONT des WELCHES, lui-même approché par l’ennemi. Ces attaques de front infructueuses sont les dernières actions fortes de la période. Dans la soirée, la casemate Sud du MOTTENBERG, rendue intenable par la perte de sa ventilation et les dégâts sur la chambre de tir sud et la façade arrière est évacuée sans encombre par son équipage par un créneau de la chambre de tir nord...

- 23-24 Juin : la situation se calme progressivement autour des ouvrages, à l’approche de l’armistice. Les échanges de tir se font plus sporadiques, hors quelques tirs ou tentatives d’approche des entrées d’ouvrages.

- 25 Juin au 4 Juillet 1940 : le cessez-le-feu intervient le 25 Juin à 0h35 heure française. Les combats cessent, mais les occupants de ouvrages restent dans leurs positions en attendant clarification et ordres de l’EM Français. La situation reste dans ce statuquo jusqu’à l’arrivée du Col MARION, émissaire de l’Etat-Major, qui donne le 30 Juin l’ordre de reddition à l’ensemble des ouvrages du secteur. Les ouvrages devront être livrés intact à l’ennemi et évacués le 4 Juillet.

La division de marche BESSE a donc eu une existence éphémère, n'ayant pas démérité dans une situation pour le moins désespérée (4). La résistance des ouvrages a été remarquable puisque seul l'un d'entre eux (BOUSSE) sera abandonné par erreur et trois casemates seront évacuées (les deux EDLING en même temps que BOUSSE, et Sud de MOTTENBERG du fait de ses dommages dus au bombardement). La commission des récompenses de 1941, amenée à statuer sur les demandes relatives aux troupes du SF Boulay rendra néanmoins un rapport très défavorable, s'étonnant du grand nombre de demandes pour une division qui aura marché quatre jours et se sera battu un ou deux... Un grand nombre de ces demandes seront ainsi simplement rejetées ou descendues d'échelon. Le 2e tour réalisé par la même commission en 1944 confirmera l'évaluation critique faite en 1941 et ne repêchera aucunes décisions déjà statuées mais se contentera de traiter des "oublis". Il faudra attendre le retour de captivité des officiers et de nouveaux rapports faits par les généraux BESSE (rentré d'Allemagne) et COCHINARD en 1945-46 pour que la situation soit régularisée partiellement lors d'un 3e tour, avec une commission de composition... revue.





Notes
(1) L’échelonnement des départs est le suivant : le 15/06 à 22h, départ des sections d’intervalle restées sur place, le 16/06 à 22h, repli des effectifs des batteries fixes non transportables, restées sur place pour faire volume, après les avoir détruites et le 17/06 à 22h, repli des équipages d’ouvrages après avoir saboté ceux-ci. Un dernier petit détachement de retardement ne devait quitter les ouvrages qu’après 4h de matin le 18.
(2) COCHINARD écrira un rapport après la reddition pour se justifier d’une décision qu’il croyait être une vraie insubordination par rapport aux ordres reçus le 13 Juin… sans savoir qu’en réalité ce n’en était pas une puisque le Gal BESSE lui avait envoyé un ordre de « résister sur place jusqu’à épuisement des moyens » le 16 Juin qui n’atteindra jamais son destinataire. Il était d’ailleurs profondément illusoire de penser que 4000 hommes à pied, dont seulement 20% pouvait être armé d’une façon ou d’une autre, aient une quelconque chance de rejoindre le gros de la troupe au travers des lignes ennemies. Les commandants de secteurs restés sur place avaient de tout évidence pris la bonne décision.
(3) Le Gal AUBLET (36° DI) le confirmera personnellement au Gal BESSE lorsqu’ils se croiseront en captivité. Cette relève était tout simplement impossible.
(4) Dans l'un de ses rapports d'après guerre, le Gal BESSE se dira convaincu avec le recul que ses troupes organiques auraient au total rempli un bien meilleur service en restant sur place sur leur position de la LPR plutôt que de se lancer à pied dans une aventure hasardeuse pour laquelle elles n'étaient pas préparées. Le Gal LOIZEAU (6° CA) son supérieur tiendra exactement les mêmes propos dans un petit document collectant ses réflexions sur les troupes de forteresse. Mais après coup on est toujours plus sage et avisé...


Rédaction Initiale : Pascal Lambert -
Mise à jour en 03/2021 : Jean-Michel Jolas - © wikimaginot.eu

Sources :

SHD – carton 33N24 – SF de Boulay, en particulier rapports d’officiers
Grandes Unités Françaises - SHD;
wikipedia;
Hommes et ouvrages de la ligne maginot - Mary Hohnandel Sicard - T1 à T3





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