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RESTEFOND

( Ouvrage d'artillerie )









Secteur Fortifié
SFD - SF Dauphiné

Sous Secteur
Jausiers

Quartier
Restefond

Maître d'ouvrage
MIL - CORF

Constructeur
Entreprises civiles

Année
1940

Commune
JAUSIERS (04850)

Lieu-dit / Parcelle
Col de restefond

Coordonnées
44.330315 - 6.809280

Validité information
Verifié

Niveau de réalisation en 1940
Inachevé

Etat actuel
Incomplet





Notes et informations



CONSTRUCTION, Description

L'ouvrage de Restefond est un ouvrage d'artillerie CORF.
Il compte quatre blocs actifs dont le bloc d'entrée non coulé qui est réduit à sa plus simple expression. A ceci s'ajoute un bloc cheminée passif.

Bloc 1 (entrée) :
en 1939, le bloc n'était pas construit et seule existait une entrée provisoire qui utilisait la galerie aménagée pour construire les souterrains. La porte actuelle, en bordure de route a été construite dans les années cinquante seulement.
Le bloc prévu devait être une entrée du type Alpes : une seule porte servant au passage des hommes et du matériel, un pont-levis d'accès, deux créneaux en caponnière de protection et deux cloches (Cloche lance-grenades et cloche GFM)

Bloc 3 : Casemate d'infanterie
- 1 cloche pour jumelage de mitrailleuses Reibel MAC 31, orientée frontalement sur un arc Col de Pouriac - Le Pra.
- 1 cloche GFM type A (Fusil mitrailleur et mortier de 50)

Bloc 4 : Casemate d'infanterie et observatoire
- 1 cloche pour jumelage de mitrailleuses Reibel MAC 31 flanquant vers Saint Etienne
- 1 cloche GFM type A (Fusil mitrailleur et mortier de 50) / J2
- 1 cloche observatoire d'artillerie VDP

Bloc 6 :
- 2 obusiers de 75 mle 32 (flanquement des cols frontière)
- 1 obusier de 75 mle 31 (flanquement des débouchés du col de Pourriac)
- 2 créneaux FM de défense des façades.
Le bloc possède une issue de secours en fond de fossé diamant.

Bloc 8 :
Situé sur la contre pente ouest, ce bloc n'est en fait que la cheminée d'aération de l'ouvrage. Il servait également d'issue de secours, celle prévue par le bloc 2 n'ayant pas été construite.

Les travaux étaient engagés sur les 2 autres blocs qui seront finalement non réalisés du fait du conflit :

Bloc 2:
Flanquement de Granges Communes. Seules les fouilles ont été réalisées.
- 2 mortiers de 81 mm
- 1 cloche GFM type A (Fusil mitrailleur et mortier de 50)
La galerie menant à ce bloc aurait été prolongée pour accéder à une issue de secours arrière.

Bloc 5 : Bloc d'artillerie, identique quasiment au bloc 6, et dont là encore seules les fouilles ont été faites.
Flanquement de la vallée de la Tinée et de la RN 205, aurait du être coulé en 1939
- 2 obusiers de 75 mle 32
- 1 mortier de 75 mle 31
La galerie d'accès au bloc présente divers stades d'avancement, du bétonnage à la fouille brute de perçage.

Enfin, un dernier bloc :

Bloc 7 :
Initialement reportée à un programme complémentaire, sa construction a en fait été annulée car la tourelle de 75 mm R modèle 1905 dont il devait être équipé n'aurait pas permis de battre les cols frontières de Larche, de Pouriac et du Fer.


CONSTRUCTION, Mission, ou Fonction de l'objet

La mission du bloc d'artillerie (bloc 6) d'action frontale était d'interdire les cols frontaliers de Pouriac et du Fer (deux canons-obusiers 75/32) ainsi que le Pas de la Cavale, le ravin du Salso Moreno et le col des Fourches (un mortier 75 Mle 1931).
L'ouvrage fournissait donc l'appui d'artillerie nécessaire à la défense de l'ensemble du quartier Restefond. Le bloc d'infanterie (bloc 4) avait pour mission de battre les pentes du vallon de la Tinée, jusqu’à Bousiéyas (une cloche GFM et une cloche JM).
Source(s) :
Wikipedia



DENOMINATION, Indicatifs et n° d'abonné

Le numéro d'abonné au réseau militaire de l'Ouvrage de Restefond serait O 1235

La cloche VDP du B4 possédait l'indicatif O19.


EFFECTIF, Commandement et/ou unité

L'équipage de l'ouvrage de Restefond est composé de 10 officiers, 35 sous-officiers et 181 hommes, principalement issus des 73° BAF et 162° RAP

L'ouvrage est placé successivement sous le commandement des Cne DALSTEIN, Cne BENONY (19 mars 1940) puis du Cne GILOTTE à compter du 29 mai 1940

Cdt l'artillerie : Cne MARTIN (14° Bie du 162° RAP)

Bloc 6:
- 75-32 Cne MARTIN
- 75-31 : Lt MELCHI


EQUIPEMENT, Electrique

L'ouvrage a été relié après guerre au réseau civil HTA (ligne 10 kV) au travers d'un transformateur 63 kVA installé près de l'usine. Il est par ailleurs doté d'une usine électrique d'origine qui ensuite était destinée à prendre le relais en cas de coupure du réseau civil.

L'usine électrique était dotée de trois groupes électrogènes à moteur CLM type 408 (n° 408.005, 408.006, 408.008) de 75 CV (à cette altitude et 750 tr/mn) couplé à une génératrice Ateliers d'Orléans type AT-50-SP (n° 157.127, 157.126, 157.125) de 45 KW et cosPhi 0,7 (puissance apparente 64 kVA).

Le groupe auxiliaire était un CLM 1 PJ 65 actionnant une dynamo Ateliers d'Orléans DD.2.SP de 3 kW et un compresseur.

Parmi les gros consommateurs de courant "Force", on trouve le monte charge Roux-Combaluzier de 2,5 tonnes à deux vitesses du bloc 6. Il dessert 3 paliers sur une course de 20 mètres. Il est mû par un moteur AlsThom NPS-89 17,5 CV/4CV (pour une vitesse de 1440 / 475 tr/mn).

L'usine était alimentée par 4 réservoirs gasoil de 15.000 litres et 3 réservoirs journaliers de 250 litres.


EQUIPEMENT, Hydraulique

L'adduction d'eau de l'ouvrage se fait à partir d'une source captée qui alimente par ailleurs l'abri actif du COL de RESTEFOND. L'eau est remontée par une électro-pompe.

L'ouvrage ne possède qu'une seule citerne de réserve de 30.000 litres de capacité, et un réservoir journalier de 3.200 litres. Cependant, le circuit de distribution dans l'ouvrage n'a jamais été finalisé. Le trop plein de la citerne de 30.000 litres se déverse dans une 2e citerne sous radier de la salle des réservoirs d'eau.

Le bloc 6 avait une citerne de 4.000 litres en pied de bloc et une de 1.200 litres à l'étage supérieur, toutes les deux non alimentées...

L'ensemble du circuit de distribution sera mis en place dans les années 60, incluant les lavabos.
Source(s) :
SHD - Carnet d'ouvrage de Restefond (1955)



EQUIPEMENT, Mobilier et second œuvre

Literie :
- aucun lit d'officiers
- 10 lits de sous-officiers dans le casernement
- 96 lits pour hommes (4 chambres), et couchage pour 4, 6, 12 hommes dans les B3, B4 et B6 respectivement.

Cuisine :
Non installée...

Infirmerie :
Prévue, mais non équipée...

Lavabos :
Non installés en 1940... Le seront dans les années 60.


EQUIPEMENT, Transmissions

L'ouvrage était doté d'un central téléphonique type TM 32 à 32 directions composé d'un panneau mural pour 32 abonnés et d'une table d'opérateur à 14 circuits.
Les fixations d'un second panneau et d'un boitier de protection pour 32 abonnés non équipés laissent penser que ce central aurait du comporter deux panneaux pour 32 abonnés.

En 1940, seule l'ossature principale interne du réseau était achevée. Il restait à relier les abonnés internes (blocs, PC...) au central. Ces travaux seront finalisés à minima en 1959.

L'ouvrage est relié à la CC de Restefond par deux câbles de 14 et 6 paires.


EQUIPEMENT, Ventilation

La ventilation air pur est en place. Celle relative à l'air gazé n'était pas prévue au départ et n'a donc pas été installée. Les portes étanches du sas du bloc 6 n'étaient pas en place en 1940 : elles ne seront installées qu'à la fin des années 50.

Le ventilateur principal de l'ouvrage, dans le local 66, est mû par un moteur Ateliers d'Orléans de 4 CV et tourne à 1.400 tr/mn. Les blocs 3, 4 et 6 ont leur ventilateur de mise en surpression.

L'évacuation d'air vicié est aussi installée, mais pas l'évacuation des fumées de la cuisine, non installée. La chaudière d'alimentation de la batterie chauffante sur air pulsé dispose aussi de son évacuation des fumées.

Chauffage :
Initialement seulement par batterie chauffante sur air pulsé du casernement, à partir d'une chaudière charbon-gasoil. Un deuxième aérotherme était installé dans bloc 6 et relié à la même chaudière, mais l'installation n'était pas achevée en 1940. Elle ne le sera qu'en fin des années 50.

Des radiateurs électriques étaient en place d'origine dans les locaux critiques (PC, infirmerie - pourtant non installée -, ...).

Après guerre, le Génie installera des radiateurs en fonte à eau chaude dans les locaux communs et une partie du casernement, connectés au circuit de refroidissement des moteurs et/ou à la chaudière charbon/mazout.


GENERALITES, Spécificités

RESTEFOND est l'ouvrage CORF le plus élevé de l'ensemble de la ligne Maginot.


ETAT ACTUEL , Etat - utilisation actuelle

L'ouvrage est resté en relativement bon état jusqu'en 2006, date à laquelle il a fait l'objet d'un ferraillage en régle visant à recuperer les métaux non ferreux (cuivre..) qu'il contenait.


HISTORIQUE, Chronologie

Bien qu'inachevé, l’ouvrage arrêta les troupes italiennes en 1940. Il intervint avec son artillerie (bloc 6) pour interdire le passage des cols frontaliers et battre le ravin du Salso Moreno pour contenir l'avancée des troupes italiennes vers l’avant-poste du col des Fourches.

Le bloc 6 tire une vingtaine d'obus le 17 Juin 1940, mais l'essentiel de son action s'étalera du 21 au 24 Juin, avec près de 840 coups.

L'ouvrage est désarmé durant l'occupation et les pièces récupérées sur parc par les Italiens. Bien que n'ayant pas subi de déprédations volontaires sérieuses comme d'autres ouvrages, RESTEFOND sort de la guerre passablement dégradé par le temps et les intempéries, du fait de son état d'inachèvement :
- la galerie provisoire d'entrée s'est partiellement éffondrée.
- la centrale électrique est non fonctionnelle.
- les circuits électriques sont HS
- le monte-charges du bloc 6 est HS
- plus d'adduction d'eau ni de ventilation (la moto-pompe et les moteurs de ventilateurs ont été "prélevés"...)
Bref, une coquille vide totalement insalubre...

Entre 1946 et 1949, le Génie va déployer des efforts considérable avec très peu de moyens pour rendre l'ouvrage à minima utilisable comme abri. Un CLM de l'usine, puis un second sont remis en service, le groupe auxiliaire est réparé, la ventilation, l'éclairage et l'adduction et distribution d'eau remis en service. La galerie d'entrée est dégagée en 1946 et sécurisée par une porte provisoire, puis une galerie bétonnée d'entrée est construite en 1948. Même le monte-charges du B6 est réparé en prévision d'une hypothèse (lointaine...) de réarmement quand les moyens le permettraient.

En 1956, le projet d'alimentation électrique par le réseau civil est enfin mis en oeuvre, permettant l'alimentation des ouvrage de RESTEFOND, COL de RESTEFOND et du casernement de Restefond. Un transfo de 62 kVA est installé dans l'ouvrage, alimenté par la nouvelle ligne de 15 kV.
Source(s) :
SHD - Archives DTG Nice post 1945 (4V1830 et suivants)



HISTORIQUE, Construction

Le premier avant-projet de l'ouvrage date du 9 Novembre 1929, et comportait une grande casemate mixte frontale unique sur le versant Sud-Est de la crête (armée de deux CO de 75mm, deux mortiers de 81mm, des mitrailleuses et lance-grenades), un bloc cloches au sommet, et une entrée au Nord-Ouest, elle même armée de mortiers de 75mm, le tout pour un montant de 3,9 MF.

Les casemates frontales massives ayant été bannies par le Gal BIRCHLER (Inspecteur Technique des Travaux de Fortification) en Mai 1930, ce projet est modifié une première fois le 3 Décembre 1930 avec 6 blocs au lieu de trois, dont 2 casemates de 75mm, une avec 4 mortiers de 81mm et deux casemates d'infanterie frontales avec créneau de mortier de 50mm en étage inférieur.

Ce projet est examiné en Mars 1931 par la CORF et modifié à nouveau, le 30 Novembre 1932, alors que les travaux avaient déjà débuté. A cette date, il est décidé de donner une capacité tous azimuts à l'ouvrage en rajoutant une tourelle de 75mm Mle 1905, à prendre sur celles disponibles depuis la grande guerre, bloc qui sera néanmoins reporté aux calendes d'un éventuel programme complémentaire dès 1933.

A ce stade l'ouvrage comprend :
- Bloc A : entrée, avec 1 cloche GFM
- Bloc B : casemate pour mortiers de 81mm - 1 cloche GFM
- Bloc C : casemate frontale pour 2 JM, 1 Mo 50mm sous créneau en sous-sol, 1 cloche GFM et une issue de secours.
- Bloc D : idem bloc C
- Bloc E : 2 canons obusiers de 75/32, 1 mortier de 75/31 et issue de secours.
- Bloc F : idem bloc E
- Bloc G : tourelle de 75/05 et 1 cloche GFM (cette cloche de défense des dessus, initialement implantée sur le bloc F, et qui aurait du y retourner en cas d'annulation du bloc G... ce qui ne sera pas le cas).
A ceci se rajoute un bloc passif cheminée et une issue de secours de plain-pied donnant sur la route d'accès à partir des locaux souterrains du bloc B.

En Mai 1931, le projet technique des locaux et aménagements souterrains tenant compte des modifications demandées en Mars est présenté et révisé avec les services centraux. Il est approuvé le 6 Juillet 1931 (DM 2343 2/4-S) avec des ajustements de détail sur les locaux de l'usine et des PC. Parallèlement à ces discussions relatives à la conception de l'ouvrage, sa construction de gros-œuvre débute à l'été 1931. Ces travaux sont divisés en deux lots, l'un relatif aux travaux souterrains, et l'autre à la construction des blocs en surface. Le premier est attribué en 1931 à l'entreprise de HULSTER & FAIBIE pour la période allant de 1931 à fin 1933, et le second à l'entreprise "Société des Procédés de Cimentation FRANÇOIS" (SPCF, aussi connue ultérieurement sous le nom "Les Travaux Souterrains") pour la période été 1932 à fin 1934, supposée suffisante pour finaliser le gros œuvre.

En octobre 1932, le prix de revient de l'ouvrage est estimé par la DTF à 11,75 MF or la construction probable de la route N205 passant par le col pourrait nécessiter le passage des blocs d'infanterie et de l'entrée de l'ouvrage en protection n°3 au lieu de la protection n°2. Le verdict tombe dés l'émission du projet détaillé du bloc D (bloc 4 futur - casemate pour 2 JM), en protection n°3 en Décembre 1932, qui de ce fait voit son cout (840.000 F) fortement augmenter. Une décision au plus haut niveau doit alors intervenir concernant cette question de niveau de protection en lien avec la construction de la route, décision qui est confirmée en fin Janvier 1933 : l'ensemble de l'ouvrage sera en protection 3. En attendant, le bloc D est approuvé en l'état moyennant des économies sur la confection de la dalle supérieure qui était nettement surdimensionnée.

Les projets des bloc C (futur bloc 3 - quasiment identique au bloc D) et F (futur bloc 6) sont produits et examinés dans la foulée fin janvier 1933. Le projet du bloc C bénéficie des enseignements et commentaires faits pour le bloc D et est donc nettement moins couteux (750.000 F), bien qu'en protection n°3 lui aussi. L'ITTF lui applique malgré cela une nouvelle recette qui sera quasi systématique : la protection à géométrie variable. Il est ainsi demandé que les murs non exposés directement à des tirs ennemis soient établis en protection inférieure (n°2 donc) par mesure d'économie. Le même traitement est appliqué à posteriori au bloc D qui vient d'être approuvé. Le projet du bloc C (B3) est approuvé dans ces termes le 31 Mars 1933 (DM 1518 2/4-S). Concernant le bloc F, lui aussi se voit requis un degré de protection "composite". Si cela est accepté pour les murs arrières, le général BELHAGUE par contre refuse catégoriquement de valider une diminution de 50 cm de l'épaisseur de dalle au motif que le bloc est à contrepente. Le projet de ce bloc est approuvé le 7 Avril suivant (DM 1626 2/4-S)

Il faut attendre Septembre 1933 pour voir émis le projet technique détaillé du bloc E (futur bloc 5 - inachevé), frère jumeau du bloc F. Les travaux effectués de terrassement souterrain courant de l'été ayant montré la faible tenue du terrain, ceci impose un approfondissement du mur de garde du bloc jusqu'à 5 mètres de profondeur. Cette disposition devra s'appliquer aussi au bloc F. Le projet de ce bloc est approuvé le 13 Novembre 1933 (DM 6116 2/4-S). Cette mésaventure liée à l'état réel du terrain est fréquente, mettant en exergue l'une des faiblesses majeures de la construction de la ligne Maginot dans les Alpes : l'absence totale et problématique d'étude géologique sérieuse préalable aux travaux mettant les concepteurs face à des mauvaises surprises régulières.

Le 16 Novembre, un premier projet du bloc d'entrée (Bloc A - futur bloc 1) est proposé par la Direction du Génie de Briançon. Il prévoit une entrée avec étage inférieur alors que le projet technique d'ensemble de l'ouvrage prévoyait tous les locaux de l'entrée au même étage. Ce projet est donc rejeté d'emblée car n'apportant pas d'avantages nets ni de gains en termes de coûts. La version conforme à l'avant-projet est reproposée en Décembre 1933 et approuvée sous réserve en Février 1934 (DM 932 2/4-S). Cette nouvelle version intègre une cloche GFM à quatre créneaux au lieu de 3, le remplacement du canon AC de 37mm prévu dans la chambre de tir vers le Nord par un canon AC de 25mm - puis ultérieurement par une simple arme mixte. Elle est néanmoins jugée insuffisante sur le volet ventilation : l'entrée sert de prise d'air unique de l'ouvrage et pour faciliter cette fonction, un bypass avec grille est ajouté en bout de salle de déchargement. Ceci fait l'objet d'un rectificatif au projet en Mars.

Toujours en Décembre 1933, un projet technique remanié du bloc B (mortiers de 81mm - futur bloc 2) vient à l'approbation, ce qui est chose faite le 27 Janvier 1934.

En Janvier 1934, les casemates d'infanterie frontales (blocs C et D), dont les créneaux sont finalement jugés trop vulnérables à l'éventuelle artillerie adverse, sont remplacées par des blocs cuirassés avec cloches JM, de la même manière que pour l'ouvrage de GRANGES COMMUNES. Le projet amendé de ces deux blocs est établi en conséquence. La situation de ces blocs maintenant plus petits, et donc avec une inertie moindre, et dans une pente importante impose l'ajout de murs de garde en fondation descendant très profondément (plus de 6 mètres sous le terrain naturel) et de plots d'ancrage sur la partie arrière des blocs. Ces murs de garde protègent aussi au passage les puits d'accès à ces blocs, beaucoup plus exposés que dans la configuration d'origine.

Fin 1933, seulement la moitié des locaux souterrains ont été terrassés et aucun béton n'a été coulé. L'ouvrage est estimé réalisé à 25%. A cette date, force est de relancer un contrat d'achèvement des locaux souterrains après la fin de celui de HULSTER et FAIBIE. Celui-ci est attribué à l'entreprise "la ROUTE" en Juin 1934 avec échéance au 31 Décembre 1935... Cette entreprise connaitra de sérieuses difficultés de gestion et de planification qui entraineront une aggravation majeure des retards de construction souterraines.

En Mars 1935 un budget de 57.000 F est bloqué pour construire une issue de secours "secrète" vers la route d'accès, dans le prolongement des locaux souterrains du bloc 2. Par ailleurs, en Juin 1935, dans le cadre plus général de la question de l'équipement des ouvrages des Alpes en armes mixtes, la décision d'équiper en 2e urgence l'ouvrage d'une arme mixte sous créneau dans l'entrée est prise (Note 35/ORF de la CORF).

A l'été 1935 la détente temporaire avec l'Italie va considérablement ralentir le cours des travaux, mais sans l'arrêter totalement à l'inverse des autres ouvrages. Le retard important des travaux de Restefond justifie auprès de l'Etat-Major le détournement des maigres moyens affectés aux Alpes durant cette période 1936-38 en priorité sur ce secteur. Fin 1935, seul 50 à 60% des travaux ordonnés à "La ROUTE" ont été réalisés, entrainant un contentieux sérieux et la possibilité d'une prolongation de la présence de l'entreprise à ses frais sur 1936...

A l'échéance du marché SPCF fin 1934, un marché de finalisation des blocs de l'ensemble des ouvrages du Restefond est attribué à l'entreprise DEBERNARDY et PERRIER (Tullins-Fures en Isère) en Juin 1935 pour 3 ans jusqu'en fin 1937, qui prend donc la suite de la SPCF. La très courte durée de travail (Juillet-Octobre) liée à la haute altitude du chantier et l'effet induit des difficultés de "la ROUTE" vont là aussi freiner considérablement les progrès.

En 1936 le retard pris est tel que l'espoir de voir l'entrée réalisée selon les budgets initiaux s'évanouit. L'EMA suggère dans le cadre du programme de travaux réduit en Avril 1936 d'ajourner sine-die la construction de l'entrée de l'ouvrage (Bloc 1) et de la remplacer par une entrée provisoire réduite à l'extrémité de l'issue de secours "secrète" prévue en bord de route et connectée aux locaux souterrains du bloc 2 dans le projet initial. En contrepartie, l'ouverture béante de la galerie d'accès au niveau des fouilles du bloc 1 serait obturée par un mur en béton contenant prise d'air et un créneau FM correspondant au créneau de défense du hall d'entrée du bloc ajourné. Le Génie de Briançon conçoit donc un projet sur cette base :
- entrée réduite avec créneau FM de flanquement de la route et élargissement de la galerie de l'ancienne issue de secours.
- bloc d'obturation de l'entrée d'origine avec porte blindée faisant office de prise d'air et goulotte à grenade pour couvrir la fouille du B1. Le massif d'encastrement de ce mur d'obturation étant celui qui servira au futur B1, il devra être construit confirme à la protection 3.

Ce projet revient au total à 250.000 F, soit 60.000 de plus que l'EMA est prêt à y mettre. Par ailleurs, la STG fait remarquer que l'entrée provisoire - qui doit devenir l'issue de secours définitive quand le B1 sera finalement construit - ne pourra pas souffrir d'économies sur sa protection d'autant qu'elle se trouve très proche du futur B2 et donc justiciable d'un bombardement. Certes, on n'ira pas jusqu'à la protection n°3 officiellement admise pour l'ouvrage, mais la STG ne transige pas sous la protection N°2. Le Génie est donc prié de trouver des économies par ailleurs, et bien au-delà de 60.000F, si il veut pouvoir être autorisé à aller de l'avant.

Le chantier démarre tard en 1936, le 20 Juillet, du fait des grandes quantités de neige à déblayer tant pour dégager la route, rendre le chantier accessible et vider les fouilles et abords des baraquements. L'ouvrage voit cependant la finition des blocs 3 et 4, et la coulée partielle du bloc 6 (radier en Aout, 1e et 2e coulée de bloc en Septembre) et du puits le reliant aux locaux. Le mauvais temps entraine sa fermeture mi-octobre.

Les travaux accélèrent en 1937-38 suite à une intervention du Général Mittelhausser. Le bloc 6 voit son gros-œuvre achevé en 1937 (3° coulée à partir du 20 Aout et finitions ensuite) ainsi que son armement, alors que les travaux des percement de galeries inachevées reprennent ainsi que le début des travaux de réseaux électriques. Le bloc cheminée est coulé et fini cette même année.

Le marché DEBERNARDY arrivant à échéance fin 1937, et les travaux n'étant pas achevés, il fait l'objet d'un avenant (avenant n°6) permettant de le prolonger sur 1938.

En 1938, une bonne partie des enduits et radiers des galeries maçonnées - avec pose des égouts - est effectuée. Les galeries et locaux du bloc 5 sont partiellement fouillés durant la campagne. Les travaux d'adduction d'eau de l'ouvrage sont lancés en Septembre 1938. Fin 1938, la chefferie du Génie de Gap considère l'ouvrage achevé à 65%.
- Les blocs 3, 4 et 6 sont coulés, leurs cuirassements en place, ainsi que la cheminée passive (bloc 8). Bétonnage réalisé à 48%
- l'armement est en place, notamment au bloc 6.
- les locaux souterrains sont creusés à 90%.
- l'équipement intérieur est largement inachevé (30% réalisé). Aucun monte-charge n'est installé et il manque 9 portes et grilles sur 11 prévues. Par contre, la centrale électrique est en place mais les installations électrique, de ventilation et d'eau sont absentes.
- les réseaux de protection en surface reste à réaliser.
L'ouvrage est considéré comme utilisable comme simple abri dans la mesure où il n'y a pas encore eu livraison des munitions et que l'artillerie du bloc 6 n'est pas réceptionnée.
Les dépenses à date sont de 9.366.000 F de l'époque. Il reste à engager 6.888.000 F rien que pour le Génie, hors armements et munitions.

Conscient du problème, l'EMA demande à ce que le Génie relance une adjudication pour les travaux d'achèvement des trois ouvrages de Restefond, pour un montant alloué de 2.500.000 F, répartis sur 1939 et 1940. Bien que les travaux soient approuvés, il est déjà trop tard : ils sont définitivement arrêtés en 1939 par la mobilisation.

Un dernier projet d'installation de ventilation "gazée" et de locaux de décontamination des gazés est déposé en Février 1940, mais ne sera pas mis en oeuvre, pas plus que le projet de climatisation de l'ouvrage intégrant l'installation de 69 kW de radiateurs électriques, dépendant d'une alimentation électrique par l'arrière.

Une incertitude demeure concernant celle-ci : les états des lieux effectués en 1945 mentionnent l'absence de cette alimentation arrière, mais un ensemble de documents de 1949-50 précisent que l'ancienne ligne MT d'alimentation - commune avec COL de RESTEFOND - est déposée et les pylones stockés à la Condamine ce qui atteste en tous cas d'une installation partielle. Par contre, aucun document de marché relatif à cette alimentation arrière n'a été trouvé à date (travaux MOM ?).

Le chantier, qui ne pouvait être mené qu'à la bonne saison et connu de nombreuses modifications, ne dura au total que 24 mois sur les 8 années de construction. Sur les sept blocs (plus une cheminée B8) prévus par un plan déjà réduit en raison des restrictions budgétaires, quatre seulement furent opérationnels, les autres étant à peine entamés.

L'entrée actuelle fut construite sous une forme réduite en 1956.

Les cuirassements situés au niveau de l'abri de Restefond étaient destinés au bloc d'entrée (bloc1) et et au bloc 2 de l'ouvrage, ceux situés au niveau du camp de Restefond étaient prévus pour le bloc 5 et le PO de Granges Communes. Un ensemble pont-levis était aussi stocké là fin des années 40 en attente de la construction du B1, mais sera transféré et réutilisé dans le cadre de la restauration du bloc d'entrée de CASTILLON en 1950.

Rédaction : Jean-Michel Jolas - © wikimaginot.eu - Février 2019
Source(s) :
SHD - carton 7N3847, 2V246, 4V526, 9NN4450, 4V372 à 374, 4V1806,





Fils de discussion



Mécanisme sur le dessus
2 messages, le dernier est de Pascal le 13/06/2022

A propos de l'entrée actuelle
6 messages, le dernier est de jolasjm le 11/09/2021

armement
3 messages, le dernier est de prerogative le 19/03/2020

Entreprises ayant travaillé sur le site de Restefond
5 messages, le dernier est de jolasjm le 01/10/2019

que signifie l'inscription ODR dans le bloc 3?
3 messages, le dernier est de didine le 02/09/2017



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