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Région Fortifiée de Metz

(RFM)






La Région Fortifiée de Metz (RFM) s'entend sur 100 kilomètres et fait face à la Belgique, au Luxembourg et à l'Allemagne. C'est la région fortifiée la plus lourdement armée avec sa voisine la Région Fortifiée de la Lauter (RFL), dont elle est séparée par la trouée de la Sarre.

Elle comprend les secteurs suivants:


La RFM fait partie des trois "régions fortifiées" identifiées par les travaux de la Commission de Défense des Frontières (CDF) , avec la RF Lauter-Vosges et la RF de Haute-Alsace dans le rapport fondateur de la future ligne Maginot, émis le 6 Novembre 1926. Le tracé proposé par la CDF, ligne continue de la forêt de Rémilly jusqu'à Longuyon en contournant Thionville par le Nord et s'appuyant sur Longwy, est doublé d'une position de barrage, véritable 2ème ligne de défense, qui s'appuie sur le tracé Nord-Est des anciennes fortifications allemandes de Metz construites pendant la période d'annexion.

Histoire de la conception de la RFM


Sur la base des travaux de la CDF, la RFM a été conçue par la CORF en deux étapes successives et quatre éléments tactiques séparés correspondant à des directions de travaux et des chefferies indépendantes relevant de la structure de la commission.


  • De fin 1928 à mi-1930 : conception générale et approbation des tronçons Moselle-Rochonvillers et Moselle Nied

  • De début 1930 à mi-1931 : conception générale et approbation des extensions de 2e urgence du premier cycle : Rochonvillers-Longuyon et Est Nied


  • Si chacun de ces quatre tronçons étaient déjà plus ou moins définis dans leurs grandes orientations et missions par la CDF, leur tracé et composition finale connut de nombreux changements et études d'options, guidés par des considérations stratégiques, politiques, tactiques, budgétaires et techniques variées.

    Le travail de la CORF a visé à la convergence de ces contraintes complexes vers un compromis qui se traduit par ce qu'il est possible de constater sur le terrain en fin de compte. Ces études ne portaient pas seulement sur la localisation et la structure des éléments actifs de la fortification (ouvrages et casemates), mais aussi sur tous les éléments passifs (observatoires, abris, PC) et sur les infrastructures de support (dépôts, voies logistiques ferrées et routières, réseau téléphonique et communications, casernements...). L'évolution de la conception de la RFM peut être résumée de la façon suivante pour ses quatre parties constitutives :


    Moselle-Nied


    La partie Moselle-Nied est celle qui - étant la plus naturelle et la plus consensuelle - a connu le moins d'ajustements et changements par rapport au projet de tracé général de la RFM issu de la CDF. Le changement le plus significatif concerne l'aile Est de ce tronçon, entre Chémery et Gomelange, changement déclenché par le report de 700 mètres en arrière de l'ouvrage puissant d'ANZELING pour des raisons tactiques. Ce changement examiné à l'été 1929 met l'ouvrage puissant prévu à Chémery-les-Deux en position exposée de saillant et offre en conséquence l'opportunité de raccourcir la position. L'ouvrage puissant de Chémery est donc remplacé par un petit ouvrage au MICHELSBERG plus en arrière. Ces changements entrainent par effet domino le recul de la ligne de MICHELSBERG à Gomelange, avec la création des ouvrages du BOIS de BOUSSE et de BERENBACH. Le prolongement de la position vers le Sud à partir de Gomelange, demandé par PETAIN, est étudié mais mis de côté en attendant plus de clarté sur le tracé Est-Nied. Le retrait français de la Rhénanie prévu pour Juillet 1930 accélère les décisions sur la partie Est-Nied et donc entrainent la fin des atermoiements sur l'aile du tronçon Moselle-Nied.

    Cette partie Moselle-Nied, dont l'organisation générale est finalement approuvée une première fois en Juin 1929 puis à l'automne 1929 suite aux changements demandés, bénéficie des budgets pléthoriques initiaux. Elle doit donc être construite dans l'intégralité de ce que ses concepteurs ont voulu. Les dépassements de budget et l'augmentation des coûts de travaux entrainent cependant une lente érosion annuelle et un report progressif entre 1930 et 1933 d'un certain nombre de ses constituants. Quelques blocs d'ouvrage en feront les frais, mais l'essentiel de ces économies nécessaires est réalisé sur les constituants passifs de la ligne de défense (abris, observatoires, et PC).


    Moselle-Rochonvillers


    Le tronçon Moselle-Rochonvillers est étudié en détail en même temps que celui de Moselle-Nied, sur la base du tracé CDF, et ce dés le printemps 1928. Ce tracé "CDF" prend appui sur la Moselle à Cattenom, et suit ensuite la ligne de crête au Nord de Haute-Parthe et Boust pour atteindre ensuite la falaise de Moselle à Kanfen puis, passant par le bois de Quatre-Seigneurs, atteindre son extrémité au Nord de Rochonvillers. Ce tracé se heurte à l'été 1927 aux réticences de PETAIN, qui le considère trop proche de la frontière et peu satisfaisant en termes d'observation et de continuité de feux. Il propose de reporter ce tracé plus au Sud et d'abandonner le saillant de la forêt de Cattenom, considéré comme trop exposé. Cette proposition fut refusée en Aout 1927 par la CDF au motif du risque qu'un tel changement faisait courir à la ville de Thionville et au bassin sidérurgique de la Fensch. Le tracé du saillant de Cattenom fut donc conservé mais en ramenant la ligne des sommets au Nord vers la lisière de la forêt elle-même avec, comme élément de compromis avec le maréchal, la création d'une grande bretelle arrière entre ROCHONVILLERS et le HACKENBERG - puis METRICH - s'appuyant sur les pentes de Guentrange, sur la lisière du Bois Lagrange et sur la Moselle. Outre le report vers le sud des positions entre Cattenom et Kanfen, la CORF dut modifier début 1929 l'aile Ouest de la position du fait de la présence d'activités minières juste sous le nouvel endroit prévu pour l'ouvrage de ROCHONVILLERS. Cela amena la commission à reporter le tracé de la position de 2000 mètres supplémentaires vers le sud pour éviter cette contrainte. Ce changement impliquant un seul ouvrage entraina, comme pour la partie Moselle-Nied, la rectification de tout le tracé entre Rochonvillers et le bois de Kanfen, reportant l'ouvrage de MOLVANGE lui-même vers le Sud.

    Ce tracé est finalement approuvé en Juillet 1929 alors que les travaux à ROCHONVILLERS ont débuté. La "bretelle PETAIN" entre ROCHONVILLERS et METRICH par le bois Lagrange, couteuse et ne protégeant pas suffisamment la Fensch, est remplacée à cette occasion par une bretelle plus petite entre les ouvrages de GALGENBERG et de KARRE, couvrant la partie la plus sensible du saillant. La "grande bretelle" ne sera cependant jamais complètement abandonnée, l'examen des plans de masse des ouvrages puissants couvrant sa partie Ouest (ROCHONVILLERS et MOLVANGE) tenant compte de son existence future hypothétique.

    Tout comme pour Moselle-Nied, cette partie Moselle-Rochonvillers bénéficie des budgets pléthoriques initiaux. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les vagues de reports annuels entre 1930 et 1933 vont progressivement sortir des listes de 1er cycle un nombre limité de blocs d'ouvrages, ainsi que quelques éléments passifs - considérés comme annexes - comme des abris, PC ou observatoires.


    Ouest Rochonvillers


    L'aile droite de ce tracé est déjà définie de fait par la construction de l'ouvrage de ROCHONVILLERS, engagée alors que le tronçon Ouest de la RFM n'est pas encore défini. Les longues discussions entre l'EMA, le Génie, la CORF et PETAIN concernant cette extension Ouest de la RFM sont amplement décrites dans la littérature disponible (voir en particulier les livres de J-Y. MARY). Le tracé CDF est établi au plus proche d'une frontière Luxembourgo-Belge, issue du congrès de Vienne en 1815 et de la conférence de Paris qui a suivi, très défavorable pour la défense. La frontière est entrecoupée de profondes vallées difficiles à battre et le bassin minier déborde largement au Luxembourg. Il y a donc conflit pendant plusieurs mois entre tenants d'une option très avancée - en territoire Luxembourgeois - pour laquelle la ligne de défense à la frontière n'est qu'une ligne de soutien, et ceux d'une option avec une vraie position de résistance à 12 kilomètres en arrière de cette frontière, sur un tracé nettement plus favorable à la défense, mais exposant davantage le bassin industriel de Briey, les nœuds ferroviaires et routiers, et surtout qui abandonne la ville de Longwy et ses usines à un éventuel envahisseur. Un tracé permettant d'englober Longwy est étudié mais aboutit à une solution complexe, couteuse et insatisfaisante. C'est finalement le tracé arrière, passant par Aumetz, Crusnes, Morfontaine, Mauvais-Bois, Latiromont, Fermont et s'achevant au sud de Longuyon, au bois du Rafour, qui est validé à l'automne 1930.

    Le budget de 400 millions de F accordé à ce tronçon étant très largement inférieur à ce qui serait requis, le projet général de ce tronçon Ouest-Rochonvillers est amputé d'amblée d'une bonne partie de son artillerie et de quasiment l'ensemble des éléments d'organisation passifs (abris, PC...)


    Est Nied


    La conception de ce tronçon a connu plusieurs vicissitudes lui aussi, peu décrites. Le lecteur intéressé trouvera, associé à cette page, un document qui détaille l'histoire de la conception de cette extension Est de la RFM. Le tracé issu des réflexions de la CDF se situait en arrière du tracé actuel, du bois d'Ottonville à Ban St Jean puis Kerfent, et formait une bretelle Nord-Est - Sud-Ouest à partir des Quatre-Vents jusqu'à la forêt de Rémilly. Il avait la particularité de proposer une ligne d'observatoires avancés sur la falaise entre Bisten et Dourd'Hal, couverts par la LPR située entre 1500 et 2500 mètres en arrière. Ce tracé ne satisfait pas pleinement la CORF et bénéficie de l'implication personnelle changeante du maréchal PETAIN dans sa redéfinition, entrainant plusieurs modifications autant politiques que tactiques. Le tracé qui fait finalement consensus à l'été 1930 est une demi-mesure entre le tracé initial et un tracé à même la falaise au-dessus du bassin minier de St Avold-Creutzwald. La partie Sud de ce tracé est aussi modifiée pour prendre en compte le développement minier de Faulquemont.

    Le budget accordé (200 MF) est encore plus minime que celui du tronçon Ouest-Rochonvillers. Le résultat est à la hauteur de cette limitation : les ouvrages sont dépouillés de leurs blocs d'artillerie, seule la continuité de feu d'infanterie est assurée, et seul l'observatoire du MUTSCHERBERG échappe au report intégral des organisations passives proposées par la CORF.



    Rédaction : Jean-Michel Jolas - 18/07/2018



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